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Course fiévreuse aux cadeaux, bouchons irrités aux abords des centres commerciaux, illuminations outrageuses, montagnes de chapons et d’huîtres, tours éphémères de jeux et de jouets, bûches glacées luminescentes et champagnes bradés… Que disent les ors des Noëls d’aujourd’hui de la société dans laquelle ils existent ? Ils témoignent sans doute de la surconsommation et de la surabondance, d’une frénésie fébrile et collective. Alors ralentir, se poser, prendre le temps de s’interroger sur le sens de cette fête…

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Au mitan du siècle dernier, au Gouezou, une fois la saison des pardons terminée, il fallait attendre Noël pour vivre la dernière fête de l’année qui n’avait cependant pas grand-chose à voir avec les Noëls d’aujourd’hui. On commençait par choisir une grosse bûche, souvent une souche d’arbre, nommée « piltos », que chacun plaçait dans l’âtre et qui allait très lentement se consumer au fil des jours jusqu’au Jour de l’An. Cette bûche s’appelait « Kef Nedeleg » ou Bûche de Noël. Lorsque l’on cuisait les aliments, il fallait la mettre sur le côté afin de faire place au trépied. Et tous les soirs, on la rallumait. Les plus jeunes –mais sûrement aussi plus secrètement les adultes- étaient tout tristes quand elle avait totalement brûlé. D’une certaine façon, cela mettait un terme à ce temps magique de Noël, pourtant bien peu festif pour eux. Rien de commun avec les outrances liées avec la société de consommation. Pas de réveillon le soir du 24 décembre. Comme souvent, les voisins se retrouvaient dans l’une des maisons du hameau pour jouer aux dominos et aux cartes à la lueur tremblante de l’âtre et sous la lumière crue de l’ampoule nue au plafond –le hameau fut électrifié en 1942-, une soirée ordinaire en quelque sorte. Les seuls à bénéficier d’un traitement de faveur étaient les animaux de la ferme, à l’exception du cochon et des poules, auxquels on apportait un « fiskoan » ou souper, une simple brassée de foin, une bonne poignée d’avoine, vers dix-onze heures, avant d’aller se coucher. Au moment de gagner le lit, les enfants mettaient leurs sabots dans l’âtre, et chaque année, le Père Noël nous gratifiait d’une orange chacun, « an aval orangez ». Les enfants n’ont jamais reçu de jouets tels qu’on les définit aujourd’hui. Ils jouaient avec des bricoles de leur propre fabrication en recourant à la nature environnante, jouets buissonniers ensauvagés. En particulier, les garçons confectionnaient des lance-pierres avec lesquels ils s’amusaient impunément à « dégommer » les isolateurs en verre des poteaux électriques et les lignolets des toitures du hameau (ces faîtages très décoratifs constitués d’ardoises entrecroisées parfois découpées et comme ciselées afin de prendre la forme de motifs animaliers, de personnages ou de dates).

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Eu égard aux difficultés de déplacement et en dépit du fait que toute la famille ou presque habitait le canton, les visites aux oncles et tantes se limitaient à de simples mais authentiques invitations à goûter et chacun se régalait autour d’une généreuse et belle tablée d’une assiette anglaise (ah ! le jambon de Chan-Mar !) accompagnée de son fameux pain doux –bar dous du pays bigouden spécialité méridionale !-, de beurre salé, de far, de pruneaux à la crème fouettée, de fruits au sirop –comble du luxe !-et de crêpes. Quant aux anniversaires, ils n’étaient jamais ni souhaités ni fêtés !

Tout compte fait, si l’on considère la part réservée aux fêtes et aux divertissements, on s’aperçoit qu’elle était plutôt modeste, tant en fréquence qu’en variété. Les habitants du hameau du Gouezou Vraz vivaient avant tout dans une société tournée vers le labeur bien plus que vers les loisirs, ignorant tout de ce que le milieu urbain offrait et n’éprouvant, en conséquence, aucun sentiment de frustration…

Alors, c’était mieux avant ? Certainement pas. Mais pour autant, est-ce mieux maintenant ? Pas si sûr au fond…

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Pour un joli bar dous ou plusieurs petits :

100 g de beurre demi-sel cru et bio (de la Ferme Hellez Vraz)

150 g de sucre

10 gr de sel

1 gros œuf du poulailler

300 g d’eau tiède

10 g de levure

500 gr de farine

1 verre de rhum ambré

Et, éventuellement, une poignée de raisins secs

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Dans la cuve du robot-pâtissier, délayer la levure et une grosse cuillère à soupe prélevée dans le sucre dans l’eau tiède. Laisser la levure s’activer pendant une dizaine de minutes. Pendant ce temps, faire fondre le beurre et laisser tremper les raisins dans le rhum.

Lorsque la levure mousse bien, ajouter alors la farine, puis le reste de sucre, le beurre fondu, l’œuf, le sel, les raisins et le rhum.

Lancer le pétrissage pour 10 minutes, puis placer la boule de pâte, toujours dans la cuve recouverte d’un torchon, à pousser jusqu’à ce qu’elle double de volume (il faut environ quatre heures).

Au terme de ce temps, placer délicatement la pâte sur une plaque à pâtisserie recouverte d’une feuille de papier cuisson ou dans un moule métallique. On peut également prélever des portions de pâte, former des boules ou des navettes (façon pain au lait). Laisser reposer le temps de préchauffer le four, chaleur statique, sur 150 à 170 ° (selon la vigueur du four !). Avant d’enfourner, badigeonner la surface de lait entier au pinceau.

Laisser cuire une heure puis démouler sur une grille.