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Ur wech e oa

Hag ur wech ne oa ket

Med ur wech e oa bepred…

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Il y avait donc une fois dans les arides montagnes d’Arrée une bonne femme qui tournait ses crêpes de blé noir dans l’âtre. Son chat qui voulait chiper le lardiguel pour en lécher le mélange de saindoux et de jaune d’œuf dont il était imprégné (et qui sert à graisser le bilig entre deux crêpes) se prit sans autre forme de procès un bon coup du plat du spanel (la spatule de bois) sur le nez. Outré, le matou se rebiffa et griffa la bonne dame qui appela son mari. Par précaution, le chat s’enfuit.

En chemin, il trouva une oie, puis un jars, puis une chèvre et enfin un cheval et ils se cheminèrent bien loin, devisant l'un sur l’acrimonie des femmes, l’autre sur la sauvagerie des hommes, tous sur une soif d'utopie. Ce faisant, ils entrèrent dans une forêt épaisse et sombre. Le chat grimpa le long du tronc d’un chêne jusqu’au sommet pour voir s’il apercevait de la lumière. Il vit au loin une lueur ; il s’en approcha et vit des loups qui étaient dans une cabane en train de cuire de la bouillie de blé noir.

Le chat, le regard étincelant, pensa immédiatement : « Quel tour pendable leur ferais-je bien ? » Ni une, ni deux –car ce chat avait l’imagination leste et une vigoureuse inclination à tourmenter son prochain et celui d’après-, il prit une pierre dans sa patte et la jeta par la cheminée dans la bouillie qui bloblotait gentiment. La bouillie brûlante éclaboussa le nez des loups qui s’enfuirent en hurlant aux quatre coins de la forêt.

Le chat descendit alors du toit et cria à ses compagnons d’entrer dans le logis déserté.

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- Qu’est-ce qu’il y a de bon à se mettre sous la dent ? Le blé noir est pour les oies, le foin pour le cheval et la chèvre et le lard pour le chat !

Après ces fines agapes, ils allèrent repus et satisfaits se coucher. Le chat se mit dans les cendres, la chèvre devant le foyer, l’oie et le jars sous la table et le cheval derrière la porte.

Dépités et affamés, les loups eurent envie de voir ce qu’était devenue leur bouillie. En apercevant les deux yeux du chat qui brillaient, ils se dirent : « Nous avons encore du feu! » Mais ils n’osaient entrer, car si l’on dit que chat échaudé craint l’eau froide, les loups se méfiaient de la bouillie brûlante et volante.

Un vieux loup plus hardi que les autres entra et se mit à souffler sur les cendres chaudes. Quand il soufflait, il voyait le feu s’éteindre et il se rallumait quand il cessait : c’était bien sûr le chat qui ouvrait et fermait les yeux.

Un autre loup vint. Le chat lui griffa le nez ; la chèvre se réveilla et lui donna des coups de cornes ; les oies lui pincèrent la queue et le cheval la lui coupa tout ras d’une ruade.

Les loups s’enfuirent et ne revinrent jamais. Quant au loup estropié, il a longtemps raconté son étrange mésaventure en pleurnichant :

- Le vieux loup prétendait qu’il n’y avait rien, et il y avait des griffes pour me griffer le nez, des cornes pour me corner, des maçons qui me donnaient des coups de pic dans le derrière et un couturier qui m’a coupé la queue avec des ciseaux !

Quant au chat, aux oies, à la chèvre et au cheval, ils vivent encore une vie heureuse dans leur phalanstère caché au plus profond de cette forêt étrange ; et partagent à l’occasion un gratin soyeux de poireaux et d’endives au lard fumé nappé de béchamel de blé noir gratinée aux noisettes…

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Pour 3 convives, le chat, la chèvre et le cheval :

3 poireaux de taille moyenne

3 endives de petite taille

6 tranches de poitrine fumée (ou plus pour les gourmands !)

Pour environ 50cl de sauce béchamel au blé noir:

40g de beurre demi-sel bio et cru

40g de farine de blé noir complète

1/2l de lait entier bio et cru

Sel de Guérande

Poivre du moulin

Noix de muscade fraîche

100 gr de tome râpée

2 cuillères à soupe de noisettes concassées

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Couper dans les poireaux trois tronçons de blancs (le reste servira à préparer une soupe veloutée d’un joli vert tendre). Ôter les premières feuilles des endives. Placer les légumes lavés dans le panier du cuit-vapeur et les précuire pendant une trentaine de minutes. Laisser bien égoutter.

Sur une planche, placer une tranche de poitrine fumée (ou plus), déposer un tronçon de poireau, l’enrouler dans la tranche et déposer le poireau habillé dans un plat beurré. Procéder de la même façon avec les autres tronçons de poireaux et les endives. On peut alterner poireaux et endives, ce qui permettra aux poireaux de bien parfumer tout le plat.

Préchauffer le four sur 200°, chaleur tournante.

Passer à la réalisation de la sauce au blé noir : faire fondre le beurre dans une casserole sur feu doux. Lorsqu’il mousse, ajouter la faine et fouetter pendant 5 min. Verser alors le lait d’un coup et continer à bien remuer au fouet pour éviter la formation de grumeaux.

Saler, poivrer et muscader. Fouetter jusqu’à ce que la sauce devienne onctueuse et crémeuse.

Napper de la sauce encore chaude les poireaux et les endives.

Répartir le fromage râpé et les noisettes concassées.

Enfourner pour une bonne demi-heure : la surface doit gentiment gratiner.

Servir bien chaud avec une petite salade croquante et acidulée.