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A la suite d’un considérable embrouillamini qui, pour faire court, opposa François Ier et Soliman II le Magnifique à Charles Quint et Henry VIII, la Couronne de France dépêcha sur la côte nord du Léon menacée par les Anglois, trois jeunes Lieutenants, dont Monsieur de Rohan, et dans son sillage Ambroise Paré, habile et génial chirurgien, qui fit une relation circonstanciée de cette épopée en terre bretonne.

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Après avoir défait la flotte de la perfide Albion sans coup férir en 1543, les lieutenants du roi, jouant la carte de la sûreté, continuèrent à faire tenir garnison à l'armée qu’il fallut occuper car on était à la belle saison. Le Léon se transforma derechef en camp de vacances… Les soldats sont de grands enfants : les cavaliers jouaient au jeu de bagues et simulaient des combats à l'épée, aussi chaque jour quelqu'un recevait-il un coup sur la tête, un "chinfreneau" comme dit Paré, qui assure n'avoir pas manqué de besogne.

Voulant faire plaisir à messieurs de Rohan, de Laval, à leurs gentilshommes et à leurs soldats, le duc d'Etampes fit venir aux fêtes quantité de paysannes pour chanter en bas-breton, la seule langue connue d'elles. "Leur harmonie était de coaxer comme grenouilles lorsqu elles sont en amour" écrit Paré. On peut être homme de sciences lumineux et pour autant un sombre crétin… Elles eurent plus de succès avec leurs danses. Paré se divertit beaucoup à les voir se trémousser en dansant le triori de Bretagne, une danse vive à trois temps, "et n'estoit sans bien remuer les pieds et fesses. Il les faisoit moult bon ouyr et voir".

Autre découverte pour Ambroise Paré, des tournois de gouren –lutte bretonne- : le duc d'Etampes, gouverneur de Bretagne, faisait venir de toute la Bretagne des lutteurs qui se disputaient le prix offert au meilleur. Ces luttes  mettaient aux prises pendant les jours de fêtes des athlètes rustiques pour lesquels on accourait de dix lieues à la ronde. En l'année 1505, la reine Anne, visitant son duché, s'en était vue offrir le spectacle à Guingamp dans le cloître des Cordeliers. "Le jeu n'estoit point achevé", écrit Paré, "qu'il n'y eust quelqu'un qui eust un bras ou jambe rompue, ou espaule ou hanche démise".

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Paré rapporte longuement une de ces luttes qui eut une fin tragique. Un petit Bas Breton, trapu, de belle carrure, "fessu", avait déjà par astuce et par force jeté à bas cinq ou six lutteurs. Survint alors un grand diable, maître d'école de son état, nommé Dativo, qu'on disait être l'un des meilleurs lutteurs de toute la Bretagne. Ayant ôté sa longue jaquette, il entra dans la lice en chausses et en pourpoint. "Collet à collet", les deux hommes se prirent et restèrent longtemps sans bouger. On les pensait égaux en force et en astuce. Tout d'un coup, le petit fessu se jeta sous le grand Dativo, trop surpris pour résister, le chargea sur son épaule et le jeta à terre, sur les reins, "comme une grenouille". Dépité devant les rires des assistants, le grand Dativo voulut prendre sa revanche. Les deux hommes se reprirent donc "collet à collet", restèrent un moment sans bouger puis, tout soudain le grand se laissa tomber sur le petit, lui mit en tombant le coude au creux de l'estomac et creva le cœur du malheureux qu'il tua net. On ne se méfie jamais assez des enseignants. Après quoi Dativo remit sa longue jaquette et s'en alla "la queue entre les jambes".

Voyant que le petit homme, toujours étendu à terre, restait sans connaissance, malgré le vin et le vinaigre qu'on lui avait présentés, Paré s'approcha de lui, prit le pouls et constatant qu'il ne battait plus, dit que l'homme était mort. Les Bretons alors dirent tout haut "en leur baragouyn" dont Paré rapporte les termes, « Andraze meuraquet enes racun bloa so abeudeux henelep e barz an gouremon enel ma hoa engoustum » que cela ne les étonnait pas, et que le grand Dativo avait l'année précédente tué un homme dans une pareille lutte.

Paré, voulant connaître la cause d'une mort si subite, fit l'ouverture du corps. Il trouva du sang répandu en abondance dans le thorax et le bas-ventre mais ne put savoir d'où il avait jailli. Il pensa néanmoins qu'il provenait de l'ouverture des vaisseaux ou de leurs porosités. Et il conclut: "le pauvre petit lutteur fut enterré".  

En mémoire de ce pauvre petit lutteur fessu, on s’attablera autour d’une épaule de chevreau des Monts d'Arrée doucement confite au four en bonne compagnie de miel, de légumes ensoleillés et d’épices orientales en hommage à l’alliance franco-ottomane de Soliman Le Magnifique et François Ier…

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Pour une équipe de lutteurs affamés :

Une épaule de chevreau bio d’environ 2 à 3 Kg des Monts d’Arrée

Huile d’olive bio fruitée

Sel de Guérande

Poivre noir

Un oignon rosé de Roscoff

Un gros bouquet d’aromatiques en mélange : persil plat, coriandre, ciboulette…

Une cuillère à café de coriandre

Une cuillère à café de cannelle

Une cuillère à café de cumin

Une cuillère à soupe de curcuma

Une cuillère à soupe de paprika

2 cuillères à soupe de miel de thym

4 gousses d’ail frais

Un petit morceau de gingembre frais

Légumes de saison des Jardins de Kervelly (Commana): environ 3 à 4 Kg de tomates, poivrons rouges et jaunes, aubergines, courgettes, oignons nouveaux, carottes, blettes, ail nouveau, petits pois, fèves, etc.

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Mélanger les épices, le sel, les herbes finement émincées, l’oignon détaillé en dés, l’ail et le gingembre pilés, le miel et l’huile d’olive dans un récipient : placer la viande dans un grand plat et l’enduire sur toutes ses faces de cette marinade puissante. Laisser reposer au frais toute la nuit.

Le lendemain, préchauffer le four sur 150°, huiler un grand plat métallique rectangulaire et y déposer toutes les légumes détaillés en petits dés. Déposer alors l’épaule sur ce lit de légumes et arroser de la marinade restant. Recouvrir le plat d’une feuille de papier cuisson froissée et mouillée. Enfourner pour une cuisson tout en douceur de deux heures à deux heures et demi.

 

Poser fièrement le plat au beau milieu de cette table de lutteurs carnivores et accompagner d’un plat de semoule de couscous au curcuma et à l’anis vert cuit à la vapeur…

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