101_4448

« La foi au diable est l'envers de la foi en Dieu. L'une prouve l'autre. Qui ne croit pas un peu au diable ne croit pas beaucoup en Dieu. Qui croit au soleil doit croire à l'ombre. Le diable est la nuit de Dieu. Qu'est-ce que la nuit ? La preuve du jour. » (L'Homme qui rit, Victor Hugo, 1869)

PONT DIABLE ABER W (2)

En Bretagne, le Diable a souvent affaire à plus retors que lui… Il était une fois, il y a bien longtemps, un vieil homme, Maître Uguen, meunier de son état au village de Prat Paol à Plouguerneau. Sage, roué mais usé par les années, à qui voulait l’entendre, il se plaignait des affres du temps qui passe, de la difficulté de l’exercice de sa noble profession et se lamentait d’une contrainte qui lui rendait la vie encore plus difficile : il lui fallait en effet effectuer chaque jour un long détour pour rejoindre son moulin au Rascol, sur l’autre rive de l’Aber Wrac’h. A cette époque, il n’y avait point de pont. Il rêvait souvent à haute voix d’une passerelle providentielle enjambant la rivière. Un soir, alors qu’il songeait encore et toujours à cet hypothétique ouvrage d’art, le diable –tout en cornes, en queue, en soufre et en tentations ignominieuses comme il se doit- lui apparut et lui proposa de pourvoir à la réalisation du pont avant l’aube. Foi d’animal, intérêt et principal !

PONT DIABLE ABER W

Le diable posa néanmoins la condition que la première âme à franchir son œuvre lui serait dévolue. Le meunier accepta le marché et, le Malin se mit aussitôt à l’ouvrage. De grand matin, quelle ne fut pas la surprise de notre meunier en voyant le pont construit. Le Maître des ténèbres, qui l’attendait à l’autre bout du pont, se frottait les mains à la vue d’une âme aussi aisément conquise. Le meunier –qui n’était pas la moitié d’un imbécile-, lorsqu’il eut parcouru la moitié du pont, fit mine de se reposer et posa ses sacs de blé. Il en extirpa un chat noir qu’il projeta en direction du diable. L’âme du chat fut incontinent, selon les termes du pacte, propriété du Malin -preuve donc que le chat à une âme, du moins en Bretagne-. Lucifer, furieux de s’être fait berner, lança dans les airs son marteau, « morzel en diaoul », qui se planta en haut de la vallée et prit la forme d’une demi croix devant laquelle il est formellement interdit de se signer car elle est l’œuvre du diable.

De nos jours encore, d’aucuns racontent que si des hommes viennent à tomber du pont, ce n’est pas parce qu’ils sont ivres, mais parce que le diable pour se venger les aura bousculés... Farceur et mauvais joueur ! Faisons la paix et invitons le à partager ces moules de l’Aber Wrac’h aux oignons rosés de Roscoff et aux pommes Germaine de Brasparts…

 

Pour une poignée de mécréants…

1,5 kg de moules de bouchot de l’Aber Wrac’h

1 très belle noix de beurre demi-sel de ferme

2 gros oignons rosés de Roscoff

2 échalotes

½ litre de cidre ou de jus de pomme (ou d’un mélange cidre et jus de pomme)

Poivre

Sel de Guérande

½ cuillère à café de cannelle de Ceylan moulue

½ cuillère à café de poivre noir moulu

Une cuillère à soupe de moutarde à l’ancienne

Une lichette de crème fraîche (environ deux cuillères à soupe)

 14199351_1808235729412498_2536666509930127432_n

Emincer oignons et échalotes et les laisser caraméliser dans une grande cocotte à fond épais jusqu’à caramélisation légère. Ajouter alors une pincée de sel, la cannelle et le poivre puis mouiller avec le cidre. Amener à ébullition, puis baisser le feu et laisser réduire, presqu’à sec, à feu doux. Réserver jusqu’au moment du repas.

S’occuper des pommes de terre : les peler, les laver, les détailler en frites, les sécher soigneusement dans un torchon, les verser dans un sachet hermétique (de type sac à surgélation), ajouter la farine, le paprika, le sel. Refermer le sachet et secouer avec vigueur. Ajouter alors trois à quatre cuillères à soupe d’huile de colza. Refermer le sachet, bien secouer, puis disposer les frites sur une plaque recouverte de papier sulfurisé (voire même sur deux plaques pour éviter que les frites se chevauchent). Enfourner pour une heure à four chaud (200°).

Rincer les moules et les nettoyer le cas échéant. Respecter le principe simple : on élimine sans état d’âme les moules crues ouvertes ainsi que les moules crues fermées.

101_4443

Les moules se cuisent –très rapidement- au moment du repas : réchauffer le confit d’oignons et d’échalotes au cidre. Lorsqu’il est bien chaud, ajouter la crème, la moutarde et les pommes détaillées en tout petits dés. Bien mélanger. Ajouter alors les moules, mélanger rapidement et fermer le couvercle. Laisser cuire à feu soutenu pendant quelques minutes. Lorsque les moules sont ouvertes, c’est cuit !

Parsemer de persil plat frais ciselé et servir alors immédiatement avec les frites au four…

101_4444