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« Dans les tourbières,

Dans les bruyères,

Vont les damnés.

Vaines prières,

Des cimetières

De conjurés…

 

Des âmes pleurent,

Des espoirs meurent

Dans le néant.

Des morts se leurrent,

D’autres effleurent

L’enfer béant !

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Toute tristesse

Devient détresse

Dans les marais.

Nulle tendresse,

Nulle caresse

N’y fut jamais.

(…)

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Mon cœur s’abuse,

Mon esprit s’use

Et chaque soir

Plus je m’accuse,

Plus je m’excuse

D’un grand espoir."

(Le Chant des Marais, Fañch Abgrall)

Portrait_de_Fanch_Abgrall

Il était une fois -en 1906 pour être tout à fait précis-, un couple très pauvre qui mit au monde au pied du mont Saint-Michel de Brasparts, à Botmeur, dans les Monts d’Arrée, dans une méchante masure de froid granit au toit d’ardoise de montagne un bien joli bébé. On ne peut toutefois que déplorer le manque de vigilance –de professionnalisme ?- des fées qui ont singulièrement oublié de se pencher sur son berceau –sauf peut-être la jolie petite fée de la poésie-. Fin du conte de fées.

Le destin de Fañch Abgrall le vouait davantage à devenir un pillaouer — l’un de ces chiffonniers qui parcouraient la région — qu’à rejoindre le Gorsedd de Bretagne, la fraternité des druides, bardes et ovates . Et pourtant Fañch Abgrall allait embraser le ciel de la littérature comme une étoile filante, avec en main un bien maigre jeu : son père part faire ce qu’on appellera la Grande Guerre et en reviendra –ce qui en soit relève déjà de l’exploit-, non blessé mais meurtri. Le poilu miraculé tourne le dos à sa terre austère et à sa progéniture, abandonne sa femme qui, débordée par la misère, part louer ses bras à Paris. Elle confie alors le jeune Fañch à sa mam goz –sa grand-mère-.

FANCH ABGRALL lac Huelgoat

En dépit d’un départ dans la vie qu’on qualifiera volontiers de compliqué, la fraîcheur et la vivacité intellectuelle de Fañch lui valent d’être remarqué par ses maîtres d’école qui le poussent vers le lycée de Morlaix. On imagine mal le choc culturel que peut constituer dans les années vingt l’immersion d’un adolescent qui n’a connu que la rudesse de Botmeur au cœur de Morlaix la bourgeoise. Mais la vie du jeune prodige vacille, balayée par le bacille de Koch qui lui tiendra une létale compagnie pendant dix ans. En quelques années, à peine sorti du collège, il devient correspondant de plusieurs journaux: Le Petit Breton, La Dépêche de Brest ou encore Ouest-Éclair, sans abandonner l’idée de connaître la gloire comme auteur à part entière. En 1928, il a à peine 22 ans, il lutte donc contre une tuberculose qui lui dévore la poitrine, lorsqu’il publie son roman Alan Kerven, peinture de la Bretagne paysanne de l’après grande guerre. La même année, le Collège des Druides, Bardes et Ovates d’Armorique le reçoit en son sein sous le nom de Alc’houeder Arre, Alouette de l’Arrée. Alors que près d’un demi-siècle auparavant, Arthur Rimbaud, s’en allant les poings dans ses poches crevées, avait vécu une Saison en Enfer, Fanch Abgrall se félicitait d’avoir eu, lui aussi, vingt ans… Et si l’avenir avait un temps semblé lui sourire, l’Ankou rôdant dans les marais du Yeun en avait décidé autrement. Le 11 mars 1930, le poète se tait à jamais, emporté à 25 ans par la maladie contre laquelle il luttait depuis dix années.

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A Botmeur, jamais les mots ne meurent… Les vers de l’Alouette résonnent encore au-dessus des marais.

S’attabler très modestement pour partager ces pommes de terre rôties aux herbes de l’Arrée. Partager, oui.

Pour autant de convives qu'on peut en accueillir, et plus encore:

200 à 300 gr de pommes de terre bio à chair farineuse par personne

Un gros bouquet d'herbes fraîches des monts d'Arrée ou du jardin en mélange et selon la saison (aulx sauvages, oignons verts, échalote nouvelle, sarriette, marjolaine, thym, thym-citron, romarin, persil plat, céleri sauvage...)

Huile d'olive

Poivre du moulin

Fleur de sel de Guérande

 

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Brosser et laver les pommes de terre. Les faire précuire à la vapeur pendant une trentaine de minutes. Préchauffer le four sur 200°, chaleur tournante. Huiler un grand plat métallique ou la lèche-frite. Disposer les pommes de terre précuites. A l'aide d'une écumoire ou d'une cuillère à soupe, écraser légèrement les pommes de terre pour les faire éclater un peu. Oter la peau en surface, arroser d'huile d'olive et enfourner pour une vingtaine à une trentaine de minutes. Les pommes de terre doivent être rôties, bien dorées.  Pednant ce temps, effeuiler, laver et émincer très finement les herbes. Sortir les pommes de terre du four et les parsemer des herbes fraiches, de poivre fraîchement moulu et de fleur de sel. Servir immédiatement avec une salade verte, une belle omelette, des grillades, bref, ce qu'on a sous la main!