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Alors qu’à nouveau les campagnes grondent, que les tracteurs et le fumier se rappellent au bon souvenir des ronds-points fleuris urbains, que porcs et génisses déambulent avec étonnement dans les allées carrelées des grandes surfaces, c’est vendredi. Nous, ici, on aime beaucoup le vendredi.

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Quittons le Gouezou en fin de journée, pour notre troménie hebdomadaire vespérale, de clochers en clochers, comme autant d’amers… Nous traversons le bourg de Saint-Sauveur, longeant la très belle église éponyme du XVIIème siècle, puis la chapelle Sainte-Yves et enfin, après le moulin de Keréon, nous montons vers Loc Eguiner-Saint-Thégonnec et sa jolie petite église du XVIème. On monte, toujours, on gravit les modestes montagnes usées, à travers le bocage et le chapelet de hameaux, laissant la ligne de crête dorée à l’horizon, le clocher de Commana à droite et celui de Plouneour Menez à gauche, la route traverse un ruisseau, -et on salue au passage le héron en embuscade au milieu des iris-, les pâtures, les vaches et les chevaux… Nous voilà donc à la ferme du Kleuz, aux portes de Plouneour Menez. Les lourdes cloches qui tintinabulent annoncent le petit troupeau des vaches Bretonnes pie noir qui, en compagnie du taureau et de quelques veaux facétieux, dévale la colline en direction de l’espace de traite en plein air.

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La terre bretonne, battue par les vents, comme on le sait, une bonne partie de l’année, élève parmi les plus petits animaux du monde, certains grâce à cette fine stratégie de rester campé au sol en cas de bourrasques. En effet, le mouton noir d’Ouessant est le plus petit mouton du monde alors que la Bretonne pie noir est la plus petite des races bovines françaises : sa hauteur moyenne au garrot est de 1,17 mètre, et son poids est en moyenne de 450 kg (de 500 à 700 kg pour les taureaux). Sa robe est dite "pie noir" (en référence à l'oiseau) : blanche et noire. Son poil est court et soyeux, sa peau très souple. Un peu pikez, elle a une tête très séduisante : ses yeux sont très mobiles, ses cornes sont plantées dans la ligne du chignon et se recourbent gracieusement vers l'avant pour se relever ensuite verticalement en une haute lyre ou un beau croissant dont la pointe s'incurve en arrière.

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Ce troupeau joyeux vit toute l’année en plein air, s’abritant des coups de vent d’ouest dans un sous-bois de châtaigniers. Broutant l’herbe grasse à flanc de montagne douce, ces dames répondent à Gaby, éleveur en or qui les appelle par leur nom, aiment qu’on leur gratouille le chanfrein et qu’on leur flatte le flanc, une fois la traite terminée, retournent en trottinant gambader dans les pâtures au-dessus de la ferme… Véronique embouteille alors pour nous le lait crémeux, bio et cru. Le reste sera ensuite transformé en fromages aux textures soyeuses et onctueuses : Sant-Eneour, tome Kleuzic et Milin Goz, ainsi qu’en fromage blanc couleur ivoire. Une vie simple, des produits de grande qualité en petite quantité, un juste prix… Des éleveurs zen et des clients heureux. On est bien loin des pneus embrasés sur le pont d’Iroise et des rounds de paille échoués sur la nationale…

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Dans les Monts d’Arrée, on profite ainsi, grâce à un providentiel plan de sauvegarde de la race, du lait crémeux de la Bretonne pie noir (jusqu’à 43 g de matière grasse par litre) et sa viande de caractère. «Utile au riche, providence du pauvre » (sous-titre de l’ouvrage de Pierre BELLAMY : «la vache bretonne», paru aux Editions Oberthur, à Rennes, en 1857).

 

Pour 6 éleveurs zen et clients heureux:

 

¾ de litre de lait entier cru et bio de vache Bretonne pie noir de la Ferme du Kleuz

200 gr de graines de blé noir bio des Monts d’Arrée

60 gr de sucre de canne complet

Une très grosse pincée de graines de vanille Bourbon

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Préchauffer le four sur 200°, chaleur tournante.

Etaler le blé noir sur une plaque ou dans un plat métallique et enfourner pour 15 mn de torréfaction.

Porter le lait à petite ébullition avec une très généreuse pincée de graines de vanille Bourbon le sucre –en veillant bien à ce que le lait ne se sauve pas !-, laissant cuire et réduire le temps de torréfaction des graines puis y verser le blé noir grillé brûlant. Laisser cuire doucement 15 mn. Eteindre le feu et laisser infuser, puis, une fois refroidi, réfrigérer. Servir très frais dans une coupe ou un petit bol sans façon. On peut, pour une version encore plus gourmande, servir avec des fruits frais (par exemple une petite salade de fraises et de myrtilles) ou des pommes poêlées avec un filet de caramel au beurre salé… Mais là, c’est clairement abuser…