POIRES EPICEES 008

« Il y avait un arbre, un poirier, dans le voisinage de notre vigne, qui était chargé de fruits attrayants ni par leur forme ni par leur saveur. Nous allâmes en jeunes vauriens le secouer et le dépouiller au beau milieu de la nuit (où, suivant une malsaine habitude, la fin d’un jeu sur les places publiques nous avait conduits) et nous en retirâmes de grandes brassées ; elles n’étaient pas pour nos agapes mais plutôt pour jeter aux porcs, et même si nous en mangeâmes quelque chose, ce qui comptait alors pour nous fut la délectation de l’illicite » (Les Confessions, Saint-Augustin).

Le vol des poires inscrit la vie d’Augustin encore sans foi dans l’existence criminelle de l’incroyant. Membre d’une bande, Augustin succombe à la tentation, vole et prend plaisir au larcin, en tenant pour rien la Loi de Dieu. On s’étonne souvent de l’insistance d’Augustin sur ce qui paraît à l’esprit rationnel une histoire sans importance. Mais une peccadille est bien un péché, et les plus petits conduisent aux plus notoires. Surtout, comment ne pas penser à un autre larcin comparable, au premier abord anodin et qui précipite pourtant l’homme et la femme dans la Chute - Lorsque Adam et Ève fautent et goûtent au fruit de l’Arbre de la connaissance du bien et du mal, ils transgressent la loi édictée par Dieu et placent l’existence mortelle dans le péché.

Augustin vole et mange le fruit défendu, qui, pour lui, est une poire. Entre le grand frisson de la transgression et l’amertume d’un souvenir qui fit longtemps rougir son auteur –devenu un philosophe romain qui nous parle encore aujourd’hui-, ouvrons la voie d’un péché véniel, celui-là -et par ailleurs mignon-, de la gourmandise : rendre une poire brûlante d’épices et pourtant la déguster bien fraîche accompagnée d’une crème anglaise ! Si c’est un oxymore, c’est aussi un défi gourmand qu’on relève, évidemment !

 

Pour4 verrines tentatrices :

4 poires Williams bien mûres (mais encore fermes)

1 litre d’eau

4 cuillères à soupe de miel de blé noir

1 étoile de badiane

1 bâton de cannelle

1 gousse de cardamome noire

5 gousses de cardamome verte

1 clou de girofle

1 citron bio (jus et zeste)

 

Pour la crème anglaise

½  litre de lait cru entier bio

4 gros jaunes d’œufs du poulailler

40 gr de sucre

Vanille Bourbon

 

POIRES EPICEES 005

La veille, préparer le sirop en diluant le miel dans l’eau  avec le jus de citron, puis plonger les épices et le zeste. C’est déjà joli. Porter le tout tranquillement à ébullition. On a tout le temps.

Peler les poires en conservant la queue et les plonger délicatement dans le liquide frémissant. Normalement, d’enivrants parfums orientaux envahissent la maison. Fermer les yeux et humer jusqu’à l’ivresse… pendant que les poires cuisent à petit bouillon. Compter une vingtaine de minutes. Laisser refroidir les poires dans le sirop léger.

Porter le lait presqu’à ébullition. Réserver. Fouetter les jaunes d’œufs avec le sucre et la poudre de vanille jusqu’à complète dissolution du sucre. Laisser perdre un peu de chaleur au lait puis le verser sur le mélange œufs-sucre-vanille en fouettant le mélange mousseux qui se forme. Replacer sur feu doux et, sans cesser de remuer à la cuillère en bois, laisser cuire doucement quelques minutes jusqu’à une jolie consistance veloutée. Placer la crème dans une bouteille, laisser refroidir puis placer au réfrigérateur.

Au moment de servir le dessert, placer pour chaque chanceux convive dans une verrine ou un petit plat creux individuel une poire égouttée froide puis verser jusqu’au tiers de la hauteur du fruit de la crème anglaise bien froide. Décorer le tout en parsemant la verrine d’éclats ambrés de  caramel au beurre salé concassé sans ménagement  au pilon. Puis, succomber ensemble à la tentation. Ensuite, pester parce qu’on en n’a préparé que quatre, que les convives ont presque tout mangé (normalement, il ne reste que le trognon) et qu’on en aurait mangé une autre… S’en souvenir pour la prochaine fois.

POIRES EPICEES 004