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Nous aimons utiliser notre intelligence et, souvent, la joie de remporter un défi de l'esprit vaut plus que n'importe quelle récompense matérielle. Mais faire d'une pierre deux coups, c’est encore mieux. Il était une fois, -il y a tellement longtemps qu’à cette époque les dragons folâtraient près du Youdig qui n’était pas encore la porte des Enfers-, un bon roi qui n’avait point de descendance. Les jours succédaient aux jours, les saisons aux saisons, les années aux années : au crépuscule de sa vie, s’imposa à lui le besoin impérieux d’assurer la transmission de son pouvoir, de ses terres et de ses richesses pour que fût prolongée la paix et la prospérité qui régnait en son royaume des Monts d’Arrée.

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Il promit alors devant sa cour de donner son royaume à celui qui lui pourrait faire dire : « Ce n’est pas vrai ». Il fit donc publier ce ban dans toutes les villes, dans tous les villages et dans tous les hameaux et diligenta Youenn Daougabel, vigoureux crieur, qui arpenta derechef le sentier des montagnes, de fermes cossues en modestes masures, des landes septentrionales aux bocages méridionaux, de l’orient neigeux à l’occident venteux. Pendant trois longues années, il vint au château des milliers de gens mais aucun ne put faire dire au roi « ce n’est pas vrai »…

Il y avait quelques temps qu’on n’avait plus vu personne et le roi s’ennuyait, quand un jeune berger originaire du Gouezou se présenta au palais. Lorsqu’il fut en présence du roi à la tête chenue et au visage parcheminé, il lui dit :

- Bonjour sire, je viens causer avec vous.

- Bien volontiers, dit le roi en saisissant une grosse pomme Germaine de Brasparts dans laquelle il croqua avec délice.

- Elle est si petite que ça, votre pomme ? Dans mon pays du Gouezou, la moindre pomme que puisse prendre un homme est grosse au moins comme un fût de cinq barriques !

- Cela se peut bien, répondit le roi. Je suis allé une fois dans une forêt de ton pays qui était plantée de chênes et chaque feuille était large comme un champ.

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- Vous voyez bien, sire, que les hommes sont forts dans mon pays. Il y a dix ans, le seigneur de chez nous, qui était originaire de l’île de Batz, voulait y retourner et emporter son château. Des hommes le déplacèrent alors avec des leviers et dix le chargèrent sur un chariot qui arriva à l’île de Batz.

- Je veux bien le croire, dit le roi. Un jour, dans une forêt de ton pays, j’ai vu des charrons occupés après un chariot et ils ne s’entendaient pas d’un bout à l’autre tellement il était long.

- Ce château n’alla pas toujours sur un chariot ; car il y avait la mer à traverser. On le mit sur un navire. Dans les hunes, il y avait des villes, et les trains de chemin de fer allaient de l’une à l’autre par-dessus les cordages.

- Je veux bien le croire, dit le roi. J’ai vu chez toi un cordier qui faisait des cordes grosses comme mon palais.

- A quoi pouvaient-elles servir ? demanda le berger.

- Je pense que c’était pour faire passer les trains de chemin de fer sur les cordages.

- C’est bien vrai, sire. Je me rappelle que ce château avait été apporté du Poher, par un homme qui l’avait volé à Carhaix, et que, pour que personne n’en ait connaissance, il l’avait apporté dans l’une de ses bottes.

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- Diable de menteur, ce n’est pas vrai, s’écria le roi ; il y a cent ans que cela s’est passé et tu prétends t’en souvenir, toi qui n’a que treize ans !

- Vous êtes pris, sire. Vous avez dit « ce n’est pas vrai », dit le berger en riant.

Le roi se mit à rire et fit du berger son héritier.

On rapporte que sur son lit de mort, au moment de rendre son dernier souffle, il aurait murmuré : « Le ciel étoilé offre une leçon de sagesse à qui sait le regarder : s'y perdre, c'est se trouver.»

Transmettre dans un sourire malicieux ce conte étrange aux jeunes bergers du Gouezou, hilares, et partager au coin du feu, alors que de gros flocons blanchissent le crépuscule, une jolie fougasse au jus de pomme, au lard fumé et au fromage de brebis…

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Pour un conteur et une poignée de contés :

Pour la pâte à fougasse :

400 gr de farine de froment

100 gr de farine de blé noir complet

6 gr de levure de boulangerie

10 gr de sel de Guérande

250 gr de jus de pomme du verger

Une cuillère à soupe de miel de sarrasin

Deux cuillères à soupe d’huile d’olive

 

Pour la garniture :

200 gr de lard fumé

150 gr de tome Kleuzic de Bretonne pie noir bio au lait cru de la Ferme du Kleuz

Un fromage pas trop frais de fromage de brebis de la Bergerie des Abers (s’il est un peu affiné, il fondra d’autant mieux)

Huile d’olive

Un petit bouquet d’herbes aromatiques (sauge, thym, romarin…)

 

Dans le bol du robot-pâtissier, verser le jus de pomme tiédi, la levure et le miel. Laisser mousser tranquillement une dizaine de minutes. Ajouter alors la farine de froment, puis le blé noir, puis l’huile d’olive et le sel. Pétrir au crochet pendant dix minutes. Laisser reposer pendant deux à trois heures.

Préchauffer le four.

Sur une plaque farinée, abaisser la pâte dégazée, à la main ou au rouleau, en disque ou en ovale. Du bout des doigts, creuser des petites dépressions sur toute la surface (cela va permettre de recueillir le jus de cuisson du lard ainsi que le fromage fondu). Disposer alors les dés de lard fumé, puis les herbes très finement ciselées, la tome râpée grossièrement et un filet d’huile d’olive.

Enfourner pour une trentaine de minutes.

Au sortir du four, répartir le brebis semi frais émietté qui fondra langoureusement.

Servir immédiatement.