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Marcher sur l’estran qui se découvre petit à petit, respirer ses fragrances iodées, pénétrer sur la pointe des pieds l’intimité de ce monde secret, observer chaque centimètre carré à la recherche de ses richesses pour n’en prélever que le nécessaire sans abimer le biotope… Quel privilège et quel bonheur ! Il se prolongera par le partage en agréable compagnie du fruit d’efforts joyeux, autour d’une table, une boisson fraîche en main… En Finistère, on n’a pas d’or noir, du moins on n’en a plus depuis les dernières marées noires, mais on a l’or…meau ! et sa farandole d’amis, dont la fantasque coquille Saint-Jacques.

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C’est l’occasion de rappeler ici la réglementation qui encadre cette activité et les conseils de « bonne pratique » pour une pêche à pied responsable garante du respect du milieu marin et de la conservation de ses ressources.

Cette réglementation, si elle paraît contraignante aux épris de liberté puisque l’estran est un espace de liberté d’accès, a pour objectif de ne permettre que la collecte des adultes donc de protéger l’avenir des espèces en ne pillant pas les juvéniles. Pour certaines espèces, s’y ajoute une période d’interdiction afin de préserver les périodes de reproduction.

 

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Les habitants de l’estran se réfugient volontiers dans ou sous le varech, sous les cailloux, dans le sable. L’action de pêche doit être la moins agressive possible pour le milieu…

Si l’on soulève ou déplace des cailloux, il faut veiller à les remettre soigneusement en place sinon le soleil et le vent feront mourir les sédentaires (végétaux ou animaux comme les anémones) qui s’y trouvent et le biotope s’en trouvera durablement altéré.

Si l'explore le varech, il faut éviter de l’arracher, le soulever à la main ou à l’aide d’un outil comme un crochet ou un manche.

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Si l’on gratte le sable en superficie, la marée remettra de l’ordre mais si on agit en profondeur, mieux vaut donner quelques coups de main, de pied ou d’outil pour reboucher au mieux le trou ou la saignée.

La pêche et fatigante et impose souvent de reprendre des forces. Penser à ramener ses déchets est une évidence… Nous sommes de plus en plus nombreux à fréquenter l’estran, la pression humaine sur le milieu augmente : le comportement respectueux du milieu par chacun est important pour que pouvoir continuer à profiter de cette richesse.

Ne ramasser que ce qui raisonnable : il est dramatique de devoir jeter des coquillages ou des crustacés parce que l’on a eu « les yeux plus grands que le ventre ».

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En baie de Morlaix, le marnage est important. Par grande marée, l’estran est immense à marée basse et on peut être entraîné loin par sa quête passionnée. La marée monte très vite avec le risque d’être piégé car le retour est plus difficile en raison de la fatigue, du poids de la pêche et de zones dangereuses. Il faut donc consulter attentivement les horaires de marée avant de partir et de soigneusement observer les comportements des professionnels et des locaux : dès qu’ils plient bagages et commencent à rentrer, il est prudent de suivre l’exemple et de profiter des savoirs géographiques…

Enfin, consommer au plus vite le fruit de ces efforts est de la plus élémentaire des prudences ! C’est très frais que ces trésors sont les meilleurs !

Comme ici, ces gratins de Saint-Jacques au poireaux et crumble de noisette…

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Pour 2 hardis pêcheurs à pied en plat principal (ou 4 jolies petites entrées colorées) :

8 belles coquilles Saint-Jacques glanées sur l’estran (ou plus simplement achetées sur le marché de Morlaix)

2 beaux oignons rosés de Roscoff

4 échalotes grises

4 petits poireaux nouveaux (dont on n’utilisera que le blanc, le vert servira à réaliser un joli velouté parfumé)

Quelques jeunes oignons verts

100 gr de crème fraîche bio et crue

40 g de beurre demi-sel bio et cru

2 cuillères à café de pâte de noisettes torréfiées maison

Fleur de sel de Guérande

Poivre noir du moulin

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Emincer les oignons et les échalotes. Les faire fondre et dorer dans le beurre chaud et dans une sauteuse. Ajouter les poireaux finement émincés, une généreuse pincée de curcuma pour la couleur et du poivre. Couvrir et laisser s’attendrir et compoter à feu doux (ajouter si nécessaire un petit peu d’eau).

Lorsque les poireaux sont tendres et que l’eau de végétation s’est évaporée, ajouter la crème. Donner un tour de bouillon, saler avec parcimonie et répartir la compotée de poireaux dans des petits plats (ramequins en terre ou en porcelaine par exemple).

Préchauffer le four sur 200°, chaleur tournante.

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Ouvrir les coquilles, prélever les noix (le corail et les barbes serviront à réaliser un fond ou une farce). A l’aide d’un couteau pointu, éliminer le petit tendon nacré sur le côté des noix.

Déposer sur chaque lit de poireaux quelques noix et les recouvrir d’une cuillère à café de pâte de noisettes. Saupoudrer de fleur de sel et donner un tour de moulin à poivre. Enfourner pour dix minutes.

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Servir bien chaud avec des oignons verts craquants très finement ciselés et des pâtes fraîches au blé noir de Maha, sur le marché de Morlaix…SAM_5734