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Destination prisée des familles pour conjurer les après-midis pluvieux, le Domaine du Menez Meur au cœur des Monts d’Arrée concilie les grands thèmes transversaux du tourisme vert option biodiversité : des animaux locaux, des grands espaces préservés et des équipements dédiés aux visiteurs. Si les missions confiées à cette structure dépendant du Parc Régional d’Armorique sont d’importance (préserver et valoriser dans un élevage conservatoire de races locales en voie de disparition et assurer la gestion d’un espace naturel d’exception), on connaît moins la rocambolesque histoire de la création d’un domaine sorti des landes sauvages à la force des bras d’un ombrageux notoire, le ci-devant Californie. L'histoire du Domaine du Menez Meur vaut donc son pesant de cacahuètes... 

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Son premier propriétaire est un véritable aventurier qui ne déparerait pas dans un breizh western. Julien Prioux, qui serait né dans le Morbihan en 1822, dirigea la construction de la route de Landerneau à La Martyre. Qui connaît La Martyre aujourd’hui, aimable bourg d’un peu plus de sept cents âmes, pourrait s’étonner qu’un tel chantier ait pu être engagé. Mais il faut jeter un œil dans le rétroviseur et se souvenir qu’au XIXème siècle la foire de La Martyre était encore la plus importante de tout l'Ouest de la France et, qu’à partir de 1843, jour de l'inauguration du premier hippodrome du département du Finistère, des courses célèbres de chevaux y furent organisées. Une voie carrossable dans ce contexte était donc nécessaire. On embaucha ainsi à tour de bras -cantonniers, ouvriers et cantinières- dans un temps où la main-d’œuvre n’était pas chère. Venu de son lointain Morbihan avec son épouse, Julien Prioux trouva donc une place de contremaître, en charge d’organiser les travaux des ouvriers de son équipe et de distribuer la paie. Que se passa-t-il ? Un voile de mystère persiste, mais un beau jour, il partit brusquement, tout en emportant la paie des ouvriers au passage-on murmure qu'il avait occis sa douce moitié par ailleurs-  et embarqua discrètement à Brest sur un brick pour l'Amérique du Nord. Lorsque les amarres furent larguées, la voilure envoyée et le goulet franchi, cap plein ouest, on peut penser que notre homme respira mieux mais il garda toutefois profil bas. On suppose qu'il participa ensuite à la ruée vers l'or en Californie, qu’il mena sans aucun doute une vie de dangers et de grandes excitations –il est des professions plus paisibles que celle d’orpailleur -, avec les incontournables stetson, colt, paint-horse et tamis de la Conquête de cet Ouest-là. Mais il restera toujours d'une très grande discrétion sur cette partie de sa vie. Ce qu'on peut comprendre dans le contexte...

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On sait que les Bretons, tels des brenigs détachés de leur rocher, se languissent loin de leur socle de granite. Julien Prioux ne faillit pas à la règle et, fortune faite, embarqua tout aussi discrètement qu'à l'aller de quelque port du Nouveau Monde sur le brick retour. Il débarqua donc sans doute au petit matin sur port de Brest, côté Recouvrance. Peut-être s’installa-t-il quelques temps dans une auberge, celle du Bon Chien Jaune sûrement, chère à Mac Orlan, où il renoua avec la cuisine bretonne, les filles de mauvaise vie et la fraîcheur humide. Le temps de vérifier que la justice ne lui cherchait plus des poux dans la tête, bénéficiant de la providentielle prescription des faits, il s'installa dans les Monts d'Arrée, à Menez Meur, à l'écart de tout et de tous dans une forêt profonde peuplée de fées et de korrigans. Vivant comme un reclus, ne souffrant aucune incursion sur ses terres mais retroussant ses manches,  il eut le mérite de faire de ces landes  ingrates un domaine remarquable par ces bâtiments, chemins, plantations… que l'on voit encore aujourd'hui. Et son nom disparut des mémoires au profit d'un surnom qui dit beaucoup des fantasmes l'entourant : Californie. Sentant sa fin prochaine à presque quatre-vingts ans, après avoir profité d’une vie étonnante et usante, Californie se retira au bourg d'Hanvec et y mourut le 27 août 1900, emportant avec lui un océan de mystères.

Acquis par le Conseil Général du Finistère en 1969, vaste de 520 hectares, le domaine accueille désormais comme une arche de Noé un élevage conservatoire préservant moutons d'Ouessant, vaches Bretonnes pie noir, porcs blancs de l'Ouest, etc.  mais aussi des loups (ce qui est fair-play, il faut bien le reconnaître)...

Du 14 au 17 juin, après quatre années de travaux, le Domaine De Menez Meur pendra à nouveau la crémaillère. Avec une pensée pour Californie ? On pourra y passer la journée, un solide pique-nique dans la musette, rêvant de pépites, de retour au pays et d'une paisible retraite dans les Monts d'Arrée... en dévorant des sandwiches très verts, au luxe discret, au pesto de pistache, de basilic et de piment.

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Pour deux pots tout verts !

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140 gr de pistaches non salée et décoquillées

1 bouquet de beau basilic du jardin

1 joli piment tout vert et bien charnu

Une gousse d’ail rose de Lautrec

50 gr de Parmegiano Reggiano

25 cl d’huile d’olive vierge

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Préchauffer le four (ou mieux encore, profiter de la cuisson d’autre chose). Déposer les pistaches sur une plaque à pâtisserie et les laisser torréfier une quinzaine de minutes à 180°. Puis, les laisser refroidir.

Dans le bol d’un mixer, placer les pistaches torréfiées (en ôtant le maximum de l’enveloppe des graines), puis l’ail pilé au mortier, les feuilles du bouquet de basilic grossièrement et  le piment haché.  Verser l’huile d’olive en filet par la cheminée et mixer par à coup pour réduire le tout en purée sans faire chauffer la pâte.

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Verser dans la pâte obtenue dans un compotier, ajouter alors le parmesan râpé. Conditionner dans des bocaux, recouvrir d’un filet d’huile d’olive.

Ce pesto se prête à toutes les variations : dans des sandwichs, sur des pâtes, dans une salade de tomates anciennes de la mozzarella maison, sur une fougasse, etc.

Les pots se congèlent également sans problème pour pouvoir en profiter tout au long de l’hiver (mais c’est toujours meilleur frais car le parfum du basilic est très fragile).

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