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La bourse ou la vie ? La vie de Marion du Faouët, dépassant le banal fait-divers historique, est follement romantique au cœur d’une Bretagne obscure dans un siècle qui n’apporte pas les Lumières à tout le monde.

En ce début de XVIIIème siècle, la Bretagne connait des crises importantes de mortalité. La misère marque de son empreinte les populations exsangues. Stéphane Perréon dans « L’armée en Bretagne au XVIIIème siècle » cite l’exemple de la région de Landerneau où 89 % des hommes qui tirent au sort pour entrer dans les milices sont déclarés inaptes parce que trop chétifs … En 1743, le curé de Campénéac, près de Ploërmel, parle de « pauvres … qui ressembloient à des spectres, à des gens venus de l’autre monde ».

C’est dans ce monde que Marie-Louise dite Marion, troisième enfant de Félicien Tromel et d’Hélène Kerneau, voit le jour en 1717 près du Faouët. Elle grandit comme elle peut au milieu d’une famille démunie et d’une fratrie de cinq frères et sœurs. C’est sous le nom de Marion du Faouët que Marie Louise Tromel prendra place au panthéon des brigands aimables, ceux qui détroussent les nantis pour aider les démunis, aux côtés de Mandrin et de Cartouche.

MAISON MARION DU FAOUET

Un beau jour de 1735, on raconte qu’un jeune hobereau quimperlois au frais minois, de trois ans son aîné, Henry Pezron dit Hanvigen, surprit la pulpeuse et impétueuse Marion se baignant nue dans l’étang de Priziac. Dans cette salle de bain à ciel ouvert, c’est le coup de foudre. Ils unissent leurs vies, donnent naissance à une poignée d’enfants et seules la prison puis la mort les sépareront.

Marion est donc une voleuse certes, mais une voleuse au grand cœur qui alimente les chroniques lors des veillées: il se dit que pendant la grande famine de 1740 à 1741 qui frappe les campagnes bretonnes, elle cèdera une partie de son butin aux plus démunis.

Pour s’extraire du marigot qui lui tient lieu de vie –tour à tour mendiante et chapardeuse, pas très glamour en tout cas-, Marion débute sa carrière de voleuse de grand chemin à 23 ans. Son arme favorite est le bâton dont elle joue avec dextérité à la tête de sa bande, appelée Compagnie de Finefont ou de Finfond. Ces brigands écument pendant des décennies la Cornouaille bretonne, s’attaquant essentiellement aux étrangers à la région, ainsi qu’aux marchands revenant des foires ou des pardons. Marion et ses coreligionnaires épargnent ainsi les petites gens qui l’encensent mais également les puissants locaux qui la tolèrent.

Elle est toutefois arrêtée à plusieurs reprises –les risques du métier, au fond-, dont le 2 juillet 1752 à Poullaouen –pas très loin du Gouezou-, mais, chaque fois, la voleuse au grand cœur s’évade ou obtient sa libération grâce à des protections ou ses charmes. Chaque fois, la bande reprend ses activités et se renforce, comptant jusqu’à quatre-vingts affidés. Le théâtre des opérations de cette famille criminelle s’agrandit : on signale la troupe qui multiplie les exactions aussi bien à Quimper qu’à Vannes, parfois à Ploemeur et la région de Carhaix.

Mais tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle se casse dit-on et la renommée de la troupe Finefond finit par irriter quelque puissant : fin de l'état de grâce, la traque s’organise. Marion et Henry sont arrêtés avec deux autres complices dans la région de Ploerdut en 1746 et les quatre brigands sont condamnés à être pendus. Ils obtiennent cependant la « grâce de l’appel » et sont transférés à Rennes où s’ouvre un second procès. Hanvigen prend à son compte toutes les activités de la bande et, pour lui, la sentence est confirmée : il sera pendu le 28 mars 1747. Ses deux comparses sont absous et Marion échappe elle aussi à la corde mais pas à l’humiliation : elle est fouettée nue en place publique et marquée au fer rouge du « V » des voleurs avant d’être libérée avec l’interdiction de séjourner dans son pays du Faouët.

Blessée dans sa chair et dans son cœur, elle retourne toutefois sans tarder sur ses terres et retrouve une bonne partie de sa bande. Les affaires reprennent et elle continue à mettre la région en coupe réglée sans être vraiment inquiétée. En juin 1748, à nouveau enceinte, elle est interpellée à Auray et accouche dans la nuit qui suit son arrestation. Les juges de Vannes sont cléments: ils la relâchent aussitôt. Suivent quatre années d’errance avant que Marion ne se retrouve derrière les barreaux à Carhaix dans un premier temps puis à Quimper d’où elle s’évade en sciant les barreaux de sa prison en 1752.

Finalement, elle est reconnue dans une rue de Nantes, capturée et jugée à Quimper. Bien que soumise à la question judiciaire –et donc sévèrement torturée-, elle n’avoue rien, ne donne personne et est condamnée à être pendue et étranglée par la prévôté de Quimper le 2 août 1755. La peine est exécutée le jour-même à 18 heures sur la place Saint-Corentin à Quimper. La légende est déjà en marche.

Avant de mettre ses pas dans les pas de Marion et de la Compagnie de Finfond, on glissera dans sa musette ces petits pains fourrés aux légumes, aux herbes et au fromage. Alors, la bourse ou la vie ?

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Pour 8 voleurs de la Compagnie de Finfond:

8 petits pains briochés au fromage blanc de chèvre (c’est par ici  http://gouezou.canalblog.com/archives/2015/02/12/31512806.html  )

Un brocoli

Un bouquet de carottes nouvelles

Une courgette jaune (ou verte, mais jaune c’est joli)

Une poignée de tomates cerise séchées

4 oignons nouveaux

4 échalotes nouvelles

Un bouquet d’herbes aromatiques en mélange : basilic, persil plat, romarin, sarriette, etc.

Une brique de chèvre affinée

Un filet d’huile d’olive

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Laver les légumes. Eplucher les carottes. Séparer le brocoli en fleurettes (conserver les fanes de carottes et les tiges et le pied de brocolis pour réaliser un velouté par exemple). Couper en petits cubes carottes et courgette.

Séparer les blancs du vert des oignons et des échalotes et les émincer. Dans une sauteuse, faire suer le blanc des oignons et des échalotes. Ajouter alors les carottes et le brocoli, puis laisser cuire à couvert et à feu doux une trentaine de minutes. A la mi-temps, rajouter les courgettes. Les légumes doivent cuire, bien sûr, mais rester croquants. Retirer du feu.

Saler, poivrer, ajouter les tomates séchées, les herbes lavées, essorées et émincées ainsi que le vert des échalotes et des oignons. Réserver sans couvrir.

Sur une plaque à pâtisserie, placer les petits pains. Oter le haut des pains avec un couteau bien aiguisé et les creuser avec une cuillère parisienne (les poules se délecteront de cette mie délicieuse, sinon, la sécher et la mixer pour une chapelure originale ou encore, faire dorer au four pour des croûtons dorés).

Préchauffer le four sur 200°, chaleur tournante.

Au fond de chaque bun, déposer une tranche de fromage puis remplir avec le mélange de légumes et d’herbes. Terminer par une nouvelle tranche de fromage, un voile de poivre, et le chapeau de pain.

Enfourner pour un quart d’heure à vingt minutes : les buns doivent être bien chauds, dorés, et le fromage doit avoir fondu. Servir avec une belle salade feuille de chêne assaisonné de vinaigre de cidre et un ketchup de carottes.