SAM_0734

SAM_0642

Il était une fois, dans les Monts d’Arrée, une fratrie de trois moutons gambadant sous les frondaisons: le benjamin, un tout petit agneau d’un an au pelage soyeux, le cadet, un jeune mouton de deux ans au lainage épais et l’aîné, un beau mouton de trois ans aux belles cornes.
Au terme d’une chouette déambulation dans une jolie forêt de hêtres et de chênes, les voilà qui souhaitent rentrer à la Bergerie du Squiriou, le soir venant. Mais voilà que se profile, au bout du chemin, un pont de bois jeté au-dessus d’une rivière enchantée et poissonneuse. Or, tout le monde le sait, sous le tablier des vieux ponts de bois des Monts d’Arrée nichent souvent des poulpikans, korrigans malveillants et voraces, grands amateurs de gigots et de côtelettes. Comment s’assurer que la voie est libre ?

KORRIGAN 01


Notre trio tient alors conciliabule, à bonne distance du pont, et les deux aînés –avec un singulier manque de courage et d’élégance, il faut bien l’avouer- décident d’envoyer le benjamin sur le pont : si poulpik il y a, l'agneau se fera croquer, sinon, en l’absence de danger, les deux autres le rejoindront, sains et saufs, sur l’autre rive. La raison des plus forts est toujours la meilleure, etc.
Ainsi fut fait et notre innocent benjamin, inconscient du danger, fit claquer ses sabots légers sur le pont : un effrayant poulpik, l’estomac dans les talons et la serviette déjà nouée autour du coup lui coupa la route toutes quenottes dehors. Mais, tout le monde le sait, les benjamins sont moins niais qu’il n’y paraît et ont plus d’un tour dans leur sac et par ailleurs, pas la langue dans leur poche : « Poulpik ! Ne me dévore pas ! Attends plutôt le passage de mon cadet, bien plus gros et plus gras ! ». Le poulpik –qui n’avait pas lu La Fontaine et n’avait pas fait pour sien l’adage « Un tiens vaut mieux que deux tu l’auras »- laissa passer l’agneau et, tapi dans l’ombre, attendit le cadet.

img_2559

Celui-ci arriva sur ces entrefaits, gambadant joyeusement avec l’innocence de ses deux ans. Lorsque ses sabots claquèrent sur le pont, le poulpik, l’estomac toujours dans les talons, salivant tous crocs dehors, lui coupa le chemin au beau milieu du pont en poussant un hurlement effroyable. Mais, tout le monde le sait, les cadets –moins futés que les benjamins- sont toutefois moins niais qu’il n’y paraît et ont plus d’un tour dans leur sac et par ailleurs, pas la langue dans leur poche : « Poulpik ! Ne me dévore pas ! Attends plutôt le passage de notre aîné, beaucoup plus gros et plus gras ! ». Le poulpik –qui n’avait toujours pas lu La Fontaine et n’avait encore pas fait pour sien l’adage « Un tiens vaut mieux que deux tu l’auras»- laissa passer le jeune mouton et, tapi dans l’ombre, attendit l’aîné.

SAM_0650
Celui-ci arriva sur ces entrefaits, gambadant joyeusement avec la tranquille assurance de ses trois ans… Lorsque ses sabots claquèrent sur le pont, le poulpik, l’estomac toujours dans les talons, salivant toutes dents dehors, lui coupa le chemin au beau milieu du pont en poussant un hurlement effroyable. Le sang de l’aîné ne fit qu’un tour : tête baissée, cornes en avant, il chargea le poulpik affamé sans ménagement et l’envoya rencontrer, à l’issu d’un mémorable vol plané, la rivière enchantée qui l’engloutit avec un soupir d’aise.
« Un Tiens vaut, ce dit-on, mieux que deux Tu l'auras;
L'un est sûr, l'autre ne l'est pas. »
La fratrie réunie termina son périple par un joyeux retour à la Bergerie du Squiriou auprès de ses congénères et de leurs chouettes bergers, Cécile et Clément.

SAM_0645
Il en raconte des histoires, Youn, lors de la Randonnée des Korrigans d’ADDES qui mène les plus jeunes comme Arthur et Chloé, dans l’épaisse forêt de Botmeur à la rencontre des Korrigans Neoken, Baguar et Boulbagor. En prenant grand soin d’éviter les pièges enchantés des korrigans et la mauvaise humeur des poulpikans chafoins…
Et de retour au logis, sains et saufs, s’attabler autour de belles tranches de gigot de brebis de la Bergerie du Squiriou, caramélisées au miel des Monts d'Arrée, accompagnées d’un chutney de menthe bergamote toute fraîche du Gouezou.

 

 SAM_0733

Pour 4 poulpikans, affamés par essence :

2 belles tranches de gigot de brebis de la Bergerie du Squiriou (Brasparts)

4 cuillères à soupe de miel de châtaignier de la Miellerie des Monts d’Arrée (Plouneour-Menez)

2 cuillères à soupe de moutarde à l’ancienne

Poivre noir de Kérala fraîchement moulu

Deux belles poignées de menthe bergamote du jardin

Une cuillère à soupe de sucre de canne bio complet

Deux cuillères à soupe de vinaigre de cidre

Sel de Guérande

 SAM_0730

Dans un grand sachet (type sachet à congélation), placer les tranches de gigot et ajouter le miel, la moutarde et le poivre. Refermer le sachet, bien masser la viande avec cette marinade toute simple et réserver au frais trois ou quatre heures (la veille, c’est encore mieux !).

Préparer alors le chutney : cueillir les feuilles de menthe, les ciseler très finement (ne pas les mixer, cela leur fait perdre tout leur parfum et leur belle fraîcheur chlorophyllée). Les placer dans une casserole avec le sucre, ajouter alors un peu d’eau de source (trois à quatre cuillères à soupe, à peine) et amener à une simple ébullition. Ôter du feu et ajouter alors le vinaigre de cidre puis le sel. Réserver au frais dans un petit pot jusqu’au moment de servir. Ce petit chutney est bien meilleur réalisé à la dernière minute.

SAM_0736

La cuisson du gigot peut se faire à la poêle, certes, mais c’est bien meilleur au barbecue : sur la braise rougeoyante, faire saisir les tranches environ deux à trois minutes par face (un peu plus pour une cuisson à cœur). Servir brûlant les tranches de gigot caramélisées avec des brocolis et des choux romanescos cuits à la vapeur et le petit chutney tout frais.SAM_0735