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"Nous fîmes retourner la voiture, et, sans ajouter un mot, nous revînmes tout courant à Saint-Brieuc, puis nous montâmes en wagon en criant : Morlaix !

Quatre heures après, nous y étions. Il faisait nuit close.
« Où faut-il conduire monsieur et sa société ? demanda l'omnibus.
- Au meilleur hôtel de la ville. »
Et l'on nous descendit chez Brossier, hôtel de Provence.
Je ne pus m'empêcher de dire à mon hôte que c'était singulière idée de fonder un hôtel de Provence à l'extrémité de la Bretagne.
« C'est vrai, Monsieur ; mais nous y faisons nos affaires. »
Monsieur Grossier fait ses affaires à l'hôtel de Provence. C'est la réponse à toutes les questions de ce genre.
Nous nous informâmes, et nous apprîmes qu'il y avait tout autour de Morlaix une multitude de petits villages correspondant à mes désirs.
Au nombre de ces Villages, on me nomma Roscoff, et l'on me dit en même temps que j'y trouverais un ancien ami à moi, nommé Edouard Corbière.
(...)

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Je lui écrivis de tâcher de me trouver une petite maison au bord de la mer, lui exprimant tout le bonheur que j'aurais à renouveler connaissance avec lui ; et j'attendis patiemment sa réponse.
Ce qui me fit attendre patiemment c'est que mon compagnon de chambre, en ouvrant mes deux fenêtres pour inviter le soleil à entrer chez moi, me fit voir par l'une le viaduc de Morlaix à Brest, et par l'autre un merveilleux fouillis de maisons des balcons, des arbres poussant dans les gerçures de la muraille, des ravenelles se balançant au-dessus d'une mare où venaient baigner les chevaux. Il était impossible de plonger, des deux fenêtres d'une même chambre, sur deux points de vue plus opposés." (Alexandre Dumas, Mon Dictionnaire de Cuisine, 1870 )
Alexandre Dumas partageait son temps, comme d'habitude, entre la littérature et la cuisine ; lorsqu'il ne faisait pas sauter un roman, il faisait sauter des petits oignons. Gageons qu'au morlaisien hôtel de Provence, on aura servi à ce fin gourmet prolixe ces tartines de pain de seigle au levain, aux lamelles d'artichaut, de confit d'oignons rosés et de jambon sec avec une lichette de chèvre épicé et une bolée de cidre...

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Pour autant de convives qu’on en peut accueillir :

Deux belles tranches de pain bio au levain rassis par personne (épeautre, seigle, blé noir, etc.) au moins !

Beurre demi-sel bio et cru

Un cœur d'artichaut cuit à la vapeur par personne

Du fromage de chèvre frais

De la crème fraîche

Un talon de jambon sec maison (ou tout autre salaison bien sèche: filet-mignon, magret, bœuf, etc.)

Pimenton de la Vera (paprika fumé, pimenté ou non)

Poivre noir du moulin

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C'est simple comme bonjour et déclinable à l'infini! Mélanger à la fourchette le chèvre frais et la crème fraîche pour l'assouplir. Ajouter une belle pincée de pimenton. Toaster légèrement les tranches de pain, les beurrer parcimonieusement (le beurre sert à imperméabiliser le pain). Disposer l'artichaut émincé, puis les fines tranches de salaisons et enfin des quenelles de fromage. Poivrer et servir à l'apéritif avec une bolée de cidre, un verre de vin blanc sec (par exemple un Muscadet-sur-lie) ou une pinte de bière brune.

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