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La légende du Cœur mangé fait partie des histoires aux racines obscures qui traversent les siècles et voyagent d’un continent à l’autre. Tout commence avec la plus vieille histoire du monde : le triangle amoureux.

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Donc, une dame trompe son mari avec un autre mais l’adultère est rapidement percé à jour. L’amant finit par mourir et le mari donne le cœur de ce dernier à manger à sa femme, à son insu bien entendu. En Europe, il existe plus d’une vingtaine de versions de cette histoire tragique d’amant occis puis cuisiné, la première étant datée de 1150, mais dans toutes les variations, la femme finit toujours par manger le cœur de son amant : Eros et Thanatos passent donc à table sur fond de cannibalisme. Le plus souvent, lorsqu’elle apprend ce qu’elle a ingéré –et sans doute apprécié sur le moment ?- la dame meurt de désespoir ou se suicide; et dans une des versions de l’histoire, Le Lai d’Ignauré, douze femmes sont impliquées, chacune d’entre elles trompant son mari avec le même homme, le serial lover Chevalier Ignauré. La vengeance conjointe des maris sera terrible puisqu’ils tuent l’amant, lui arrachent le cœur et ce qu’on appelle pudiquement son «cinquième membre» puis les font manger à leurs épouses respectives. La vengeance est donc ici un plat qui ne se mange pas froid. En apprenant qu'elles ont, sans le vouloir, consommé le cœur et le pénis de leur amant, les dames se laissent mourir de faim: «[on] pleura leur mort et on fit un lai de douze vers qui mérite de rester en mémoire, car la matière en est toute véridique ».

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On pourrait trouver des racines catholiques dans le Lai d’Ignauré, puisque le chiffre douze correspond aussi au nombre d’apôtres dans l’Evangile mais d’aucuns affirme que le conte est une parodie qui se situe au croisement du christianisme et de la mythologie grecque (Chronos y boulotait bien sans état d’âme ses enfants nouveau-nés). On y retrouve effectivement des traces de l’histoire du Christ ou encore de Dionysos, qui se fait cuire et manger par les Titans avant de renaître grâce au cœur, le seul des organes qu’ils ne touchent pas.

Des versions différentes de l’histoire existent en Angleterre, en Allemagne, en France et même en Suède. Si ses origines ont donc communément été attribuées à l’Europe, personne ne sait en fait d’où elle vient. D’ailleurs, une version a même été trouvée par un universitaire dans le Pendjab, une région située entre l’Inde et le Pakistan. Et nul ne sait quelle version a précédé les autres…

Point de cœurs d’amants ici ni de fine amor, mais un joli petit cœur de veau de Bretonne pie noir émincé, lentement braisé au cacao et servi avec un risotto fondant à la sauge et aux fèves tendres.

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Pour quatre convives, maris, femmes et amants :

800 g de cœur de veau de Bretonne pie noir, paré et émincé

1 oignon rosé de Roscoff

1 carotte

2 c. à soupe d’huile neutre

50 cl de vin blanc demi-sec type Chardonnay

1 cuillère à café rase de quatre-épices

1 c. à soupe rase de cacao noir en poudre

40 g de chocolat noir à 70% de cacao

Sel de Guérande

Poivre du moulin

Un petit bouquet d’herbes fraîches du jardin en mélange : ail triquètre, sauges, thym, etc.

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Eplucher la carotte et l’oignon et les couper en petits dés. Dans une cocotte en fonte, faire dorer les lanières de cœur sur tous les côtés dans l’huile pendant quelques minutes environ. Saler, poivrer, saupoudrer de cacao puis rajouter les légumes, les épices et le vin blanc. Laisser mijoter doucement pendant un bon quart d’heure en couvrant la cocotte les 10 dernières minutes.

Retirer le cœur puis passer la sauce au moulin à légumes afin de récupérer la chair des légumes. Faire réduire un peu la sauce dans la cocotte puis y faire fondre le chocolat noir.

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Réchauffer doucement le cœur dans la sauce, parsemer des herbes lavées, essorées et très finement émincées, et servir bien chaud avec un risotto aux herbes fraîches et aux fèves tendres pour un joli contraste de saveurs.