soupe lait oignons

Gai ! Gai ! Marions-nous ! Quand un jeune homme ou une jeune fille d’un hameau des Monts d’Arrée -et particulièrement du Gouezou- s’apprêtait à convoler en justes noces au mitan du XXème siècle, chaque foyer voisin –jusqu’aux hameaux environnants- était représenté par un membre de la famille qui, comme tous les autres invités, assistait à la cérémonie le matin puis au déjeuner et au dîner servis en plein air ou dans un restaurant. Il n’était donc pas rare qu’entre cent et deux cents convives assistent au mariage. Entre les deux repas, il était habituel, soit de faire une balade en car –Huelgoat étant une destination assez prisée-, soit de danser dans une salle prévue à cet effet, selon la saison.

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Le jour du mariage -à la mairie certes mais surtout à l’église- la noce se constituait sous la forme d’un cortège qui, le mariage se passant dans la commune de la jeune fille, débutait au domicile des parents de la promise. Une cérémonie chantée préparait la jeune fille à quitter ses parents, et les parents à se séparer de leur fille. Une fois la future mariée sortie, le cortège se rendait ensuite à l’église sonneurs biniou bombarde en tête, et une fois la messe terminée, le cortège reprenait vers le lieu du banquet, toujours au son des binious et bombardes. Le cortège ne se constituait selon un ordre préétabli : en tête du cortège, on trouvait donc les sonneurs et musiciens, suivis de la mariée conduite par son père, puis, après la mariée, les garçons et filles d’honneurs chargés d’animer la fête, enfin la famille proche, les voisins et amis, et à la fin du cortège, le père du marié donnant le bras à la mère de la mariée. Le cortège se terminait donc par le marié au bras de sa mère.

soupe lait oignon

Les danses –qu’on retrouve désormais toute l’année dans les fest-noz et fest-deiz-, étaient incontournables et déployaient la noce en sarabande toute la journée. Dès le matin, le cortège faisait des pauses avant de se rendre à l’église, on y dansait, mangeait et buvait. Après l’église, là encore le cortège faisait parfois des pauses selon la proximité du lieu où avait lieu le banquet, ces pauses étaient accompagnées de musique, de danses, et de collations qui faisaient office d’apéritif.

A l’époque bien sûr, la liste de mariage était quelque chose d’inconnu : on ne faisait pas de cadeaux aux mariés mais chaque invité payait ses repas et la tradition voulait qu’on rapportât chez soi du lod ar friko –une part du festin- pour ceux restés à la maison. Bien que ne prenant pas part directement au mariage, ces derniers n’étaient donc ainsi pas oubliés pour autant. Dès le départ des futurs mariés et de leurs familles, un solide petit déjeuner amélioré était servi à ceux qui restaient à la ferme, une façon de les remercier par avance pour l’attention qu’ils porteraient aux bêtes toute la journée en l’absence de leurs maîtres.

soupe bretonne lait

Après la noce, lorsque les mariés étaient à peine couchés, il était de tradition potache que les jeunes gens du hameau leur servent une soupe au lait infâme. Historiquement, il s’agissait d’un simple bol de soupe au lait, symbolisant la douceur des amours et la fécondité du mariage. Mais de fil en aiguille, les jeunes amis des mariés ont fait évoluer cette tradition vers une farce symbolisant la difficulté du mariage. Les versions donc différent, au fil du temps et des lieux : les mariés devaient boire la soupe au lait à l’aide d’une cuillère percée, parfois la soupe au lait était agrémentée d’épices, d’ail, de vinaigre... Le tout se faisait joyeusement en musique ou en chanson :

Sonit ‘ta, sonnerien, sonit munut ha ge

Emañ soubenn al laezh o vont ‘barzh ar gwele

Sonnez donc musiciens, sonnez gaiement et avec finesse,

Voici la soupe au lait qui arrive dans le lit…

 

Pour deux jeunes mariés et une poignée d'amis :

4 gros oignons rosés de Roscoff

Une belle pincée de sucre complet

1 litre de lait entier bio et cru de vache Bretonne pie noir

Un bon morceau de beurre de ferme demi-sel

Sel de Guérande

Poivre du moulin

 

Dans une cocotte à fond épais, posée sur un trépied dans l’âtre, faire dorer tranquillement les oignons émincés dans le beurre. Les saupoudrer de la pincée de sucre et laisser caraméliser tout doucement.

Ajouter alors le lait, amener à frémissement et laisser cuire tranquillement une bonne vingtaine de minutes. Saler et poivrer.

Servir cette jolie soupe du Gouezou sur des tranches de pain rassis coupées très finement.

Au dernier moment, rajouter ce qu’il faut si l’on souhaite rendre cette soupe au lait infâme : vinaigre, ail, épices, etc. Bref, tout ce qu’on a d’horrifique sous la main ! Percer une cuillère et servir !