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C’est tout un symbole qui est mis en vente dans une agence immobilière parisienne : Keransquer, la belle maison bourgeoise cossue qu’occupa pendant un demi-siècle Théodore Hersart de la Villemarqué, quitte le giron familial pour un nouveau destin. Une page de la jeune histoire littéraire bretonne se tourne donc, une occasion aussi d’évoquer le travail remarquable que réalisa en son temps ce jeune aristocrate du sud Finistère qui consolida sa connaissance du breton avant d’arpenter les campagnes cornouaillaises afin de collecter contes et légendes, chants et contrechants du début du XIXème. Cette matière si précieuse, tout un pan de littérature orale emprisonnée dans un filet à papillon, est désormais à l’abri des outrages du temps et des ravages de l’oubli… « Les diamants du Barzaz Breizh », selon la jolie formule de George Sand, nourrissent aujourd’hui les études universitaires et les programmes des concours de l’éducation nationale certes mais aussi les imaginaires chatoyants des artistes, musiciens, chanteurs, écrivains et conteurs.

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« Marv Pontkalleg », « An Alarc'h », « Diougan Gwench'lan », « Ar rannou »... : combien de titres fascinants les musiciens et chanteurs bretons ont-ils puisés passionnément dans ce mythique Barzaz Breiz dont la première édition date de 1839 -alors que son auteur n’avait pas vingt-cinq ans !-.

Une page –et son petit supplément d’âme-se tourne, donc. D'abord parce que la silhouette aristocratique de Théodore n'a pas fini de hanter les murs de la bibliothèque où il a passé tant d'heures. Mais aussi parce que la demeure en question a connu, en 1964, un moment essentiel dans l'histoire de la culture bretonne. Cette année-là, le jeune chercheur brestois Donatien Laurent, avec la « complicité » du colonel Pierre de La Villemarqué, redécouvrait avec enthousiasme, au fin fond de la demeure, les carnets de collectage du grand écrivain, lavant derechef l’honneur longtemps malmené de Théodore.

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Pendant plus d’un siècle en effet, les détracteurs n’avaient pas ménagé leurs efforts affirmant que le Barzaz Breiz n'était qu'une mystification littéraire refusant à l’homme de lettres le statut d’inventeur -au sens archéologique- de la matière patiemment collectée. C'est vrai qu'il en avait enjolivé certaines pièces avant d'en faire un recueil mais à une époque la démarche scientifique n’avait pas le même sens qu’aujourd’hui. Ce coup de théâtre apportait ainsi la preuve que la littérature orale bretonne, transmise pendant des siècles, et même parfois depuis le Haut Moyen Âge, par les gens du peuple, était d'une richesse inouïe.

Et un clafoutis de la tête du monde -Penn Ar Bed- aux feuilles d’ortie, d’épinard, de roquette, à la saucisse de Molène et au chèvre… Et relire le Barzaz Breizh.

 

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Pour 4 artistes :

Deux belles poignées de feuilles d’orties du jardin (plutôt des jeunes pousses)

Deux poignées de pousses d’épinard bio

Deux poignées de feuilles de roquette bio

Quelques branches de thym frais

Une saucisse de Molène (chez Emmanuelle, Chèvre Folle, sur le marché de Sizun)

100 gr de fromage frais de chèvre (toujours chez Emmanuelle !)

Une brique de chèvre affinée (encore chez Emmanuelle)

½ crottin très sec finement râpé (oui, chez Emmanuelle)

3 gros œufs du poulailler

120 g de fécule

40 cl de lait entier bio et cru

Poivre noir de Madagascar fraîchement moulu

Sel de Guérande

Fleurs des champs comestibles : pétales de soucis, silènes enflés (petites fleurs blanches) et scabieuses (fleurs violettes)

Miel

Des krampouez mouzig (Nombrils de Vénus) en salade pour l’accompagnement

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Préchauffer le four à 180°, chaleur tournante.

Fouetter les œufs avec la fécule, les petites feuilles de thym frais (en abondance) et le poivre, puis délayer soigneusement avec le fromage blanc puis le lait. Saler légèrement (car la saucisse et le fromage apporteront leur grain de sel également).

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Dans un grand plat en porcelaine ou en terre (ou dans des petits plats individuels), déposer un filet d’huile d’olive, puis les feuilles de roquette, d’ortie et d’épinard lavées, essorée et grossièrement coupées au couteau. Disposer des cubes de brique de chèvre, puis la saucisse coupée en tranches fines. Recouvrir de l’appareil à clafoutis et saupoudrer du fromage de chèvre sec.

Enfourner pour 35 à 40 mn. Servir chaud, tiède avec un filet de miel, voire froid et parsemer de fleurs des champs. Accompagner d’une petite salade craquante et très fraîche de krampouez mouzig…