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 Nouvelle tragédie naturaliste au Gouezou avec la disparition des poulettes, fauchées dans la fleur de l’âge par l’infâme goupil. Le renard est appelé "goupil", jusqu'au moment où il prend le nom du célèbre héros du Roman de Renart. Déjà considéré comme un animal fourbe et malfaisant par Aristote, par les fables antiques et par l'Evangile, le renard est au Moyen Âge le symbole de la ruse, de la perfidie et de l'hypocrisie : "Le renard est très fourbe et plein de ruse, et il ne suit jamais un chemin rectiligne. [...] lorsqu'il a faim et qu'il ne trouve pas de quoi manger, il se roule dans la terre rouge de telle sorte qu'il donne l'impression d'être tout ensanglanté, puis il s'étend sur le sol les pattes en l'air comme s'il était mort, il retient son souffle et gonfle la poitrine en cessant de respirer [...] Les oiseaux [...] s'imaginent qu'il est mort ; ils vont alors se poser sur lui, mais à ce moment il s'empare d'eux et les mange. Le renard représente le Diable, car celui-ci feint d'être mort pour tromper tous ceux qui vivent selon la chair." (Pierre de Beauvais).
Le Roman de Renart est d'abord un "roman de la faim", selon l'expression de Michel Pastoureau : les bêtes se battent, se font des procès, partent en pèlerinage en même temps qu'elles cherchent leur nourriture. Derrière la figure de Renart qui ruse pour voler des poulets, les auteurs dénoncent la faim qui règne chez leurs contemporains. Il faut croire qu’au Gouezou, le renard file la métaphore avec une remarquable constance…
Avec les derniers œufs des regrettées gallinacées, une crème brûlée craquante et soyeuse, parfumée à la fleur de sureau, comme une délicieuse oraison funèbre.

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Pour deux gourmands esseulés (un seul être vous manque et tout est dépeuplé) :
2 jaunes d’œufs
30 gr de sucre
250 gr de crème liquide crue et bio (j’utilise la partie supérieure, très riche en crème, d’une bouteille de lait de vache Bretonne pie noir bio et cru de la Ferme du Kleuz à Plouneour Menez)
2 inflorescences de sureau fraîchement cueillies
Une très généreuse pincée de vanille Bourbon

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Préchauffer le four sur 160°, chaleur tournante.
Faire chauffer la crème avec la vanille. Lorsqu’elle est sur le point de bouillir, y placer les inflorescences, ôter du feu et laisser infuser une dizaine de minutes.
Pendant ce temps, fouetter et blanchir les jaunes d’œuf avec le sucre. Filtrer la crème et l’incorporer au mélange œufs/sucre et mélanger intimement. Verser dans des plats en porcelaine, les déposer dans un grand plat, remplir d’eau bouillante (bain-marie) et enfourner pour 30 mn.
Laisser refroidir puis réfrigérer.

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Au moment de servir, saupoudrer de sucre et caraméliser rapidement au chalumeau (pour ne pas réchauffer et recuire la crème). Servir immédiatement. Plonger une cuillère gourmande dans cet ultime dessert en ayant une pensée émue pour la fin tragique des poulettes du Gouezou.