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Les derniers camping-caristes de la saison traversent les Monts d’Arrée, les touristes aux tempes argentées ont remplacé les vacanciers qui arpentaient en famille en juillet et en août les pentes du Mont Saint-Michel-de-Brasparts. Les vététistes et cavaliers du week-end sillonnent les landes qui roussissent déjà… Les paniers des glaneurs se remplissent de champignons et de noisettes. L’automne toque sur les crêtes de l’Arrée entre bruyère violine et fougères fauves. L’énigmatique femme serpent –mi fée, mi-sirène- de la porte triomphale de l’enclos paroissial de Sizun observe avec bienveillance les passants, les écoliers et leurs parents qui ne la voient même plus, et compte les derniers visiteurs de l’été qui s’enfuit… Les estivants étonnés déambulent le nez en l’air, le smartphone ou le guide à la main dans cet enclos magnifique, étrange hyperbole dans ces montagnes pauvres et usées… Peu connaissent l’histoire qui a conduit les gens de ce pays à édifier ces dentelles de Kersanton et de Logonna–sinon une phrase expéditive dans le guide qui évoque un âge d’or révolu-.

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Ce pays a connu une époque faste donc du XIVème au XVIIIème siècles grâce au tissage du lin. Dix mille métiers à tisser fredonnaient sur cette terre austère engoncée dans des chemins creux et une mosaïque de petits champs bleus clos de talus arborés. Cette industrie du lin, qui fournissaient tout de même quatre-vingts pour cent de toiles des marines à voile a permis, par la richesse générée et l’aisance des tisserands, la création d’un patrimoine religieux exceptionnel. La ruine de cette industrie, consommée en 1830, plongea le pays des enclos dans une misère qui dura tout un siècle.

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Les raisons de ce désastre sont connues. Il y eut tout d’abord les taxes exorbitantes de Colbert, ministre de Louis XIV qui, sur ce qu’on appelait une crée de toile (c’est-à-dire une pièce tissée de quatre-vingts centimètres par cent vingt mètres de long) vendue cent livres, fit passer la taxe de six livres à quatre-vingts ! La descente aux enfers commença vers 1730 avec l’arrivée de la malle-poste ouvrant la route aux zélés contrôleurs du roi.

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En dépit d’une résistance désordonnée, l’industrie toilière était condamnée. Par ailleurs, les tisserands et les juloded (marchands toiliers) n’envisagèrent jamais une reconversion qui eût sauvé ce bout du monde. L’avènement de la marine à vapeur –en plus de la concurrence étrangère rendue possible par la cherté du produit- fit le reste… Après cet effondrement -qu’on n’appelait pas encore catastrophe industrielle et humaine-, les femmes et les hommes retroussèrent leurs manches et à l’ombre des édifices insolents qu’ils avaient érigés, se reconvertir dans l’agriculture de terres ingrates mais surtout dans l’élevage du cheval, dont le fameux postier breton.

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Trois petits tours sur le circuit des enclos pour nos hôtes avant de partager un thé brûlant et un brownie des Monts d’Arrée aux pommes Germaine de Brasparts, noisettes torréfiées et caramel au beurre salé.

 

Pour une poignée de gourmands et un plat carré de 24 cm de côté :

175 g de farine

1 sachet de chimique

1 pincée de sel

110 g de beurre demi-sel bio et cru

150 g de sucre

2 œufs du poulailler

75 g de noisettes (sorties de leur coque)

4 petites pommes type Germaine de Brasparts ou Reine des Reinette

Quelques cuillères à soupe de caramel au beurre salé.

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Le caramel au beurre salé est une gourmandise très facile à réaliser : réaliser un caramel à sec dans une casserole à fond épais avec 160 gr de sucre. Lorsque le caramel atteint une très jolie couleur blond ambré ajouter 60 gr de beurre demi-sel, bien mélanger au fouet puis ajouter précautionneusement 150 à 200 gr (selon qu’on souhaite une pâte plus ou moins souple) et 5 gr de sel fin de Guérande. Bien mélanger sur feu doux et mettre en pot. Après refroidissement, cette pâte soyeuse se conserve au réfrigérateur une dizaine de jours.

Pour la réalisation du brownie, commencer par préchauffer le four à 200°, chaleur tournante. En profiter pour faire torréfier les noisettes –disposées dans un plat en tôle- une quinzaine de minutes. Les laisser refroidir un peu avec de les mixer en sable très grossier.

Peler, épépiner les pommes et les dérailler en petits dés (environ 2 cm de côté).

Dans le bol du robot-pâtissier, placer la farine, la pointe de sel et la levure chimique. Ajouter alors le beurre mou, le sucre et les œufs. Mélanger pendant environ 2 minutes, le temps que la texture devienne brillante et crémeuse. A la main, ajoutez ensuite les noisettes et les pommes puis terminer en ajoutant la farine en deux temps.  Bien mélanger à chaque fois.

Verser alors la pâte dans un moule carré (ou un cercle posé sur du papier cuisson), verser du caramel beurre salé sur toute la surface et enfourner pour 35 à 40 minutes de cuisson.

Laissez ensuite refroidir pendant une trentaine de minutes sur une grille, avant de démouler (ou décercler à l’aide d’un couteau d’office) puis couper en 12 morceaux.