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L’aristocratie paysanne atypique des juloded, cette caste aisée de maîtres-toiliers, à la fois paysans et commerçants, qui a régné sans partage pendant quelques siècles florissants avant de s’effondrer, ruinée par les taxes royales et le manque de clairvoyance, a profondément modelé le territoire des monts d’Arrée.

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Bien sûr, on pense tout d’abord aux folies architecturales des enclos paroissiaux dont la dentelle de pierre d’une statuaire improbable et l’élégante démesure des clochers fusiformes étonnent encore aujourd’hui le péquin. Mais leurs demeures cossues interrogent aussi, peut-être plus discrètement, le randonneur au cœur de ce Finistère intérieur… On retrouve aujourd’hui encore, au cœur des hameaux qui émaillent les Monts d’Arrée, ces imposantes maisons à porche –à apothéis-, sorties de terre au fil des XVIème et XVIIème siècle, autour desquels des constructions plus modestes sont venues s’adosser au fil des siècles, structurant le hameau autour des maisons des juloded.

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Ces petits manoirs étaient généralement rectangulaires avec un escalier extérieur en pierre abrité par la toiture et qui permettait d’accéder à l’étage. Ces escaliers ont par ailleurs souvent été couverts et intégrés à la maison lors des siècles suivants, comme c’est le cas au Gouezou. Sous cet escalier, on pouvait trouver une soue à cochons, une réserve à pommes de terre ou encore un étroit espace dédié à la prise des repas de la famille –appelé kuz tol-, profitant de la providentielle lumière allouée par une toute petite fenêtre, qui permettait par ailleurs d’observer fort opportunément ce qui se passait à l’extérieur.

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La maison était parfois agrandie par une aile en équerre. Pierres de taille, portes plein cintre, murs épais –pas moins de soixante à quatre-vingt centimètres-, pas de volets extérieurs, cheminées monumentales, couvertures en ardoises de montagne décorées sur le faîtage d’étonnants lignolets… Les maisons les plus soignées qui portent souvent un chronogramme -1648 pour le Gouezou-, témoignent de l’aisance de leurs commanditaires, en majorité paysans, marchands ou prêtres. Le rez-de-chaussée était souvent dévolu au quotidien de la famille : lits-clos, armoires, table, bancs-coffres reposaient sur un sol d’imposantes dalles de schiste. A l’étage, se trouvaient les coffres à grains et les métiers à tisser ainsi que les toiles de lin. On trouvait aussi tout autour de la maison de nombreux puits –il en existe encore trois au Gouezou- et des auges de granits. Plus bas, et plus des fleuves côtiers et des rivières –le Stain pour le Gouezou-, se trouvaient des petites bâtisses, buanderies ouvertes appelées kanndi, dédiées au blanchiment du lin. Un patrimoine qu’engloutit imperceptiblement aujourd’hui peu à peu le temps qui passe, le vent qui agace, les adventices qui effacent.

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De retour des montagnes noires, un joli camembert fleuri dans le panier, l’enfourner en compagnie de pommes rôties et de noisettes torréfiées pour un dîner sans façon au coin du feu avec quelques pommes de terre cuites sous la cendre, dans cette cheminée d’un autre temps…

 

Pour deux juloded :

Un camembert bio au lait cru bien fait de chez Véronique Coadou (Ferme Kernevez Bologne, Plonevez-du-Faou)

Une belle Germaine de Brasparts

Une cuillère à soupe de miel de blé noir

Deux cuillères à soupe de noisettes du jardin concassées et torréfiées

Poivre noir de Madagascar

Des pommes de terre à cuire sous la cendre donc.

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Peler la pomme et ôter son trognon. La détailler en fines rondelles et les laisser caraméliser dans une bonne noix de beurre demi-sel. Au bout de cinq minutes, retourner délicatement ces rondelles et verser le miel en filet. Laisser caraméliser doucement.

Préchauffer le four sur 200°, chaleur tournante.

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Découper le camembert en deux disques. Poser le premier disque dans un plat en terre. Déposer ces rondelles en rosace sur toute la surface du camembert. Poivrer. Répartir les noisettes. Poser le second disque sur le premier.

Enfourner pour une quinzaine de minutes. Servir très chaud avec les pommes de terre ainsi qu’une petite salade.

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