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Quels étaient les moments festifs qui donnaient l’occasion aux gens de se réunir dans les Monts d’Arrée d’hier? En fait, à entendre les anciens, ils n’étaient pas si nombreux, si l’on excepte les pardons, les mariages et la fin du battage. Il en était toutefois une, de nature singulière, qui résonne encore au beau milieu des vieilles pierres écroulées des hameaux: la réalisation comme l’entretien ponctuel d'une aire à battre était une des occasions de se rencontrer et de danser. En Bretagne occidentale, la fête de l'aire neuve -fest al leur nevez- est attestée en 1801 par Jacques Cambry qui en laisse une description précise, des souvenirs de voyage remontant en fait à la fin du XVIIIe siècle. Par ailleurs, une autre occasion de danser très similaire consistait à refaire sol des habitations (leur an ti ne) au travers d’une jolie fête nommée fest al leur-zi nevez. Cette technique de la danse pour tasser l'argile, une des premières fêtes profanes de Bretagne, a commencé à disparaître dès la fin du XIXème siècle, l'aire à battre ne se justifiant plus en raison des techniques nouvelles employées en agriculture. Les dernières ont survécu dans certains terroirs jusque dans l'entre-deux-guerres, voire dans les Monts d’Arrée, jusque dans les années soixante.

Danse_de_l'aire_neuve_à_Penmarch

Ces leuriou nevez, littéralement les cours neuves, constituaient donc un beau moment festif de solidarité et de partage. Les cours de ferme étaient raclées et nettoyées à fond chaque été avant le battage des céréales. Mais de temps en temps -pas très souvent heureusement car le chantier était d’importance-, une réfection totale s’imposait. Pour ce faire, on allait dans un endroit marécageux –et il n’en manque pas dans les Monts d’Arrée innervés de nombreux petits fleuves côtiers dans un entrelacs de ruisseaux et de rivières- d’où on extrayait une sorte de glaise noirâtre que l’on épandait sur la cour et qu’on laissait sécher quelques temps. Puis, le moment venu, pour bien niveler la surface, on invitait tous les voisins du Gouezou et des hameaux environnants – de cinquante à cent personnes- à venir danser sur cette aire à battre toute neuve, cette leur nevez –nouvelle cour- qui avait demandé tant de travail. Danses et jeux se succédaient alors très joyeusement. On jouait aux quilles, on pratiquait le lever de troncs d’arbres et le tir à la corde. Toutes générations confondues, on partageait un repas gourmand et généreux entre deux gavottes et anter-dro.

Nul doute qu’on y dévorait de réconfortantes charcuteries comme ces saucisses fumées –ici de Molène, fumées aux algues- qui garnissent, avec des côtes de blette, des oignons et des pommes, de généreuses courges rôties…

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Pour 4 danseurs:

4 courges moyennes patidoux ou courgettes rondes

2 saucisses de Molène fumées aux algues

1 pomme

1 oignon rosé de Roscoff

Une petite botte de blettes

20 cl de crème fraîche

Sel de Guérande

Poivre noir du moulin

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Ôter le chapeau des courges après les avoir lavées et brossées, les évider, puis les cuire au cuit-vapeur (une vingtaine de minutes pour les petites). Une pointe de couteau ou une brochette doit transpercer la chair sans trop de résistance. Attention à ne pas trop cuire les courges car elles finiront de cuire au four.

Émincer les oignons. Détailler la pomme épluchée en tout petits dés. Dans une cocotte en fonte, faire revenir les saucisses détaillées en rondelles, les dés de pommes et les oignons dans une noisette de beurre. Poivrer et laisser colorer de tous les côtés puis réserver.

Dans la même cocotte, faire tomber les feuilles de blettes émincées. Réserver avec la saucisse dorée. A la place, faire cuire les tiges de blette finement émincées. Mélanger alors le tout (saucisses, oignons, pomme, feuilles et tiges de blette) en rajoutant la crème. Saler légèrement.

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Préchauffer le four sur 200°, chaleur tournante.

Garnir la/les courge(s) avec le mélange et enfourner un petit quart d’heure. Servir avec du coulis de persil et parsemer de fleurs de sauge, de ciboulette et de thym.