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Quoi de plus dangereux qu’une Jeanne qui défend ses intérêts ? Deux Jeanne pardi –voire trois- !

A l’orée du XIVème siècle, trois Jeanne voient le jour et ne vont pas se gêner pour taper dans les gamelles de l’Histoire… Si l’une, Jeanne la Tigresse (1300/1359), va déployer une vendetta féroce sur la mer jolie, les deux autres, Jeanne la Flamme (1295/1374) et Jeanne la Boiteuse (1324/1384), vont s’affronter avec détermination dans la conquête du duché de Bretagne au fil de ce qui portera bientôt le nom de la Guerre des Jeanne –qui vaudra plus que largement celle des Deux-Roses !-.

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Jeanne de Flandre, qu’on surnommera plus tard Jeanne la Flamme, convole avec Jean de Monfort, demi-frère de Jean III le Bon. Ce dernier, Duc de Bretagne, aura l’inélégance de disparaître sans héritier en 1341. De quoi aiguiser les appétits de pouvoir des prétendants dont Jean de Monfort qui revendique alors le duché –se prévalant de la loi salique assurant fallacieusement les successions par ordre de primogéniture mâle – et s’installe dans le fauteuil laissé vacant, de 1341 à 1345. Charles de Blois, neveu du roi de France et époux de Jeanne de Penthièvre, dite la Boiteuse, elle-même nièce du défunt, est aussi sur les rangs, porté par la détermination propre aux Jeanne de l’époque. Son allié de poids, le roi de France Philippe VI de Valois, va crisper les enjeux. Trahison, félonie, concupiscence : la guerre de succession peut commencer. Effroyable, sanglante et dévastatrice, elle va durer un quart de siècle et mettre la Bretagne à genoux.

Avec en toile de fond la Guerre de Cent ans, cette guerre de Succession voit donc la Bretagne déchirée entre deux partis, les Montfortistes tenant à l'autonomie interne de leur pays, les Blésistes tenant à la tutelle française… Beaucoup de choses se jouent alors dont on mesure aujourd’hui les enjeux à la lumière de l’actualité européenne, de l’Ecosse à la Catalogne. Les gens du peuple, la petite noblesse, les artisans qui souhaitaient garder leur identité nationale, parler leur propre langue héritée de leurs ancêtres celtes prirent le parti de Jean de Montfort. La haute noblesse, le haut clergé et les notables déjà francisés penchèrent en grande majorité pour Charles de Blois. Air connu.

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Une grande partie du territoire breton s'enthousiasme pour le champion de l'indépendance et Jean de Monfort en quelques mois s'assure le contrôle de la plus grande partie de l'Armorique, ce qui n’a pas l’heur de plaire à la couronne de France (qu’on soit roi ou pas, on n’aime pas beaucoup que la tête sur laquelle on a misé soit si vertement devancée par le challenger honni). Jean de Montfort est alors convoqué à Paris en août 1341 par le Roi de France afin que la Cour de Paris tranche le conflit. Philippe VI de Valois en profite –c’est assez bas, avouons-le- pour emprisonner le rétif dans une tour du Louvres. Il reste à l’ombre trois ans… C’en est trop pour son épouse Jeanne qui le prend mal et reprend le flambeau –au sens premier- en passionaria obstinée. Etablissant son quartier général derrière les remparts d'Hennebont, non seulement elle tient forte tête aux assauts français mais elle a l’outrecuidance de mener des raids spectaculaires contre Charles de Blois dont un épisode cuisant pour les Français puisqu’elle met le feu au camp de toile de l’armée française. Jeanne la Flamme est naît dans ce brasier. Ces faits d’arme suscitent alors, non seulement l'admiration de ses partisans, mais aussi des amis bretons de Charles de Blois et des Français eux-mêmes… Et toc.

Pendant toute l'année 1342, la Bretagne est parcourue par des bandes armées de toutes nationalités car Charles de Blois, peu regardant, appelle en renfort des arbalétriers génois et la flotte espagnole. Les Bretons s'assure alors –c’est de bonne guerre- le concours naturel des Anglais. Les troupes espagnoles sont défaites à Quimperlé où sur trois mille hommes engagés, seul un dixième aura la vie sauve. Au Pouldu, la flotte hispano-génoises est entièrement détruite par les Anglo-Bretons. Et re-toc !

Jeanne la Flamme pendant toute cette année 1342 ne décolère et porte le fer dans toute la Bretagne contre Charles de Blois et ses alliés.

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Sous l’égide du pape Clément VI, une trêve entre les belligérants est signée à Malestroit, début 1343, prévue jusqu’à fin septembre, accord qui prévoit par ailleurs la libération de Jean de Montfort. Il finit par s’évader, reprend les armes mais trépassera en 1345. Pendant la trêve, chacun réintègre ses pénates : Philippe VI de France retourne à Paris et le roi Édouard III d'Angleterre est de retour à Londres en mars 1343. Il ramène avec lui Jeanne de Flandre, épuisée, -avec ses deux enfants-, alors qu’en son absence, ce sont les hommes du roi d'Angleterre qui gouvernent la Bretagne. Jeanne la Flamme résidera en Angleterre au château de Tickhill dans le comté d'York au sud de Doncaster. Édouard III confie la garde de Jeanne à des chevaliers dont Godfrei Foljambe. La dernière mention faite de la princesse et de son gardien date du 14 février 1374. Il semble qu'elle soit morte cette année-là… Sa légende embrasée lui survit.

Nul doute qu’elle aura toutefois profité de son rang pour goûter à sa table quelques douceurs, blancs mangers ou panna cotta qu’ici on interprètera anachroniquement avec des fruits d’un ailleurs qu’on ne découvrira que bien après sa disparition : panna cotta double, coco et vanille, mangue et citron vert. Cette noble chipie aurait certainement aimé ça !

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Pour 3 à 4 verrines tout en contrastes :

Pour la panna cotta coco et vanille :

25 cl de lait de coco bio

50 gr de sucre de canne complet bio

Une belle gousse charnue de vanille Bourbon

Une poignée de pioka (ou encore 2 feuilles de gélatine)

Pour la panna cotta mangue et citron vert

Une ou deux mangues bien mûres (on cherche à obtenir 25 cl de jus de mangue)

Un citron vert bio (zeste et jus)

Une poignée de pioka (ou encore 2 feuilles de gélatine)

 

La veille, si on utilise de la gélatine, faire tremper les feuilles dans de l’eau froide. Porter le lait de coco à ébullition en adjoignant le sucre et les graines de vanille. Ajouter alors les feuilles de gélatine essorées, bien mélanger et verser équitablement dans le fond de quatre verrines. Laisser refroidir puis réfrigérer jusqu’au lendemain.

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Le lendemain donc, placer les feuilles de gélatine dans un bol d’eau froide puis extraire, à la centrifugeuse, le jus d’une ou deux mangues jusqu’à obtenir 25 cl de jus. Râper très finement l’écorce du citron vert et presser son jus. Dans une petite casserole, amener jus et zeste à ébullition. A la première ébullition, éteindre le feu. Essorer les feuilles de gélatine ramollies en les pressant dans la main et les incorporer dans le liquide chaud. Remuer pour que la gélatine se dissolve, ajouter alors le jus de mangue, bien mélanger et verser sur la panna cotta coco et vanille bien prise. Laisser refroidir et réfrigérer quelques heures, le temps à cette seconde couche de panna cotta acidulée de prendre.

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