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C’est la rentrée ? Encore ? Eh bien, oui et non. D’une part, voici venu le temps pour les candidats aux concours de reprendre le collier avec AD HOC vers les concours de l’année à venir –futurs infirmiers ou professeurs des écoles, en voiture !- mais d’autre part, et pendant longtemps, octobre fut le mois de la rentrée des classes, feuilles roussies et châtaignes, ardoises et sabots de bois.

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Au Gouezou –comme ailleurs dans les Monts d’Arrée-, octobre et sa rentrée des classes sonnaient le glas des quatre cents coups dans les champs et de la vie le nez au vent, du moins pour les enfants. Une rentrée bien différente, et une vie d’écolier qui l’était tout autant, de ce qu’on connaît maintenant. La plupart des enfants habitait bien loin de l’école dans les hameaux environnant le bourg. Il leur fallait donc parcourir chaque matin, bien avant que le diable ait mis sa culotte, les cinq à six –voire plus- kilomètres les séparant de l’école primaire. Et rentrer au logis le soir. Les sabots claquaient donc dans les chemins creux dès potron minet. L’hiver, il revenait aux écoliers –selon un tableau de service- d’allumer le poêle à bois, présent dans chaque classe, avant que la classe ne démarre à huit heures trente. De la même façon, les élèves assuraient les tâches de ménage dans les classes.

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Au Gouezou, Marité se souvient : « Je me rappelle que pour éviter que trop de poussière ne s’élève, il fallait humidifier le parquet. Pour cela, nous remplissions une vieille boîte en fer blanc dont nous avions percé le fond de trous à l’aide d’une pointe. Nous aspergions ainsi le sol en faisant de grands huit pour répartir les gouttes. Nous fabriquions aussi l’encre violette pour nos encriers en porcelaine blanche fichés dans nos bureaux d’écoliers. Pour obtenir cette encre, il suffisait de mélanger une quantité donnée de poudre spéciale à de l’eau dans une grande bouteille munie d’un fin bec verseur. Bien que faisant usage de buvards, il arrivait que nous tachions d’encre nos bureaux en bois, dont nous prenions pourtant grand soin. » Les témoins de ces années scolaires du mitan du siècle dernier dans les monts d’Arrée gardent un souvenir cuisant des hivers très rigoureux de leur enfance. « Souvent, quand j’arrivais à l’école, j’avais les mains et les doigts gelés ! J’allais à la cantine plonger mes mains dans de l’eau chaude pour rétablir la circulation du sang. Diable, que cela faisait mal ! Mais il fallait y passer car sans ça, je n’aurais pas pu écrire ! »

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Il fallait aussi compter avec les morsures du froid sur les genoux gercés que ne protégeaient pas les pauvres chaussettes sous les jupes des filles, les pantalons étant évidemment strictement réservés aux garçons. Pendant toutes ces années, les écoliers –filles et garçons de 6 à 15 ans- n’avaient pour seules chaussures que des sabots de bois –botou koad- dont talons et semelles étaient cloutés pour en ralentir l’usure. Les sabots des habitants du Gouezou étaient fabriqués à Croaz Cabellec par le sabotier Eugène Caroff que tout le monde appelait Sabot : « Quand nous allions dans son atelier, il y avait quelque chose de magique à le voir, petit à petit, donner la forme extérieure d’abord, puis intérieure aux sabots qui nous chausseraient tous les jours une année durant, sauf le dimanche quand nous allions à la messe. Afin que le bois ne nous blessât pas le cou du pied, une bride en cuir était fixée à l’aide de petits clous sur le dessus du sabot. Mais cette bride n’empêchait pas d’esquinter la face interne de nos chevilles, la malléole, à cause de ce que nous appelions des taoliou kitez, c’est-à-dire qu’à chaque pas que nous faisions, ou presque, le sabot heurtait la cheville de la jambe opposée, provoquant des plaies dont j’ai gardé longtemps les cicatrices… »

Le soir après la classe, de retour à la ferme, au hameau du Gouezou, il fallait encore prêter ses bras aux travaux quotidiens, notamment mener les vaches le long des talus du bocage…

Un goûter nous attend pourtant avant d’aller courir les chemins creux : sur de confortables tartines de pain toasté, un beurre de courge Muscade aux pommes Germaine de Basparts, au miel de châtaignier et aux épices douces… Une pâte à tartiner toute douce pour saluer octobre et célébrer la rentrée !

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Pour deux à trois petits pots gourmands :

400 gr de chair de courge Muscade de Provence

Deux belles pommes Germaine de Brasparts

100 gr de noix de Pécan (ou de noisettes)

1 orange bio (zeste et jus)

1 cuillère à café de quatre-épices (ou d'un mélange de cannelle, girofle, badiane et cardamome)

Une belle noix de beurre de ferme demi-sel

10 cl de miel ou de sirop d’érable bio

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Faire torréfier les noix (ou les noisettes) disposées sur une plaque à pâtisserie (ou dans un plat en tôle) pendant une bonne dizaine de minutes à four chaud. Laisser perdre la grosse chaleur et mixer les oléagineux pendant une dizaine de minutes jusqu’à obtenir non une poudre mais une pâte huileuse et parfumée. Réserver.

Dans une sauteuse, faire revenir les dés de courge et de pomme dans le beurre mousseux, ajouter alors le jus de l’orange (au moins 10 à 15 cl), le zeste très finement râpé, le quatre-épices et le miel ou sirop d’érable. Laisser cuire et compoter tout doucement  à couvert pendant une bonne quarantaine de minutes.

Mixer très finement l’ensemble et placer en pots. Pour conserver ce délicieux beurre de courge, stériliser les pots au cuit-vapeur pendant une heure et demie.

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Ce beurre garnit avec gourmandise des tartines de pain toastées mais aussi de la brioche mais aussi un gâteau roulé.