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 « Tel qu’une vieille coque, au sec et dégréée,

Où vient encor parfois clapoter la marée :

Âme-de-mer en peine est le vieux matelot

Attendant, échoué… — quoi : la mort ?

— Non, le flot.

Tristan Corbière, Les Amours Jaunes, Gens de Mer, Matelots.

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C’est à Paul Verlaine que l’on doit sa résurrection en 1884 : Corbière aura l’honneur d’être sacré «poète maudit», entre Rimbaud et Mallarmé, par l’auteur de Sagesse. Pourtant cette «malédiction» ne sera pas due à la misère : Corbière n’aura jamais à travailler. Il est né fils d’un marin devenu notable à Morlaix, Edouard Corbière, rangé et respectable, auteur d’un roman fameux Le négrier . D’abord baptisé Edouard comme son père, Tristan se fera un prénom en imposant au talent du père son génie propre. Face à l ‘écrivain maritime célèbre, le « flibustier du style » qu’est le poète impose des vers anguleux et sombres, au rythme syncopé : une voix toujours moderne. Malade, laid, «posant pour l’unique», complaisamment installé entre le crapaud repoussant et le chien servile, le «fantasque Corbière» selon les mots de Rémy de Gourmont, aurait des allures de Lautrec. Excellent caricaturiste, Corbière se défigure avec délectation, promène une langouste au bout d’une laisse dans les rues de Morlaix, se déguise en évêque, tout en écrivant ses remarquables «Rondels pour après», sa «Rapsode foraine» et la série de poèmes intitulée «Raccrocs». Malgré les lectures enthousiastes de Léon Bloy et de Huysmans, Corbière sera longtemps catalogué parmi les excellents poètes régionalistes. La faute à Verlaine qui célébra aussi le «breton bretonnant»… Mais l’inventeur de la dissonance poétique, l’amateur de fausses notes, fruit vert, Quasimodo, marin loupé de la baie des trépassés, mal aimé, surnommé «l’Ankou» par les gamins de Morlaix, aurait inventé la Bretagne si elle n’avait pas existé. C’est un pays de nulle part, curé jusqu’à l’os, «paysage mauvais» de l’ailleurs qui est la vraie patrie du «rafalé» : «fuyons vers les pays qui sont des analogies de la mort» disait Baudelaire… Quelques voyages en Italie et à Paris le reconduisent à Roscoff, port d’attache et lieu d’une fatale rencontre amoureuse avec celle pour qui il écrit son unique recueil.

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A la découverte des richesses du fonds patrimonial des Amours Jaunes : « Tristan Corbière, un jeune poète « en cage » », correspondance du poète interne au lycée de Saint-Brieuc, du 4 mars au 2 avril 2016, Hôtel de ville de Morlaix.

Le livret de l’exposition sur http://fr.calameo.com/read/0021174419badab3696ed

Mettre les voiles, en compagnie de Corbière et de ses Amours Jaunes, vers des rives méditerranéennes avec cette salade parfumée et acidulée de pois chiches aux agrumes et à l'ail triquètre...

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Une jolie salade colorée pour 4 personnes

250 gr de pois chiches secs bio

Un gros bouquet de thym frais

Un petit bouquet d’ail triquètre fleuri

Une branche sauge ananas fleurie

Une cuillère à café de graines de cumin

Une gousse d’ail rose de Lautrec

½ citron confit au sel (c’est par ici http://gouezou.canalblog.com/archives/2014/04/02/29580348.html)

2 oranges bio

2 pomelos rosés bio

½ cuillère à café de poivre timut

Fleur de sel de Guérande

Huile d’olive vierge bio

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La veille, plonger les pois chiches dans quatre fois leur volume d’eau de source additionnée d’une pointe de couteau de bicarbonate. Le lendemain, égoutter les pois, les recouvrir, dans une casserole, de trois fois leur volume d’eau de source. ¨Placer les trois-quarts du bouquet de thym frais et porter à frémissement  pendant 2h30  à 3 heures. Lorsqu’ils sont cuits et fondants, les égoutter et les verser dans un saladier.

Prélever les suprêmes des oranges et des pomelos. Recueillir le jus dans un petit bol. Ajouter alors les graines de cumin (préalablement rapidement torréfiés dans une poêle à sec), l’ail pressé, 6 à 8 cuillères à soupe d’huile d’olive (si possible, l’huile très parfumée des citrons confits au sel). Couper en tous petits dés l’écorce du citron confit. L’ajouter à la sauce.

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Recouvrir les pois chiches tièdes cette sauce puis ajouter les suprêmes et remuer précautionneusement.

Servir dans un joli plat avec les herbes ciselées (ail triquètre, feuilles de sauge), les fleurs (de sauge et d’ail), de la fleur de sel, les feuilles de thym frais restant, le poivre timut pilé au mortier.

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Un plat très parfumé qui se suffit à lui-même, mais accompagnera des filets de maquereau grillés ou une pièce de bœuf Black Angus saisie au barbecue…