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"En honorant ceux qui ont refusé de se plier à la fatalité de la volonté exterminatrice de l'idéologie nazie, la médaille des Justes contribue à rétablir l'Histoire dans sa vérité." Et parmi les récipiendaires de cette médaille des Justes qu’évoque Simone Veil, inhumée aujourd’hui au Panthéon, on compte une belle âme, brillante et discrète, Yvonne Hagnauer dite Goéland, pédagogue et résistante.

YVONNE HAGNAUER

Née Even en 1898 à Paris, Yvonne était d'origine bretonne mais on ignore à peu près tout de sa famille et de sa jeunesse. A l’aube du XXème siècle, c’est une jeune fille très brillante qui s’apprête à traverser un siècle troublé au mitan sombre. Normalienne, elle devient institutrice vers 1918, épouse en 1925 Roger Hagnauer -lui-même instituteur, militant humaniste, juif et communiste- puis devient professeur d'anglais à l'école Supérieure de Commerce de Paris. Titulaire du certificat d'enseignement général "Histoire, Lettres, Anglais", elle est en effet également certifiée de l'Université de Cambridge (anglais). Féministe et syndicaliste convaincue, membre du Syndicat National des Instituteurs, elle milite aux cotés de Wallon, Cousinet, Freinet, du Père Chatelain, pour un renouvellement éducatif.

En septembre 1939, Yvonne et Roger Hagnauer signent le manifeste "Paix immédiate", appel lancé par Louis Lecoin, le philosophe Alain, Henri Jeanson, Jean Giono et bien d'autres, ce qui leur vaut d'être inculpés et radiés de l'enseignement public par le gouvernement Daladier.

Après quelques mois difficiles, Yvonne est sollicitée par le Secours National, en juin 41, pour créer à Sèvres, un home d'enfants permanent : elle accepte car c'est pour elle, pense-t-elle à ce moment, sa dernière opportunité d'enseigner et de poursuivre son œuvre pédagogique.

La maison de Sèvres a donc été fondée à l'origine, par le Secours National, pour venir en aide aux jeunes sous-alimentés de la région parisienne ainsi qu'aux enfants de familles socialement troublées ou dispersées depuis l'exode. Très vite, cependant, arrivèrent dans la Maison des enfants juifs qui ont formé en 1943 les deux tiers de la population enfantine du home, "ceux, dira Yvonne, qui montaient les escaliers de la colline le soir en rasant les murs, ceux que l'on introduisaient au moment du "black out" favorable et qui conservaient leur visage d'enfants traqués, mal habitués à leur nom d'emprunt, vivant au début dans la terreur et dans l'envie perpétuelle d'une fugue qui les délivrerait".

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Au cœur de la zone occupée, une telle concentration de proscrits au sein d'un même établissement paraît extraordinaire. Une précaution - somme toute assez dérisoire face aux risques encourus - fut d'instituer l'usage des totems pour les adultes. Yvonne et Roger Hagnauer allaient devenir pour le restant de leur vie : Goéland –réminiscences bretonnes ?- et Pingouin.

La Libération ne règle pas tout, loin s’en faut. En effet, les problèmes, au lendemain de la guerre, sont de taille : dans une maison peuplée d'enfants cachés, d'orphelins et de cas sociaux, quels moyens, quelles méthodes employer pour leur permettre de dépasser leur peur ou leur indifférence, leur révolte ou leur soif d'affection, leur méfiance des adultes ou leur sentiment de culpabilité ?

