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Pourquoi les Bretons éprouvent-ils depuis le XVème siècle cet impérieux besoin d'être pardonné?

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Si l'âme bretonne n'est pas plus pécheresse qu'ailleurs, édifices religieux, pardons et chants liturgiques en breton témoignent d'une ferveur particulière dont le souvenir est toujours bien ancré comme ici lors du pardon de Loc-Ildut à Sizun. Il se déroule autour d'une très jolie chapelle nichée dans un val verdoyant, construite au XIIème siècle par le comte du Léon dans une architecture de style gothique. Relancé par le curé de la paroisse au milieu des années soixante, le pardon annuel s'y déroule le dernier dimanche de juillet: les pèlerins se réunissent en de grandes assemblées pour obtenir le pardon de leurs péchés ainsi que des indulgences. La journée débute par une messe solennelle en plein air et se poursuit par une courte procession chantée dans laquelle se mêlent bannières éclatantes de couleurs, splendides croix et statues de saints portées par des hommes et femmes en costume traditionnel. Une occasion unique de voir de près ces tenues emblématiques et notamment les coiffes, les vestes et les châles brodés. Une fête profane accompagne la fête religieuse proprement dite avec d'incontournables crêpes parfumées réalisées sur les biligs (crêpières le plus souvent électriques), des concerts, des animations multiples, le tout au grand air dans un cadre sublime... Le pardon de Loc Ildut est un petit pardon à taille humaine qui réunit les bénévoles de toute la commune et de la paroisse autour d'un même projet: faire vivre ensemble une fois l'an des coutumes, des souvenirs et des vieilles pierres. Et les partager avec les hôtes de passage. Tout un programme!

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Bien sûr, d’autres pardons, tous religieux, émaillent çà et là la belle saison et drainent un public hétéroclite, de Rumengol à Saint-Anne la Palud et bien d‘autres encore. Toutefois, d’autres pardons ont disparu des mémoires comme ceux de Kerbrezel ou de Croaz Cabellec, des hameaux aujourd’hui presque désertés et très proches du Gouezou. Ces fêtes modestes, très populaires, attiraient une population très locale.

Le pardon de Kerbrezel avait toujours lieu fin juin, l’après-midi du dimanche d’avant la Saint Jean. Il n’y avait pourtant aucun édifice religieux, ni chapelle ni calvaire, dans ce hameau situé sur la départementale reliant Sizun et Commana, mais jusqu’aux années soixante il y avait un bar-tabac –et une cabine téléphonique publique dans la cuisine de la famille- et en face une petite gare ferroviaire –en activité jusqu’en 1946-. C’était bien suffisant pour justifier l’organisation d’une jolie fête populaire, purement profane : des forains y tenaient quelques stands, en particulier un chamboule-tout- pour lequel des boîtes de conserve vides étaient superposées en quinconce sur une étagère, formant un ensemble pyramidal. Le jeu consistait évidemment à les faire tomber à l’aide d’au maximum trois boules de chiffon. On jouait également aux quilles -c’hoari ar c’hilhou-, des grandes –c’hilhou braz-, des petites –c’hilhou bihan- ainsi qu’un autre jeu appelé birinic. Une buvette permettrait de s’abreuver –vin, cidre ou limonade- et de s’acheter gâteaux et bonbons. La fête commençait en milieu d’après-midi pour s’achever vers minuit et s’apparentait donc aux fest deiz et fest noz, car on y dansait au son des sonneurs –un duo biniou kohz et bombarde-, des accordéons ou des chanteurs de kan ha diskan. Les habitants du Gouezou y prenaient bien volontiers activement part. Quelques visiteurs urbains venus de Landivisiau, Landerneau ou du Faou, y dansaient également la polka ou la valse sur des 78 tours diffusés dans la petite gare.

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Pas plus que le pardon de Kerbrezel celui de Croaz Cabellec ne revêtait de caractère religieux mais il attirait une foule plus importante encore. Il faut dire qu’autrefois ce hameau aujourd’hui déserté et résidentiel comptait un sabotier, une boulangerie, une forge, une épicerie et deux cafés. On retrouvait lors du pardon de Croas Cabellec les mêmes forains et les mêmes animations que lors du pardon de Kerbrezel mais également une course cycliste, dotée de primes et de prix- à laquelle participaient des amateurs mais aussi des semi-professionnels. Connaissant l’intérêt des Bretons pour le cyclisme, encore aujourd’hui d’ailleurs, il n’y a rien d’étonnant à ce que ce pardon rencontrât un aussi vif succès ! D’autant qu’un bal venait clore les festivités dans la forge pourtant en activité.

Ils sont bien loin ces petits pardons effacés par l’exode rural et la contamination de la télévision dans les foyers désormais fermés. En souvenir de ces moments très simples de convivialité et de partage, un flan à l’avoine à offrir aux hôtes de passage en dessert soyeux et rafraîchissant…

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Pour 4 à 6 joyeux fêtards :

100 g de grains d’avoine bio

1 litre de lait bio et cru de vache Bretonne pie noir

6 œufs du poulailler

150 g de sucre de canne complet

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Comme tous les plats simples, celui-ci ne souffre pas la médiocrité des ingrédients. Tout doit être bio, le lait entier, les oeufs irréprochablement frais et l’avoine bio.

Préchauffer le four sur 200°, chaleur tournante. Disposer l’avoine sur une plaque ou un plat métallique, enfourner et laisser torréfier pendant une quinzaine de minutes en veillant à ne pas brûler les grains. Baisser le four sur 160°.

Verser en pluie l’avoine dans le lait bouillant et laisser cuire une dizaine de minutes pour permettre à l’avoine de diffuser ses parfums.

Dans une jatte, battre au fouet les œufs, la vanille et le sucre.

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Versez le lait chaud en filet sur les œufs puis verser le mélange à travers un chinois dans le plat en terre.

Déposer le plat dans un grand plat métallique et compléter d’eau bouillante. Enfourner pour une trentaine de minutes.

Les œufs au lait à l’avoine sont cuits quand une couche crémeuse et bien dorée se forme.

Laissez refroidir et mettre au frais.

Servir ce flan avec, par exemple, des pommes confites au caramel beurre salé !