SAM_1152

Comme beaucoup de fêtes inscrites dans notre calendrier, la Chandeleur ne fait pas exception : nous en avons oublié l’origine tout en lui restant très attachés… Initialement fête païenne du renouveau, dédiée au retour de la lumière après les mois noirs, la fête des chandelles -et ses crêpes comme des soleils- a été très habilement phagocytée par le christianisme qui l’a transformée –abracadabra !- en fête religieuse autrement appelée la Présentation du Christ au Temple. Elle fut ensuite ancrée au 2 février, quarante jours après Noël, c’est-à-dire aujourd’hui ! Et puis le temps a passé, les couleurs religieuses ont fané alors que le souvenir païen, durablement gravé, perdure et trouve une nouvelle vie dans les allées surchargées des grandes surfaces, à grands coups de promotions sur la pâte à tartiner, les confitures industrielles, le rhum bas de gamme et les crêpières antiadhésives -du moins la première semaine d’utilisation-… Les enseignants des classes d’écoles maternelles y voient aussi une belle occasion de faire découvrir aux petits les notions géométriques incontournables que sont le cercle et le disque, et de se lancer dans la confection des crêpes qui seront partagées par tous, pour peu qu’il n’y ait pas d’élève diabétique, intolérant au gluten ou au lactose, végétarien, végan…
Faisons donc joyeusement voler les crêpes aujourd’hui: on appréciera à cette occasion l’incontestable suprématie du Breton, qui tout en conservant dans son poing droit serré un gwennec, de l’autre manipule le bilig en fonte à bout de ce seul bras pour faire tournoyer les crêpes dorées. Trop fort !
Retour à l’école :  les mots se savourent, s’égrènent, s’épellent, se goûtent, promesses de saveurs roboratives ou délicates ; les dictionnaires s’épluchent ; les manuels ont beau être plein de recettes pour réussir en orthographe, les dictées demeurent truffées de fautes : le vocabulaire de la table de cuisine et celui de la table d’écolier sont faits l’un pour l’autre. Ils offrent la même simplicité apparente, intraitable et qui ne pardonne rien, le même goût du respect de l’ordre et des impératifs, comme dans cette recette de la si ingénue crêpe Suzette, à ne pas confondre avec le crêpe georgette :

roth-clemence-petite-fille-tenant-une-orange-1889

« Râper le zeste de deux oranges, mélangez avec cent grammes de beurre, soixante grammes de sucre et une cuillère de rhum, étaler cette crème sur chaque crêpe, plier celle-ci en deux, mettez vite sur un plat chaud et servez bouillant. C’est la crêpe Suzette. » (G. Galichet, G. Mondouaud, Je découvre la grammaire et l’orthographe, 1963)

SAM_1144