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Goéland tenait à ce que certaines conditions, à ses yeux essentielles, soient satisfaites : un statut original (école publique gérée par une association, pour plus de liberté pédagogique), l'internat (pour plus de cohésion), le faible effectif (180 élèves au total et classes réduites), l'ambiance (chaleur et franchise, familiarité et respect dans les rapports entre adultes et enfants), des instances de prises de responsabilité au sein de la communauté des enfants suivant les principes d'autonomie et de liberté chers à l'École Nouvelle. Goéland s'intéressait aux méthodes de Montessori, aux travaux de Dumas pour l'enseignement de l'histoire par le document, à l'expérience de Freinet dans l'emploi de techniques éducatives multiples, aux recherches de Decroly, Lapierre, de Dewey, aux pratiques de l'École Nouvelle et à son effort d'individualisation de l'enseignement. Mais la Maison d'Enfants de Sèvres ne pouvait pas être rattachée à une seule pensée pédagogique ; elle fut une synthèse d'un ensemble de réflexions qui permit d'organiser pendant trente ans un système éducatif voué "à l'épanouissement de la personnalité de l'enfant dans une double perspective individuelle et sociale".

L'affiche "La liberté ou la mort" qu’avait placée ostensiblement Goéland à l'entrée de l'établissement pendant la guerre se terminait ainsi : "Mais le petit homme ne peut créer que s'il est placé dans un climat favorable, sans les contraintes scolaires rigides qui étouffent son initiative et sclérosent son goût d'action. Il faut qu'il puisse agir et entreprendre à sa guise. Il fait ainsi, dès son jeune âge, l'apprentissage de la liberté sans laquelle meurent ses facultés créatrices et l'originalité de sa personnalité".

Pour Goéland, qui s’éteint en 1985, "La liberté ou la mort" était un slogan pédagogique autant que politique.

Se souvenir de ces belles personnes, âmes d’exception ancrées dans le quotidien, et partager avec une brassée d’amis ces jolies aubergines à la Parmigiana aux herbes aromatiques du jardin, origan et basilic.

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Des aubergines au four pour 6 gourmands :

6 petites aubergines bien fermes

3 ou 4 cuillères à soupe d’huile d’olive

1 oignon rosé de Rocoff, émincé et finement coupé

1/2 tête d’ail de printemps, ou une botte d’aillet, ou sinon 2 gousses d’ail pelées et émincées

Une belle poignée d’origan du jardin

1 kg de tomates fraîches bien mûres

Sel de Guérande

Poivre noir du moulin

1 cuillère à café de vinaigre de vin

4 belles poignées de Parmigiano reggiona (parmesan) fraîchement râpé

2 poignées de chapelure maison

Quelques feuilles de basilic frais, hachées.

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Ôter le pédoncule des aubergines, les couper dans la longueur en lamelles de 1 cm d’épaisseur. Faire chauffer un gril en fonte ou, mieux encore, le barbecue.

Badigeonner les lamelles d’aubergine d’huile d’olive avec un pinceau avant de les déposer sur la grille du barbecue. Laisser griller une petite dizaine de minutes de chaque côté (attention à ne pas les carboniser !). Si vous n’avez ni gril ni barbecue, placer les tranches sur une plaque recouverte de papier sulfurisé  et enfourner pour 10 minutes de chaque côté en chaleur tournante (donc 20 minutes en tout) dans un four préchauffé à 210°.

Pendant ce temps, faire revenir dans un filet d’huile d’olive l’oignon émincé, l’ail pressé et laisser cuire 10 minutes, afin que l’oignon devienne transparent et que l’ail colore à peine.

Inciser les tomates légèrement, les ébouillanter avant de les peler, de les concasser, en ôtant au passage les graines. Ajouter alors à l’oignon et à l’ail la chair des tomates, bien mélanger, couvrir et laisser cuire une petite heure à feu doux.

Quand la sauce a bien réduit, saler, poivrer et ajouter le vinaigre de vin puis l’origan et le basilic. Huiler des plats individuels, verser une fine couche de sauce tomate, saupoudrez de Parmesan mélangé à la chapelure et recouvrir d’une couche d’aubergines. Répéter jusqu’à épuisement des ingrédients, en terminant par une couche de sauce tomate et de Parmesan/chapelure.

Enfourner les plats à 190° pour une bonne demi-heure.