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Comme beaucoup de hameaux des monts d’Arrée, celui du Gouezou a pu compter par le passé jusqu’à plus d’une centaine d’habitants –contre une dizaine aujourd’hui- répartis dans de nombreuses petites fermes construites en rangées adossées au nord et ouvertes sur le sud et la crête usée des monts d’Arrée. Beaucoup de ces fermes ont aujourd’hui disparu, effacées par le temps, mais il subsiste dans ces vieilles pierres effondrées l’écho de cette vie paysanne au bord de l’oubli.

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Certes la vie y était certes difficile –surtout au regard de la nôtre aujourd’hui-, mais structurée autour de valeurs solides de solidarité, de partage et d’entraide. Bien avant que la télévision ne commence, dans les années soixante-dix, à meubler les soirées et fermer les maisons, les voisins se réunissaient plusieurs fois par semaine chez les uns et les autres pour des veillées consacrées à la transmission de l’immense culture orale paysanne à l’appui de contes et de chansons mais aussi au jeu de cartes ou de dominos. On y jouait bruyamment, faisant claquer les dominos ou le plat de la main sur la table. Lorsque Mayonne, une des conteuses les plus prisées du hameau dans les années cinquante, une vieille dame toujours habillée de noir, commençait un de ses contes emprunts de merveilleux, le silence se faisait dans l’assemblée assise sur des tabourets en demi-cercle alors que rougeoyait dans l’âtre la tourbe du Yeun-Hellez.

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Dans les yeux des petits et des grands, la maison s’animait alors des facéties des poulpikans, des morgans et des korrigans, des interventions bienfaisantes des fées et des Saints sur fond de forêts profondes, de rivières enchantées et d’inquiétants feux follets. Mayonne ponctuait ses récits de prises de tabac, prélevant dans sa tabatière une pincée de tabac qu’elle plaçait dans le creux formé entre son pouce et son index gauches et qu’elle sniffait dans un rapide mouvement droite-gauche de la tête. La veillée s’achevant, on gagnait alors les lits-clos avec autant de soulagements que de regrets pour une nuit peuplée de rêves enchantés et de cauchemars épouvantés. Demain serait un autre jour… Et pour les veilleurs dans la pénombre, des œufs au lait et poires parfumées au citron, à la girofle et au miel.

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Pour 6 veilleurs dans la pénombre :

6 petites poires bien mûres et parfumées

Le jus et le zeste d’un citron

Trois clous de girofle pilés

Une généreuse cuillère à soupe de miel

1 litre de lait bio et cru de vache Bretonne pie noir

6 œufs du poulailler

150 g de sucre de canne complet

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Peler les poires entières en conservant le pédoncule. Prélever le zeste du citron à l’économe et presser le fruit. Citronner les poires pour éviter qu’elles noircissent avant de les déposer dans une casserole à fond épais avec le jus de citron, le zeste, les clous de girofle et la cuillère de miel. Recouvrir d’eau de source et amener le tout à frémissement tout doux pendant une vingtaine de minutes, le temps pour les poires de cuire et de s’imprégner des parfums de citron, de miel et de girofle. Laisser refroidir un peu les fruits dans le sirop parfumé.

Dans une jatte, battre au fouet les œufs et le sucre. Chauffer le lait dans une casserole à fond épais.

Versez le lait chaud en filet sur les œufs. Dans des plats individuels assez profonds, déposer les poires soigneusement égouttées (réserver le sirop parfumé pour un autre usage) puis verser le mélange œufs/lait à travers un chinois dans les plats en terre. Recouvrir presque entièrement les poires.

Déposer les plats dans un grand plat métallique et compléter d’eau bouillante. Enfourner pour une trentaine de minutes.

Les œufs au lait aux poires sont cuits quand une couche crémeuse et bien dorée se forme.

Laissez refroidir et mettre au frais.