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Profiter du soleil couchant qui embrase le ciel, du jour qui refuse de céder sa place à la nuit, du soir qui s’installe et balaie l’air incandescent pour s’installer en terrasse au pied des sureaux pour conter l’histoire de la Fée du Sureau des frères Grimm…

« Il y avait une fois un petit garçon enrhumé; il avait eu les pieds mouillés. Où ça? Nul n'aurait su le dire, le temps étant tout à fait au sec.

Sa mère le mit au lit et lui apporta une bonne tasse de tisane de sureau. Au même instant, la porte s'ouvrit et un vieux conteur, venu en voisin, entra.

- Bois ta tisane, dit la mère, et peut-être Monsieur te dira-t-il un conte.

- Racontez! Racontez!

- Avec plaisir si un conte venait tout seul, mais il est souvent capricieux et n'arrive que lorsque ça lui chante… Stop! s'écria-t-il tout d'un coup, en voilà un! Attention, il est là sur la théière!

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Le petit garçon tourna les yeux vers la théière. Le couvercle se soulevait de plus en plus et des fleurs en jaillissaient, si fraîches et si blanches; de longues feuilles vertes sortaient même par le bec, cela devenait un ravissant buisson de sureau, tout un arbre bientôt qui envahissait le lit, en repoussant les rideaux. Que de fleurs, quel parfum! et au milieu de l'arbre une charmante vieille dame était assise. Elle portait une drôle de robe toute verte parsemée de grandes fleurs blanches.

- Comment s'appelle-t-elle, cette dame? demanda le petit garçon.

- On l'appelle la Fée du Sureau. Regarde-la bien et écoute-moi...

Il y a un arbre tout fleuri pareil à celui-ci; il a poussé dans le coin d'une petite ferme très pauvre. Sous son ombrage, par un bel après-midi de soleil, deux bons vieux, un vieux marin et sa vieille épouse étaient assis. Arrière-grands-parents déjà, ils devaient bientôt célébrer leurs noces d'or, mais ne savaient pas au juste à quelle date. La fée du Sureau, assise dans l'arbre, avait l'air de rire. "Je connais bien, moi, la date des noces d'or! " Mais eux ne l'entendaient pas, ils parlaient des jours anciens.

- Te souviens-tu, disait le vieux marin, du temps que nous étions petits, nous courions et nous jouions justement dans cette même cour et nous piquions des baguettes dans la terre pour faire un jardin.

- Bien sûr, je me rappelle, répondit sa femme. Nous arrosions ces branches taillées et l'une d'elles, une branche de sureau, prit racine, bourgeonna et devint par la suite le grand arbre sous lequel nous deux, vieux, sommes assis.

- Oui, dit-il, et là, dans le coin, il y avait un grand baquet d'eau, mon bateau, que j'avais taillé moi-même, y naviguait! Mais bientôt, c'est moi qui devais naviguer d'une autre manière.

- Mais d'abord nous avions été à l'école pour tâcher d'apprendre un peu quelque chose. Après, nous sommes allés voir le roi et la reine, dans leurs barques magnifiques, qui voguaient sur les canaux.

- Mais je devais vraiment voguer tout autrement, et durant de longues années, et pour de grands voyages!

- Ce que j'ai pleuré à cause de toi! dit-elle, je croyais que tu étais mort et noyé, tombé tout au fond de la mer. Et comme j'attendais, un jour le facteur passa et me remit une lettre, une lettre de toi! Ce qu'elle avait voyagé! Tu écrivais que tu étais dans les pays chauds où poussent les grains de café. Quel pays béni ce doit être! Tout d'un coup, derrière moi, quelqu'un me prit par la taille... Tu étais arrivé en même temps que la lettre et tu étais si beau! ... Tu l'es encore.

- Ensuite nous nous sommes mariés, dit-il; tu te souviens quand nous avons eu le premier garçon, puis tous nos autres enfants?

- Oui, tous grands et tous de braves gens que tout le monde aime.

- Et leurs enfants, à leur tour, ont eu des petits! dit le vieil homme, de solides gaillards aussi! Il me semble que c'est bien à cette époque-ci de l'année que nous nous sommes mariés?

- Oui, c'est justement aujourd'hui le jour de vos noces d'or, dit la fée du Sureau en passant sa tête entre eux deux. Ils crurent que c'était la voisine qui les saluait, ils se regardaient, se tenant par la main.

Peu après arrivèrent les enfants et petits-enfants; ils savaient, eux, qu'on fêtait les noces d'or. Les vieux l'avaient oublié, alors qu'ils se rappelaient si bien ce qui s'était passé de longues années auparavant.

Le sureau embaumait, le soleil couchant illuminait les visages des vieux et les rendait tout rubiconds, le plus jeune des petits enfants dansait tout autour. La fée du Sureau souriait dans l'arbre.

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- Mais ce n'est pas du tout un conte !, dit le petit garçon qui écoutait.

- Tu dois t'y connaître, dit celui qui racontait. Demandons un peu à notre fée…

Ce n'était pas un conte, dit-elle, mais il va venir maintenant. De la réalité naît le plus merveilleux des contes, sans quoi mon délicieux buisson de sureau ne serait pas jailli de la théière.

