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La fertilité des côtes de Bretagne nord, associée à sa vocation maritime, en a fait un jardin potager qui approvisionne les grands centres de population européens et en particulier anglais. La région de Roscoff, puis tout ce que l’on appelle la Ceinture Dorée, est depuis toujours connue pour ses cultures des légumes comme les oignons rosés de Roscoff qui bénéificent d'une AOP depuis 2009. (ci-dessous une toile de Gauguin, "nature morte aux oignons", 1889).

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L’exportation de légumes bretons vers l’Angleterre est attestée depuis le XIVe siècle. Mais la légende fixe à 1828 le départ de l’aventure des « Johnnies ». Cette année-là, Henri Ollivier, agriculteur de Roscoff, décide de charger ses oignons sur une gabarre pour aller les vendre en Angleterre. L’oignon rosé de Roscoff, doux et parfumé, séduit les ménagères britanniques : c’est un succès ! Henri Ollivier fera de nombreux émules, et c’est alors toute une économie qui s’organise. Les oignons sont semés à l'automne puis repiqués dès le début du printemps pour être récoltés en juillet et chargés vers le Royaume Uni, où les agriculteurs vont se faire vendeurs tout au long de l’hiver. Arrivés en Angleterre, au Pays de Galles ou en Écosse, ils louent un entrepôt ou une grange où ils stockent leurs oignons ; ils y préparent des tresses qu’ils vont vendre au porte-à-porte.

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Les ménagères anglaises les qualifient parfois de « bell-breakers » (briseurs de sonnettes), mais leur réservent un bon accueil. Touchées par le jeune âge des vendeurs (bien souvent, les enfants sont du voyage et mettent la main à la pâte), elles les appellent « John, Johnny, onion Johnny ». Les marchands d’oignons adoptent ce nom, se présentent comme les Johnnies, et bretonnisent même l’appellation « ar Johnniged ».

L’activité se développe : les Johnnies sont organisés en compagnies de plusieurs hommes, des tresseurs et des vendeurs, dirigés par un « master ». Un drame marque en 1905 l’aventure des Johnnies : le naufrage du steamer Hilda, à Saint-Malo, coûte la vie à 70 d’entre eux. La guerre de 1914-1918 freine l’expansion de cette activité, qui reprend ensuite pour atteindre son apogée en 1929, avec plus de 9 000 tonnes d’oignons exportées par 1 370 Johnnies !

Après 1970, l’activité a rapidement décliné, vaincue par des méthodes de vente plus modernes. Vaincue ? pas tout à fait : il subsiste encore quelques Johnnies, qui portent haut la tradition et une association Tud ar Johnniged qui défend leur mémoire.

 

Artichauts farcis aux oignons rosés de Roscoff, aux pommes et pain d'épices

L'artichaut est le fleuron du terroir breton !fleur_artichaut3

Il descend du chardon sauvage, et serait originaire d'Afrique du Nord, d'Égypte ou d'Éthiopie. Son nom, qui provient de l'arabe al-haršwf (épine de la terre), apparaît en France à la Renaissance. On dit que c'est Catherine de Médicis qui l'apporta de son Italie natale lorsqu'elle épousa le roi de France. C'est sans doute peu après qu'il arrive en Bretagne, et l'appellation "camus de Bretagne" fait son apparition vers 1810.

Sa culture est délicate, et il a trouvé en Bretagne son terroir de prédilection : il craint le froid et le gel en hiver, et la chaleur en été. Le savoir-faire des producteurs est essentiel.

Le plant d’artichaut reste plusieurs années en terre. Au moment des récoltes, le producteur passe dans le champ, coupe un à un les capitules arrivés à maturité.

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2 beaux artichauts camus

2 gros oignons rosés de Roscoff

150 gr d’échine de porc

2 pommes

Quelques belles branches de persil plat

1 œuf du poulailler

4 tranches très fines de poitrine de porc fumée

Poivre

Sel

½ cuillère à café d’épices à pain d’épices (cannelle, gingembre, girofle, badiane, etc.)

Couper avec un grand couteau bien aiguisé le sommet des artichauts à 1/3 de sa hauteur. Cuire au cuit-vapeur 30 mn.

Passer au hachoir l’échine, les oignons et les pommes découpés en cubes et le persil. Mélanger intimement avec l’œuf battu en omelette, le sel, le poivre fraîchement moulu et les épices.

Vider avec une petite cuillère le foin. Façonner deux belles boulettes de farce. Les entourer de tranches de poitrine de porc fumé et placer sur le cœur des artichauts.

Enfourner (200°) pour une demi-heure. Servir avec une petite salade croquante assaisonnée d’une vinaigrette au vinaigre de cidre.

 

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