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Un jour, Saint Pierre et Saint Paul, en balade dans les Monts d’Arrée et surpris par une belle pluie orageuse d’été, gagnèrent précipitamment le tout petit village de Botmeur non loin de la porte des enfers. Toutes les portes se fermaient devaient eux, sauf celle de Job, pauvre pilhaouer. Job ne possédait vraiment rien sauf peut-être un toit point trop étanche et une soupe point trop grasse. Cela suffit à contenter les deux saints, trempés comme des soupes. Séchés et repus, les hôtes du pilhaouer, sur le point de reprendre la route alors que le soleil brillait à nouveau et qu’une brise autoritaire évacuait fermement les derniers nuages, l’engagèrent à formuler quelque vœu. Tournant le dos aux vœux faciles d’aisance ou de richesse qu’une âme moins pure aurait pu formuler, Job, dont un voisin chenapan venait régulièrement chiper les poires que lui donnait vaille que vaille, année après année, un bien vieux poirier tout tordu, demanda simplement qu’une fois monté sur le fruitier on n’en puisse plus descendre sans sa permission. Les pieux voyageurs partis, le soleil couché, le maraudeur de retour sur le poirier se retrouva, le fruit de son odieux forfait dans les poches dans l’incapacité de descendre de son perchoir. En pleine forfaiture, terrifié, prisonnier du poirier ensorcelé, il héla le pilhaouer. Job accourut et se fendit la poire devant le maraud penaud.  « Mes poires ne sont-elles plus à ton goût que tu veuilles à tout prix descendre de ton perchoir fruitier ? » s’esclaffa-t-il, avant de délivrer l’indélicat voisin. Bientôt tout l’Arrée bruit de rumeurs et l’histoire de la mésaventure enchantée se répandit sur les crêtes, dans les villages et jusqu’aux Montagnes Noires. Plus personne n’osa dérober sa maigre récolte au pauvre chiffonnier de Botmeur. Or celui-ci se faisait bien vieux et un beau soir, grinçant cahin-caha, la charrette de l’Ankou s’arrêta devant la porte de Job le Pilhaouer et frappa l’huis. « Entrez donc, mon bon ami ! » invita charitablement le vieil homme, ce qui ne manqua pas d’étonner le valet des Enfers. « Pourquoi me feriez-vous peur ? répondit Job à la muette interrogation de l’Ankou. Quel plaisir ai-je dans cette vie ? Je n’ai ni épouse, ni descendance, ni terre. Je ne possède que cette masure de granit au toit d’ardoise des montagnes et ce poirier dans la cour m’offre une fois l’an un panier de douceurs parfumées, fondantes et sucrées.  M’accorderiez-vous d’ailleurs un dernier petit plaisir terrestre en me permettant de goûter une dernière poire pour la soif avant de mourir et de vous suivre ? » L’Ankou –qui avait un bon fond- accéda bien volontiers à cette dernière modeste volonté. Job passa dans la cour, choisit du regard le plus mûr des fruits, et, s’adressant à l’Ankou, lui pria de lui prêter sa faux afin de la cueillir.

-Que nenni, malheureux mortel en sursis ! Le valet de la mort ne se départit pas ainsi de son outil ! Monte sur l’arbre et cueille ta poire !

-Hélas, je suis mourant –et vous êtes bien placé pour le savoir- ! Vous voyez bien que je n’en ai pas la force !

L’Ankou, empathique et fort aimable, releva son chupen, et hardiment, toujours armé de sa faux, grimpa dans les branches noueuses du poirier. En un clin d’œil, le fruit choisi fut cueilli et jeté au pilhaouer cacochyme. Celui-ci, riant sous cape, dégusta lentement la chair fondante et parfumée alors que le malheureux Ankou ne parvenait à quitter le fruitier, retenu par quelque sortilège puissant. Cloué au poirier –à défaut de pilori-, le malheureux s’émut de cette magie, menaça le poirier impavide, gémit, implora, jusqu’à ce que le pilhaouer, bonne pâte mais fin stratège, lui fasse promettre de l’épargner jusqu’au Jugement Dernier. Job dénoua donc le sortilège et l’Ankou mit les voiles sans demander son reste. A Botmeur donc, non loin des marais, vit encore Job le pilhaouer qui prépare de larges bassines d’une confiture dorée de poire à la vanille… Et pour encore bien longtemps murmure-t-on.

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Parmi les petits riens qui font tout le charme de l'été au Gouezou, la cueillette des trésors très simples du verger, du potager, des chemins creux et des sentiers. Mûres, sureau, pommes... et maintenant poires, fondantes, juteuses, parfumées et sucrées. Du haut de ses trois ou quatre ans, avec un sérieux de circonstance qui sied aux personnes de confiance, cueillir la belle dorée, mordre à pleines dents dans sa pulpe ivoire, sentir le jus couler des lèvres, au menton puis le long du cou et s'épancher dans le tee-shirt. Rire. Et rentrer en courant, le panier rempli de cette fragile cueillette, pour en faire, aussi, des confitures. Marmelade de poires à la vanille Bourbon, pour des goûters et des petits déjeuners de champion! Joyeux premier anniversaire à Alice!

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Pour 4 petits pots de gourmandise pure :

1 Kg de pulpe de poires bio, Guyot ou William, bien mûres

400 gr de sucre de canne bio

Unedemi-cuillère à café de graines de vanille Bourbon

Un citron jaune bio

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La veille, éplucher les poires et les peser pour obtenir 1 Kg de pulpe. Ajouter le sucre, la vanille et le jus du citron. Couvrir et réserver jusqu’au lendemain. Placer alors cette pulpe dans une cocotte (ou mieux, une bassine à confiture en cuivre). Amener à ébullition à feu vif puis, baisser le feu, et laisser blobloter à feu moyen jusqu’à évaporation de la plus grande partie du jus de cuisson.

Pendant ce temps, ébouillanter les pots, ou, mieux encore, les placer dans le cuit-vapeur pendant une vingtaine de minutes.

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A la fin de la cuisson (tout dépend de la teneur en eau des poires), la marmelade prend alors une très belle couleur un peu ambrée, le parfum puissant de la poire épouse la délicate vanille, l’ensemble est épaissi, un peu sirupeux. On peut vérifier la cuisson en versant un peu de confiture sur une assiette froide. Elle doit se solidifier un peu.

Placer en pots et refermer immédiatement. Laisser refroidir.

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Cette gourmandise garnira avec esprit crêpes et tartines de brioche grillée mais on y succombera aussi à la simple petite cuillère !