Elle prit le petit garçon dans ses bras contre sa poitrine. La verdure et les fleurs les enveloppant formaient autour d'eux une tonnelle qui s'envola avec eux à travers l'espace. Voyage délicieux. La fée était devenue subitement une petite fille, en robe verte et blanche avec une grande fleur de sureau sur la poitrine, et, sur ses blonds cheveux bouclés, une couronne. Sur le frais gazon de la pelouse, la canne du père était restée; simple bois sec, elle était vivante pour les petits. Sitôt qu'ils l'enfourchèrent, le pommeau poli se transforma en une belle tête hennissante. Quatre pattes à la fois fines et fortes lui poussèrent, l'animal était robuste et fougueux. Au galop, ils tournaient autour de la pelouse. Hue! Hue!

Et ils tournaient et tournaient autour de la pelouse, la petite fille, qui n'était autre que la fée, s'écriait:

- Nous voici dans la campagne, vois-tu la maison du paysan avec le grand four qui a l'air d'un immense œuf sur le mur du côté de la route, le sureau étend ses branches au-dessus et le coq gratte la terre pour les poules et se rengorge!

Tout ce dont parlait la petite fille assise derrière, sur la canne, se déroulait devant eux; le garçon le voyait, et cependant ils ne tournaient qu'autour de la pelouse…

Ensuite ils jouèrent dans l'allée et dessinèrent un jardin sur le sol; la petite fille enleva une fleur de sureau de sa tête et la planta. Et cette fleur poussa exactement comme cela s'était passé devant nos deux vieux, quand ils étaient petits - comme nous l'avons raconté tout à l'heure.

Ils marchèrent la main dans la main, comme les vieux étant enfants… Le printemps se déroula, puis l'été, et l'automne et l'hiver; mille images se reflétaient dans les yeux du garçon et, dans son cœur, toujours la petite fille chantait: "Tu n'oublieras jamais tout ça!" Le sureau, tout au long du voyage embaumait si exquisément.

Le petit garçon devenait un jeune homme; il devait partir dans le vaste monde, loin, loin, vers les pays chauds où pousse le café. Au moment de l'adieu, la petite fille prit sur sa poitrine une fleur de sureau et la lui tendit afin qu'il la garde entre les pages de son livre de psaumes, et, chaque fois que dans les pays étrangers il ouvrait son livre, c'était juste à la place de la fleur du souvenir.

Les années passèrent. Il devint un vieil homme assis avec sa femme sous un arbre en fleurs. La petite fée avec des fleurs dans les cheveux était assise dans l'arbre et les saluait de la tête, en disant: "C'est le jour de vos noces d'or!" Tous deux étaient assis là, comme roi et reine, sous l'arbre odorant qui avait bien l'air d'un sureau, et le mari raconta à sa vieille l'histoire de la Fée du Sureau comme on la lui avait contée quand il était un petit garçon.

- Oui, c'est ainsi, dit la fée dans l'arbre, je suis la fée Souvenir. Je suis assise dans l'arbre qui pousse et qui repousse et je me souviens et je raconte! Fais-moi voir si tu as gardé mon cadeau.

Le vieil homme ouvrit son livre de psaumes; la fleur de sureau était là, fraîche comme si on venait de l'y déposer. Alors, Souvenir sourit, les deux vieux avec leur couronne d'or sur la tête, assis dans la lueur rouge du soleil couchant, fermèrent les yeux et… et… l'histoire est finie.

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Le petit garçon, dans son lit, ne savait pas s'il avait dormi ou s'il avait entendu un conte. La théière était là, sur la table, mais aucun sureau n'en jaillissait, et le vieux monsieur qui avait raconté l'histoire, allait justement s'en aller.

- Comme c'était joli, maman, dit le petit garçon. Je suis allé dans les pays chauds.

- Oui, ça, je veux bien le croire, dit la mère, quand on a bu deux tasses de tisane de sureau brûlante, on doit bien se sentir dans les pays chauds.

- Où est la Fée du Sureau? demanda l'enfant.

- Elle est là, sur la théière, dit la mère, eh bien, qu'elle y reste. »

Accompagner ce conte étrange d’une fraîche panna cotta parfumée aux fleurs de sureau, surmontée d’une salade de fraises gariguettes citronnées.

 

Pour 8 petites verrines toutes fraîches :

1 litre de lait entier bio et cru de vache Bretonne pie noir

4 corymbes de sureau

2 poignées de pioka ou 5 feuilles de gélatine ou l’équivalent d’agar-agar

80 gr de sucre en poudre

250 gr de petites fraises gariguettes

½ citron

2 cuillères à soupe de sucre

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Amener le lait à ébullition dans une grande casserole et y plonger les fleurs de sureau. Eteindre le feu et laisser refroidir à couvert.

Equeuter les fraises, si elles sont un peu grosses, les couper en deux ou en quatre puis les placer dans un récipient (par exemple un bocal). Ajouter le jus du citron et le sucre. Fermer le récipient et placer au réfrigérateur jusqu’au moment de servir.

Lorsque le lait a refroidi, les fleurs ayant infusé, filtrer le tout au chinois. Laisser la gélatine se réhydrater dans un récipient d’eau fraîche. Prélever un peu du lait infusé (l’équivalent d’un petit verre), le placer dans une petite casserole, l’amener à ébullition avec le sucre et y ajouter alors la gélatine essorée. Eteindre le feu, bien mélanger puis ajouter ce mélange au reste du lait. Verser en verrines et placer au réfrigérateur quelques heures (une nuit).

Au moment de servir, répartir la petite salade de fraises citronnées sur les panna cotta. On peut également ajouter quelques petites fleurs de sureau pour faire joli !