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Née en 1872, dans ce qu’on appellera longtemps les Côtes-du-Nord (désormais les  touristico-compatibles Côtes d’Armor), la comtesse Geneviève de Méhérenc de Saint-Pierre, dite Véfa, regrette amèrement dès l’enfance de n’être pas un garçon pour embrasser l’aventureuse carrière d’officier de marine. Ça commence donc mal. Comme cette jeune aristocrate refuse le joug du mariage, elle prendra sous le nom de Sœur Paul-Augustin l’habit de la communauté oblate pendant quinze ans, sans jamais prononcer ses vœux perpétuels. Elle court alors le vaste monde, traverse le grand nord canadien, sillonne à cheval l’Equateur, va faire un petit tour aux Galapagos… De retour en France et dans sa Bretagne natale, c’est le coup de cœur : elle fait l’acquisition, en 1908, de Menez Kamm, un manoir perdu dans les montagnes Noires, entre Spezet et Gourin, au beau milieu des bois, où elle s’adonne à sa passion de la chasse. L’habitation, austère, est loin de tout regard, au centre de quelque clairière, à l’abri des vents d’hiver qui balaient ces plateaux. Pas un passant. Pas un bruit. C’est l’isolement, le silence, le mystère en pleine lumière…

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A 37 ans, elle tente fugacement de rentrer dans le rang en convolant –ça ne s’invente pas- avec un imprudent Potiron… Elle sera donc Madame Joseph-Marie Potiron de Boisfleury pendant trois petits mois au terme desquels elle plaque l’importun qui a l’inélégance et l’outrecuidance de vouloir lui imposer un lieu de vie.

Dans la foulée, en 1923, elle se rêve écrivain, écrit pour la jeunesse puis publie un petit roman d’aventure, Les Emeraudes de l’Inca, qui passe, il faut bien le reconnaître, inaperçu… Mais ce voyage littéraire immobile a ravivé sa soif d'ailleurs et son goût des voyages. La voilà qui endosse incontinent l’habit de chroniqueuse pour un quotidien catholique et s'engage dans un tour du monde en 1928 pour aller couvrir un congrès eucharistique international au pays des marsupiaux, l’autre nouveau monde, l’Australie.

De retour à Menez Kamm, cette fervente militante du mouvement culturel breton devient barde sous le nom de Brug ar Menez Du (Bruyère de la Montagne Noire), se faisant mécène pour soutenir toutes les actions en faveur de la langue bretonne. Alors qu'en 1949, elle est à l'origine du premier acte notarié bilingue, à la fin de sa vie qu’elle quittera presque centenaire en 1967, elle signe dans un ultime pied de nez un bail de location pour 38 ans et une somme modique à l’Association bretonne de culture créée par l’abbé Le Floch. Une autre s’aventure commence, emblématique, celle de Menez Kamm…

On s’attablera en compagnie de l'indomptable Vefa autour de ce sauté de mines en shop suey, avec de la baselle de Biodivy –épinard de Malabar- promptement sautée au wok, de fondantes lamelles de bœuf Black Angus marinées, du gingembre et du curcuma très frais, de la mangue verte, de la coriandre et des baies de passion.

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Pour 4 voyageurs un peu aventuriers :

Une belle brassée de baselle (dite basella alba ou épinard de Malabar ou épinard de Gambie, bref, épinard d’ailleurs)

400 gr de bœuf Black Angus (macreuse par exemple)

2 gousses d’ail

Un petit morceau de rhizome de gingembre frais

100 gr de sauce soja

Poivre noir de Madagascar

Une cuillère à café bombée de baie de passion

2 cuillères à soupe d’huile de sésame grillé

2 cuillères à soupe de graines de sésame torréfiées

Un paquet de mines (nouilles chinoises de blé tendre)

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Peler l’ail et le gingembre et les piler au mortier avec les baies de passion. Ajouter alors le sésame, l’huile de sésame, la sauce soja. Emincer la macreuse (ou la découper en petits dés) et la mettre à mariner quelques heures  dans le mélange d’épices –ou mieux encore toute la nuit- au frais.

Il s’agit, à partir de là, d’un plat minute, à réaliser au moment de le servir.

Réhydrater les nouilles dans de l’eau bouillante selon les indications du paquet.

Laver la baselle, émincer les tiges et ciseler les feuilles en lanières. Conserver les sommités pour décorer le plat.

Dans un wok, faire sauter le bœuf et sa marinade jusqu’à la cuisson souhaitée (à peine saisie pour le Gouezou, mais à chacun d’adapter la cuisson à ses goûts). Jeter alors dans le wok bien chaud la baselle. Faire sauter quelques minutes avant d’ajouter les mines chaudes réhydratées. Faire sauter quelques minutes et servir immédiatement dans de larges bols ou des assiettes creuses.