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« Du temps que la rade de Brest n’était qu’un petit ruisseau où la mer montait à peine dans les grandes marées, il y avait entre Daoulas et Landerneau, un géant, un géant comme on n’en a jamais vu.

- Il était grand comme la tour du Kreisker, peut-être ?

- Allez.

- Comme le Ménez-Hom ?

- Allez encore.

- Haut comme les nuages apparemment ?

- Allez toujours. Quand vous iriez jusqu’à la calotte du ciel, mon ami, vous n’y seriez pas tout à fait.

- Mais alors où ce malheureux pouvait-il se loger ?

- Ah ! voilà l’affaire ! Messire Hok-Bras avait la faculté de s’allonger à volonté. Voici d’où lui venait cette faculté précieuse… » (Ernest du Laurens de la Barre, Contes et légendes de Basse-Bretagne, 1891)

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Sans les facéties calamiteuses et les maladresses joyeuses du géant Hok-Bras, la topographie de notre commencement du monde eut-elle été aussi tourmentée ? Savants de tous poils, géographes et géologues, passez votre chemin car la vérité est ici –et donc pas ailleurs-. Ernest du Laurens de la Barre a recueilli auprès d’un cafetier de Botmeur –c’est dire si c’est la vérité vraie- l’histoire de la vie mouvementée de ce géant aussi terrifiant qu’attachant, et dont les aventures épiques semblent avoir inspiré Rabelais dans la construction de son inénarrable Gargantua. Hok Bras vivait entre Daoulas et Landerneau mais sa tendre marraine vivait à Huelgoat. En s’amusant à faire des tas de terre et de cailloux, le gigantesque fripon créa la montagne d’Arrée où il planta le mont Saint-Michel par commodité pour apercevoir les bois d’Huelgoat et saluer au passage sa bien chère marraine. A Landerneau, il attrapa la lune avec les dents et, pour rigoler, la déposa sur la girouette du clocher de l’église de Saint-Houardon. Epris d’espaces humides et désireux de patauger au frais comme n’importe quel galopin, il fora un étang devant son logis et creusa tant et tant que la rade de Brest se forma. Mais les plus jolies histoires ont souvent une sombre fin, et notre colosse rigolo mourut étouffé en plein repas après avoir avalé un vaisseau à trois ponts dont les vergues du grand mat lui restèrent bêtement en travers du gosier. C’est ballot. On lui offrit une sépulture sur la montagne qu’il avait créée Roc'h Bé gheor, point de vue splendide vers les montagnes Noires et les sommets de l'Arrée. On murmure dans certains milieux autorisés que notre gigantesque maladroit était un grand dieu celte et que ce toponyme vient de Be Gawr, tombe du géant…

Pour remplir une dent creuse de ce malheureux géant, voici une jolie courge rôtie et farcie qui le ramènerait bien à la vie : courge muscade de Provence, magret de canard gras, lard fumé, cèpes, échalotes grises, noisettes et pistaches…

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Pour un géant, assis sur le Tuchen Kador (ou pour 6 convives):

Une assez grosse courge Muscade de Provence d’au moins deux kilos, voire plus

Quelques lamelles de magret de canard séché maison (c’est par ici http://gouezou.canalblog.com/archives/2013/12/17/28683292.html )

100 gr de poitrine fumée de porc blanc de l’Ouest de la Ferme Moguérou (sur le marché de Sizun du mercredi)

200 gr de fromage à raclette bio de la Ferme Moguérou

200 gr de cèpes des Monts d’Arrée

200 gr de champignons de Paris rosés

500 gr d’échalotes grises

Deux belles gousses d’ail rosé de Lautrec

Une poignée de pistaches torréfiées

Sel de Guérande

Poivre du moulin

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Laver, brosser, ôter le chapeau très proprement puis les graines (à l’aide d’une cuillère à glace, c’est un jeu d d’enfant) de la courge. La placer avec son chapeau dans un cuit-vapeur pour une pré-cuisson d’au moins une demi-heure.

La sortir délicatement, ôter l’excédent d’eau de cuisson et de jus puis la poser dans la lèche-frite ou dans un grand plat en terre, quoiqu’il en soit huilé.

Préchauffer le four sur 200°, chaleur tournante.

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Dans une poêle, faire dorer à sec la poitrine coupée en petits lardons. Débarrasser les lardons dans le fond de la courge préalablement poivrée. Dans la même poêle, faire revenir les échalotes émincées, puis les cèpes et enfin les champignons de Paris. Débarrasser au fur et à mesure dans la courge. Terminer par l’ail pilé, les lamelles de magret, les pistaches et le fromage tranché. Il est tout à fait inutile de saler, la poitrine, le magret et le fromage s’en chargeant parfaitement.

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Enfourner la courge –et son chapeau posé à côté- pour une bonne demi-heure. Au moment de servir, fermer la courge avec son chapeau. Ôter ce dernier devant les convives fait toujours son petit effet !

Comme la courge est bio et bien cuite, servir à l’aide d’une cuillère… Se régaler du fumet qui s’échappe de la courge ventrue… Si l’on sert un géant, le laisser se débrouiller avec la courge farcie et rôtie.