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« Après le dîner, le ventre tendu comme un tambourin, repu comme pataud, il [Robin Chevet] jasait volontiers, le dos tourné vers le feu, en écorçant du chanvre avec beaucoup de soin ou en arrangeant ses bottes selon la mode en cours... ; il chantait de façon très mélodieuse et selon les règles du savoir vivre quelque chanson nouvelle ; Joanne, sa femme, qui filait de l’autre côté, lui répondait de même.

VEILLEE BRETAGNE

Le reste de la famille œuvrait, chacun à sa tâche : les uns réparaient les courroies de leurs fléaux, les autres fabriquaient des dents de râteaux, brûlaient des cordes pour lier, par exemple, l’essieu de la charrette brisé par un trop grand fardeau, ou bien fabriquaient une verge de fouet en néflier.

Alors qu’ils étaient occupés à diverses besognes, le bonhomme Robin, après avoir imposé le silence, commençait un beau conte du temps où les bêtes parlaient - il n’y a pas deux heures - comment le renard dérobait le poisson au poissonnier ; comment il fit battre le loup par les lavandières lorsqu’il lui apprenait à pêcher ; comment le chien et le chat s’en allaient bien loin ; il contait l’histoire de la corneille qui, en chantant, perdit son fromage ; celle de Mélusine ; celle du Loup-Garou ; celle de Cuir d’Anette ; celle des fées : il leur parlait souvent avec familiarité, prétendait-il, surtout lorsqu’il passait à la brune par le chemin creux et qu’il les voyait danser le branle près de la fontaine du Cormier, au son d’une belle cornemuse couverte de cuir rouge... »

Noël du Fail, (1520/1591), Les Propos Rustiques, 1547 (disponible sur Gallica).

Robin et sa famille auront sûrement plongé une cuillère impatiente dans cette belle courge muscade de Provence rôtie au four et farcie de fromage de chèvre, de poitrine fumée, de fondue de poireaux, de graines de blé noir, d'un voile de poivre et d'une lichette de crème...

 

Pour 4 à 6 convives au coin du feu :

Une belle grosse courge dodue et bio (type potimarron ou musquée de Provence)

2 blancs de poireaux

2 oignons rosés de Roscoff

2 gousses d’ail rosé de Lautrec

200 gr de graines de blé noir torréfiées et cuites

Une brique de chèvre

200 gr de poitrine de porc blanc de l’Ouest fumée

Une demi-cuillère à café de cannelle

100 gr de crème fraîche

Une poignée de noisettes décortiquées torréfiées et concassées

Poivre noir du moulin

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Émincer les oignons et les blancs de poireau, piler au mortier les gousses d'ail. Dans une petite cocotte en fonte, faire revenir les légumes dans une généreuse noix de beurre. Quand ils commencent à colorer, baisser le feu et laisser cuire doucement en mélangeant de temps à autre. Ajouter la poitrine détaillée en petits dés, puis le poivre et la cannelle.

Préchauffer le four sur 200°, chaleur tournante.

Ôter le chapeau de la courge après l’avoir lavée et brossée, l’évider, puis la précuire au cuit-vapeur (une trentaine de minutes). Une pointe de couteau ou une brochette doit transpercer la chair sans trop résistance. Attention à ne pas trop cuire les courges car elles finiront de cuire au four.

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Placer la courge dans un grand plat en terre légèrement beurré. Déposer au fond de la cavité le blé noir, puis le fromage coupé en dés et enfin, ajouter le mélange de légumes et de poitrine. Verser alors la crème puis parsemer d’éclats de noisettes avant d’enfourner pour 40 à 50 minutes.

Servir bien chaud et déguster, suspendu aux lèvres du conteur au coin du feu : « Il vous faut apprendre, je crois, Comment il était une fois ... un roi qui appartenait à la tribu royale du Cheval et portait le nom tout à fait approprié de Marc'h. Marc'h signifie, comme vous le savez, cheval en langue bretonne. Ce roi Marc'h avait son palais à Poulmarc'h, près de Douarnenez… »

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