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Alors qu'on a fêté il y a quelques temps le centenaire du décès de Louis Hémon (1880-1913), l’occasion est belle de (re)découvrir ce Finistérien et Brestois de naissance, auteur du célèbre roman « Maria Chapdelaine » et de passer une soirée lecture au coin du feu, une belle soupe parfumée à portée de main.
Louis Hémon est né à Brest, au 33 rue Voltaire, le 12 octobre 1880. Après des études secondaires au lycée Louis-le-Grand à Paris, il obtient, en 1897, le grade de bachelier de l'enseignement secondaire classique, série lettres-philosophie, avec la mention passable -pour le moment, je vous l'accorde, pas de quoi grimper aux rideaux-. Il poursuit alors des études de droit et obtient en 1901 sa licence, avec l'option "droit maritime". En même temps que ses études de droit, il suit des cours à l'Ecole des langues orientales ; il en sort breveté d'annamite (vietnamien) -ce qui est plus original et en même temps croquignolesque quand on connaît la suite de son parcours-.
Dès janvier 1903, Louis Hémon quitte la France pour s'installer à Londres. Puis, en octobre 1911, il part pour le Canada. On le trouve à Montréal, puis à Péribonka, sur les bords du lac Saint-Jean, à la ferme de Samuel Bédard, qui l'avait engagé ; c'est dans cette ferme qu'il puisera les éléments de son roman Maria Chapdelaine. Il envoie de Montréal, le 24 juin 1913, un petit billet annonçant à ses parents son départ pour l'Ouest canadien. Parti à pied avec un ami, Harold Jackson, le long de la voie ferrée, il décède accidentellement dit-on, écrasé par un train, le 8 juillet 1913 près de Chapleau, dans l'Ontario (Canada). Il avait 33 ans. La vie est injuste.
Il avait commencé sa carrière littéraire par des articles sportifs (ayant alors une réelle passion pour le sport). Il écrit également plusieurs nouvelles durant son séjour londonien. Son roman le plus connu, Maria Chapdelaine, paraît au début de 1914 quelques mois après son décès. Maria Chapdelaine dévoile la réflexion de l’écrivain sur sa propre langue, sa découverte d’un français pluriel qu’il aime. Une fois publié en 1921, son roman fit découvrir à ses compatriotes un français d’ailleurs, que l’écrivain avait parfaitement bien entendu et donné à lire dans son « récit du Canada français ».
Louis Hémon, écrivain voyageur, a œuvré pour la langue française mais aussi pour le dialogue des cultures entre les peuples, comme précurseur anonyme de la politique francophone actuelle. Car il a bien été un défricheur oublié de la francophonie, mais cela semble aujourd’hui ignoré. Son dernier roman, en effet, a ouvert la perception d’un espace francophone, et son œuvre entière illustre le désir de vivre dans sa langue, quelque minoritaire qu’elle fût, dans un véritable dialogue entre cultures, même si, bien sûr, être un écrivain francophone avant l’heure était loin d’aller de soi.
S’installer au coin du feu, le roman Maria Chapdelaine dans les mains, une soupe au poulet réchauffée d’épices du soleil et un petit pain aux olives et tomates confites tout juste sorti du four sur un plateau, pour un voyage immobile dans la langue du nouveau monde… Ou redécouvrir le film éponyme tourné en 1934 par Julien Duvivier avec Madeleine Renaud (Maria Chapdelaine) et Jean Gabin (François Paradis), par ailleurs tourné en partie à Péribonka.

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Pour deux à trois confortables bols de soupe :

Un petit poireau

Deux carottes

Une petite aubergine

Une petite courgette

Trois tomates

Deux oignons rosés

Une petite branche de thym frais

Basilic

Une escalope de poulet

Huile d’olive

Une cuillère à café de mélange d’épices pilées (cumin, cannelle, piment doux, curcuma, coriandre, badiane, etc.) juste pour le rayon de soleil

Poivre du moulin

Une gousse d’ail

Un petit morceau de rhizome de gingembre frais

Piment d’Espelette

 

Détailler en petits cubes le blanc de poulet. Eplucher et écraser l’ail et le gingembre au mortier. Verser un filet d’huile d’olive sur le poulet dans un petit bol. Ajouter le mélange d’épices, l’ail, le gingembre et le poivre. Remuer pour enduire tous les morceaux de la marinade parfumée. Laisser macérer au frais au moins une heure.

Laver et éplucher puis émincer les oignons, le poireau et les carottes. Monder, épépiner, couper en petits cubes les tomates. Laver et couper en petites cubes sans les éplucher l’aubergine et la courgette. Réserver.

Faire fondre et compoter les oignons dans un filet d’huile d’olive dans une cocotte. Dès qu’ils atteignent une légère coloration et que se dégage un petit parfum caramélisé, ajouter le poireau, les carottes, les tomates et le thym effeuillé. Remuer à la cuillère en bois puis arroser d’un demi-litre d’eau chaude. Amener à ébullition puis baisser le feu et faire cuire à couvert et à feu doux environ 30 minutes.

A l'issue de la cuisson de la soupe, faire revenir les dés de poulet dans une poêle et dans un filet d’huile d’olive bien chaude. Après jolie coloration, précipiter les dés dans la soupe puis ajouter les petits cubes de courgette. Saler. Laisser mijoter le tout un petit quart d’heure à feu doux.

Au moment de servir cette soupe qui peut constituer un plat complet, placer au fond du bol quelques feuilles de basilic froissé puis recouvrir d’une louchée confortable de la préparation parfumée. Saupoudrer d’un voile de piment d’Espelette. On peut proposer cette soupe avec des petits pains parfumés aux tomates confites, à l’origan, aux olives et aux pignons de pin, tout juste sortis du four http://gouezou.canalblog.com/archives/2013/09/23/28073661.html . Une jolie pomme Germaine de Brasparts en dessert et en avant vers Péribonka, les plaines canadiennes et les choix amoureux sinueux de Maria Chapdelaine :"« Ite missa est. » La porte de l’église de Péribonka s’ouvrit et les hommes commencèrent à sortir. Un instant plus tôt elle avait paru désolée, cette église, juchée au bord du chemin sur la berge haute au-dessus de la rivière Péribonka, dont la nappe glacée et couverte de neige était toute pareille à une plaine. (...)" Chut!

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