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Le Roman de Renart est issu d'une longue tradition de récits animaliers en latin, fables ou récits exemplaires. Les plus anciennes branches du Roman de Renart narrent le long conflit, de type épique, qui oppose le goupil et les autres animaux de la forêt et de la basse-cour dont Chantecler le coq  et surtout son pire ennemi, le loup Ysengrin.

Au XXIème, Renart, le goupil, vit au Gouezou… Ysengrin est enfermé au musée du loup du Cloître-Saint-Thegonnec. Donc, Renart a les coudées franches...

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Alors voilà ; c’est l’histoire d’un goupil, il s’appelle évidemment Renart. Et il a faim. Il a très faim. Ses frères aussi, ils ont très faim. Et leurs parents également. Bref, toute la famille a faim, pour tout dire. Ils vivent au Gouezou, un peu plus bas, à droite, après le petit bois, derrière le champ aux chênes, dans le vaste terrier du blaireau. Une orientation idéale : sud-est, face à la ligne de crêtes des Monts d’Arrée, le dos aux vents dominants. Au petit jour, le soleil embrase le ciel et couronne la montagne usée en contrejour. L’histoire ne dit pas si les renards sont sensibles à l'absolue magie de ce panorama.

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Donc, notre renard a faim. Et la faim, si elle a eu autrefois fait sortir le loup du bois, fait sortir nos renards de leur terrier, de fort méchante humeur, bien décidés à en découdre avec les poulettes du Gouezou. Au même moment, les gracieuses gallinacées –ses majestés Coucous de Rennes en tête, altières- descendent de leur perchoir nocturne dans l’intimité de la crèche sous ardoises de montagne qui les abrite et gagnent avec la légèreté de l’innocence la basse-cour baignée de rosée matutinale. Les renards, embusqués sournoisement comme il se doit –il faut bien respecter les caractéristiques des personnages archétypaux-, sonnent l’hallali. C’est la curée. Il ne reste bientôt plus que quelques plumes achevant en tournoyant un ultime vol en totale autonomie désormais. (reconstitution d'après aucun témoignage, les assassins courant toujours)

Renards : 6. Poule : 0.

Echu.

Moralité ? « Il faut bien que tout le monde vive. Et comme il faut bien que tout le monde meure, ça fait une moyenne » (Léo Campion).

Nous voilà donc, Gros-Jean comme devant, avec nos derniers œufs d’un poulailler désormais désert et auxquels nous porterons une attention toute particulière : alors, place à une tortilla à la sauge, aux lardons, au fromage et aux spaghettis…

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Pour 4 commensaux éplorés :

Un reste de spaghettis (sinon 250 gr de spaghettis)

8 derniers gros œufs du poulailler

100 gr de poitrine de porc blanc de l’ouest fumée maison (auprès de Pascale Begoc au marché de Sizun)

100 g de tome Kleuzic de la Ferme du Kleuz (sur le marché de Morlaix)

Poivre du moulin

Un joli bouquet de feuilles de sauge fraîche du jardin en mélange (sauge officinale, sauge pourpre et sauge ananas)

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Préchauffer le four sur 200°, chaleur tournante.

Coupez le fromage en dés, la poitrine en lardons, et émincer la sauge lavée et essorée.

Battre les œufs au fouet dans une jatte sans trop insister.

Si les pâtes ne sont pas cuites, les cuire dans une grande quantité d’eau salée jusqu’à une à deux minutes en-deçà des recommandations du paquet.

Ajouter les pâtes froides (ou tièdes) aux œufs.

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Dans une poêle pouvant passer au four, faire dorer à sec les lardons sur feu moyen. Réserver dans un bol. Replacer la poêle sur le feu et, dans la graisse rendue, verser la moitié du mélange œufs/spaghettis. Parsemer toute la surface de dés de tome, de lardons grillés, puis de sauge. Terminer avec un voile de poivre puis recouvrir de la seconde moitié du mélange d’œufs et de pâtes.

Recouvrir d’un couvercle passant au four (ou d’une feuille de papier aluminium) et enfourner pour une vingtaine de minutes.

Servir dans la poêle ou sur un plat en parsemant la surface de fleurs de sauge ananas. Et proposer une belle salade verte –par exemple une scarole- en accompagnement.

Partager cette tortilla parfumée et les souvenirs des pérégrinations des poules dans tout le village.

C’est toujours ça que les renards n’auront pas. Et toc.

Bon, maintenant, il faut le repeupler, ce poulailler !