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Qui dort dîne, dit-on. Au-delà de l’allitération sonnante et du virelangue trébuchant, la réalité dont témoigne cet aphorisme s’impose cruellement aujourd’hui dans nos sociétés de l’abondance avec peut-être plus de violence sourde que dans les témoignages d’hier et d’avant-hier. Alors que s’estompent les ors des réveillons et que se prescrivent le mois du blanc et la folie virulente des soldes –plus fort que la grippe-, derrière la porte de certains de nos voisins, si pudiques, et de certains de nos amis, si discrets, se déploie honteusement précarité alimentaire et énergétique. Blue Monday...

C’est surtout à partir du XIXème siècle que la littérature légitime a mis au centre de certaines œuvres le thème de la pauvreté, au cœur d’ouvrages entrés aujourd’hui dans le patrimoine culturel universel (notre Hugo national avec Les Misérables mais aussi Malot, Dickens ou encore London), mais c’est depuis une quinzaine d’année seulement que la littérature jeunesse se fait l’écho de la réapparition de ce thème dans le débat public, en multipliant les approches, avec tact, franchise et originalité.

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L’art en effet, l’écriture en particulier, déplace les limites, élargit l’horizon du montrable et du regardable, autorise à regarder sans honte (ce qui ne signifie pas nécessairement avec pudeur) en inscrivant les parties dans un récit, en déployant la puissance analogique de l’imagination. C’est paradoxalement en séparant l’espace de la représentation de l’espace de la vie que l’art nous donne une prise plus authentique sur cette dernière, nous permet de voir sans être voyeur. Il y a là quelque chose qui ressemble au processus par lequel un sujet parvient à dépasser un traumatisme en passant d’une mémoire littérale à une mémoire exemplaire, en acceptant la possibilité de comparer.
Il ne s’agit plus tant de délivrer une morale à travers l’illustration d’un destin spécifique, visant le salut ou la rédemption, en exploitant les ficelles trop visibles d’un manichéisme sous-jacent, mais de déclencher une prise de conscience salutaire chez le jeune lecteur en lui faisant toucher du doigt la gravité de ce sujet, par des exemples précis, témoignages authentiques de situations existantes, et en contextualisant, sans pathos exagéré ni culpabilisation excessive, les déboires ou les difficultés des victimes principales de ce fléau social.
La littérature jeunesse par le biais du romanesque historique ou contemporain nous fait partager le quotidien difficile des exclus et des laissés-pour-compte, et par celui du documentaire accroît la visibilité du monde associatif engagé dans ce combat difficile, tout en contribuant à la connaissance des lois en les adaptant à la compréhension des plus jeunes par un travail éditorial de qualité, accrédité par des professionnels, une encourageante entreprise de sensibilisation d’une part et de vulgarisation d’autre part semble maintenant amorcée à travers une production de qualité.
Pas loin de deux siècles après La Petite Fille aux Allumettes d'Andersen, d'autres personnages, d'autres histoires apparaissent: souris ramasseuse de dents perdant son emploi, petits bonshommes sur le carreau recto-verso, personnage mi SDF mi salarié, camarade de classe vivant une vie si « différente », des approches narratives différentes témoignent avec pudeur et sans pathos d’une même problématique sociale. Avec, en filigrane, l’idée que nul –pas même la fée des dents- n’est à l’abri…

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On jonglera avec les fonds de placards, les conserves de l’été, les espaces « dates courtes » des grandes surfaces, les trésors du potager et de la nature pour un plat réconfortant et généreux qui bloblote sur le poêle dans lequel se consume doucement le bois glané dans le bocage: boulettes de porc aux herbes du jardin, aux légumes du potager, frites de polenta et salade de krampouez mouzig chipée sur les murs et les ruines. On partage, on a plus chaud, on est moins seul.

Pour une brassée de convives, bref une dizaine de gloutons:

Pour les boulettes:

1 kg de rôti de porc dans l’échine avec os (sinon, 750 gr sans os)

Un oignon rosé de Roscoff

Une gousse d’ail

Un petit morceau de gingembre frais

1 cuillère à café rase de cannelle de Marrakech

4 poireaux et 4 belles carottes (ou tout autre légume de saison: panais, courge, chou, chou-fleur, ...)

Un bouquet de persil plat

Un bocal de légumes d'été cuisinés

Pour les frites de polenta:

200 g de polenta fine (farine de maïs précuite)

70-80 cl d’eau ou de bouillon (maison ou de qualité)

3 cuillerées à soupe de fromage de chèvre très sec râpé (de la Ferme de Joséphine)

Romarin du jardin

Gros sel gris de Guérande

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Pour les frites de polenta, on peut commencer plusieurs heures à l’avance. Porter à ébullition l’eau (ou le bouillon) puis la saler et verser en une seule fois en pluie la farine à polenta. Mélanger rapidement pour éviter la formation de grumeaux, baisser le feu et cuire, tout en mélangeant, le temps indiqué sur le paquet (généralement autour de 2 minutes). Éteindre, saler, poivrer et incorporer le fromage, mélanger à nouveau puis verser dans un moule en métal carré ou rectangulaire recouvert de papier cuisson, à 2 cm environ d’épaisseur. Laisser refroidir puis couvrir de papier film et garder au frais au moins 6 heures (mieux vaut entre 12 et 24 heures).

Pour la réalisation des boulettes (c’est simple comme bonjour) :

Préchauffer le four sur 200°. Couper le rôti en gros dés. Eplucher, laver et couper grossièrement les légumes. Passer au hachoir à viande, les légumes et le bouquet de persil (avec les tiges). Saler légèrement, poivrer avec entrain et ajouter la cannelle, puis plongeant résolument les avant-bras dans la masse, brasser vigoureusement le tout. Former des boulettes de la taille d’une belle noix et les déposer au fur et à mesure sur une seule épaisseur dans un large plat à gratin (métallique ou en terre) jusqu’à recouvrir le fond. Enfourner 15 mn. Recouvrir les boulettes des légumes cuisinés (ratatouille, sauce tomate, riste d'aubergines, etc. Bref, ce qu'on a sous la main). Recouvrir de papier alumunium (ou d'un couvercle) et enfourner à nouveau pour une belle heure en baissant la chaleur du four à 160°.

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Peu avant de finir la réalisation des frites, écraser le sel gros avec le romarin à l’aide d’un mortier (ou d’un mixer, par à coup). Démouler la polenta et la couper en bâtonnets rectangles.

Chauffer dans une poêle ou une sauteuse de l’huile à trois doigts d’épaisseur. Dès qu’elle arrive à 170°C, y plonger 4-5 morceaux de polenta. Les faire dorer de tous les côtés (un côté est prêt quand il se détache facilement du fond), il faudra quelques minutes. Les poser sur du papier absorbant ou du papier marron à friture. Procéder de même avec le reste de la polenta.
Saler avec le gros sel aromatisé et servir chaud (ou même à température ambiante).

Quelques minutes avant de servir les boulettes, sortir du four. Monter la température à 200°. Oter le papier aluminium du plat et replacer dans le four pour quelques minutes (le temps que le plat gratine légèrement et qu’il s’en dégage un parfum rond et plaisant).

Servir bien chaud tel quel, à la bonne franquette. Accompagner des frites de polenta au romarin, d'’une salade de krampouez mouzik cueillies sur les murets et les ruines. Se resservir en riant.