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Au loin, ronronnent les moissonneuses qui égrènent à intervalles réguliers dans les champs les rounds de paille… Le grain récolté, orge et avoine, puis le blé et le seigle, et enfin le blé noir à la toute fin de l’été, sera stocké le jour même, bien loin, dans des silos. L’opération menée tambour battant sur des parcelles de plusieurs hectares aura duré quelques heures. Pas d’animation particulière. Peu de main d’œuvre. Si ce n’était ce ronronnement dans le lointain et ces gigantesques machines qui arpentent de l’aube au couchant les champs, d’une parcelle à l’autre, et ralentissent un peu la circulation sur les routes des vacanciers, on ne s’en rendrait même pas compte.

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Il y a dans le regard des anciens comme un nuage de nostalgie. Est-ce si loin ce Gouezou-là ? me confiait une bien chère amie, dernière habitante du Gouezou née au hameau en 1940… Et elle se souvient… Après les foins, miz ha foen entre fin juin et début juillet, venait le temps des moissons, point d’orgue de l’année paysanne au Gouezou –comme ailleurs-. Lorsque les céréales avaient mûri sur les petites parcelles de blé, d’avoine, d’orge, de seigle et de blé noir, les hommes prenaient leur faux pour les couper, les femmes leur faucille pour constituer les gerbes et les enfants extrayaient une poignée de tiges et liaient les gerbes. Du travail structuré en famille, champ après champ. Une fois la parcelle fauchée, les gerbes étaient assemblées en javelles de huit gerbes avec les épis tournés vers le ciel, à l’abri de l’humidité, bruine ou rosée. Les céréales finissaient alors de mûrir sous le soleil de juillet avant d’être ramenées en charrette, dans les petites fermes du hameau. Chaque cour était soigneusement apprêtée, raclée et balayée, pour accueillir les meules constituées par type de céréales. C’était un travail masculin assez complexe : on partait d’une javelle de huit gerbes autour et sur laquelle on rajoutait les autres gerbes jusqu’au résultat final, une meule de six à huit mètres de diamètre. Chaque « tas » achevé était ensuite orné d’un gros bouquet de fleurs. Le Gouezou tout entier attendait alors la venue de la batteuse… Après la moisson, en attendant la batteuse, et avant que les champs soient à nouveau labourés, les enfants du Gouezou parcouraient les parcelles à la recherche des épis qui auraient échappé aux gerbes et les glanaient pour nourrir les basses-cours des fermes du hameau. Rien ne se perdait donc.

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« Fin août, se souvient Marité, le battage –ainsi que nous le nommions-, représentait le temps le plus marquant de la vie du hameau, quasiment une fête pour nous les gosses. » Et pour cet énorme travail, tous les bras –tant ceux de Gouezou Vraz que ceux de Gouezou Vian, hommes, femmes et enfants- étaient joyeusement sollicités, d’une cour de ferme à une autre. Installée dans une cour, le moteur Bernard de la batteuse entrait alors bruyamment en marche donnant le signal d’une étonnante chorégraphie bien huilée : les enfants, juchés sur les meules, jetaient les gerbes à terre. Armés d’une fourche, les hommes plaçaient les gerbes sur le tapis roulant de la batteuse, les épis en avant, défaisaient d’un coup de couteau affûté les liens puis déployaient ces gerbes qui s’engouffraient dans la gueule de la machine qui séparait alors le bon grain de la balle et du foin. Les grains remplissaient de lourds sacs de toile que les hommes hissaient, le long d’une échelle abrupte, dans les greniers. Les femmes récupéraient la balle, surtout celle d’avoine, pour la stocker dans les granges. Enfin, la paille descendait le long d’un pan incliné vers le sol d’où de longues fourches des hommes la prélevaient pour constituer une grande meule « construite en forme de tunnel ». Lorsque la dernière gerbe s’engouffrait dans la batteuse, on faisait « bouder » la batteuse, ce qui signifie hurler, pour avertir les forçats du battage de la fin des travaux. Un friko peurson –ou « festin du son final »- était ensuite servi pour fêter dignement la fin du battage : salade de tomates et d’œufs durs, ragoût de bœuf aux carottes et aux pommes de terre, suivi d’un far. Un légendaire festin de rois des champs! Après les moissons fin juillet, puis ces travaux de battage fin août –et qui pouvaient au Gouezou durer deux bonnes semaines dans la chaleur, la bonne humeur et la poussière-, un nouveau cycle s’ouvrait : labour et semailles, moissons et battage… C’était au Gouezou, dans les années cinquante.

On partagera bien volontiers un gros pain généreux froment et avoine avec nos très précieux voisins…

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Pour un très gros pain rond au froment et à l'avoine:

400 gr de farine de blé bio

100 gr de flocons d'avoine bio

300 gr d'eau de source du Gouezou

2 sachets de levure de boulangerie

Une cuillère à café de sucre de canne complet

10 gr de sel de Guérande

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Dans la cuve du robot pâtissier, verser l'eau de source tiédie, la levure et le sucre. Laisser pauser une dizaine de minutes. Ajouter alors 200 gr de farine de froment et mélanger grossièrement à la fourchette. Recouvrir ce pâton grossier du reste de farine et des flocons d'avoine. Laisser pousser dans un endroit tiède pendant trente minutes. Ajouter alors le sel et pétrir avec le crochet pendant dix minutes à petite puissance. Laisser ensuite pousser cette pâte toute la nuit au réfrigérateur.

Le lendemain, débarasser la pâte sur un plan de travail légèrement fariné, dégazer et assembler la pâte en une grosse boule dodue. Laisser la pâte revenir à température ambiante et pousser à l'abri de l'air dans un endroit chaud pendant deux heures.

Placer dans le four une grosse ardoise de montagne et préchauffer sur 250°. Déposer sur la sole du four un récipient métallique contenant un fond d'eau bouillante. Enfourner le pain -incisé au cutter- directement sur l'ardoise pour quarante minutes.

Laisser refroidir sur grille et partager ce joli avec les voisins!