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« Dilun dimeurzh dimerc’her

Ayota, ayota, ayota, ayota
Dilun dimeurzh dimerc’her
Diriaou ha digwener.
Ha disadorn ha disul
Ayota, ayota, ayota, ayota
Ha disadorn ha disul
Setu echu eo ar sizhun »
(Lundi mardi mercredi / Ayota, ayota, ayota, ayota / Lundi mardi mercredi / Jeudi et vendredi / Et samedi et dimanche / Ayota, ayota, ayota, ayota / Et samedi et dimanche / Voilà la semaine est terminée)
Elle court, elle vole dans les cours des écoles des monts d’Arrée, cette entêtante comptine qui semble anodine. Elle raisonne même encore cette semaine dans la cour de l’ancienne école de Botmeur. Elle a pourtant joué des tours, heureux ou malheureux, à deux tailleurs d’ardoise de Commana il y a quelques temps déjà… Installez-vous confortablement que je vous raconte cette édifiante histoire…

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"Il vous faut apprendre, je crois,
Comment il était une fois ... deux bossus, Nonnic et Gabic.
Ils étaient, l’un, aimable et souriant, l’autre, sombre et déplaisant, tous deux tailleurs d’ardoise habitant le Gouezou. Chaque matin, ils allaient, chacun de son côté, dans les ardoisières des monts d’Arrée et sur les chantiers des manoirs et des enclos. Un soir glacial de février alors que Nonnic revenait d’un chantier, passant sur la lande près d’un menhir non loin du bourg de Botmeur, il entendit de petites voix grêles qui chantaient :
« Lundi, mardi et mercredi.... »
Il s’approcha, tout doucement, en prenant garde de ne pas faire craquer sous ses pas la mousse et le lichen gelés. Sous un glacial clair de lune, il vit les Danseurs de nuit, — qui sont des korrigans, — qui dansaient en rond et chantaient, en se tenant les mains. Un d’eux chantait le premier :
Lundi, mardi et mercredi....
Puis les autres reprenaient ensemble :
Lundi, mardi et mercredi....
Et c’était tout. Nonnic avait souvent entendu parler des Danseurs de nuit, mais il ne les avait jamais vus. Il se cacha derrière le menhir pour les observer. Il fut vite découvert et entraîné au milieu du cercle. Et les korrigans de danser de plus belle, en tournant autour de lui et en chantant toujours :
Lundi, mardi et mercredi....
Et ils disaient au bossu :
- Danse et chante aussi avec nous.
Nonnic n’était pas timide, et il entra dans la danse et chanta avec eux :
Lundi, mardi et mercredi....
Mais, comme ils répétaient toujours ces trois mots, sans plus, il dit :
- Et après ? Votre chanson est bien courte.
- C’est tout, répondirent-ils.
- Comment, c’est tout ? Pourquoi n’ajoutez-vous pas :
Et jeudi et puis vendredi ?
- C’est vrai, répondirent-ils, c’est très joli. Et ils chantèrent, en sautant et en trépignant de joie:
Lundi, mardi et mercredi,
Et jeudi et puis vendredi !...
Et de tourner avec un entrain du diable. Au petit jour, Nonnic prit congé de la sympathique sarabande enchantée.
- Que donnerons-nous bien à Nonnic, pour nous avoir allongé et embelli notre chanson ?
- Ce qu’il voudra : de l’argent et de l’or, à discrétion, ou le débarrasser de sa bosse, s’il le préfère.
- Ah ! oui, dit Nonnic dans un grand sourire, si vous voulez me soulager de ce fardeau. Je n’ai que faire d’or et d’argent !
Et ils lui frottèrent le dos avec un onguent merveilleux qui fit disparaître sa bosse. Saluant ses amis d’une nuit, il s’en retourna chez lui, droit et léger, et même désormais bien joli garçon.
Quand son confrère tailleur bossu le vit, c’est à peine s’il le reconnut.

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- Comment ! disait-il en tournant autour de lui, et... et ta bosse?
- Disparue, comme tu vois.
- Et comment donc cela s’est-il fait ?
Et Nonnic lui conta tout par le menu.
- Quel idiot tu fais ! Pourquoi n’as-tu pas choisi la richesse, ces montagnes d’or et d’argent ! Ah! j’irai aussi, moi, voir les Danseurs de nuit, à Botmeur, et pas plus tard que ce soir !
Et il fit comme il l’avait dit. Quand il arriva sur la lande, les korrigans y dansaient déjà:
Lundi, mardi, mercredi....
chantait une voix seule, et les autres continuaient toutes ensemble :
Et jeudi et puis vendredi !...
Et ils tournaient et gambadaient et cabriolaient !...
Gabic s’approcha et ils lui crièrent :
- Viens danser avec nous !
Et le voilà dans la ronde et de danser et de chanter comme eux :
Lundi, mardi et mercredi,
Et jeudi et puis vendredi !...
- Et ensuite ?... dit-il.
- C’est tout : est-ce que vous en savez plus long ?
- Oui donc !
- Oh ! dites alors ? dites alors ?... Et il ajouta :
Et samedi et dimanche !
- Oh ! ce n’est pas bon ! Cela ne rime pas ! Il nous a gâté notre chanson, qui était si jolie ! II faut l’en punir ; que lui ferons-nous ? murmurèrent tous les korrigans, s’agitant autour de Gabic.
- Il est temps que tu partes ! Et en dépit de la vilaine rime que tu nous infligée, nous allons te récompenser, proposa sournoisement le roi des korrigans ; que souhaites-tu ?
- Je veux ce dont Nonnic n’a pas voulu, répondit trop précipitamment Gabic.
- C’est entendu ! Nous te donnons la bosse de Nonnic ! rétorqua le roi des korrigans.
Ce qui fut fait sur-le-champ ; et le pauvre Gabic s’en retourna chez lui, sous les huées des korrigans, honteux et ployant sous le faix. Il lui fallut porter, le reste de sa vie, la bosse de son camarade avec la sienne… Il faut donc choyer et chérir les mots, les peser et les polir, les aimer et les choisir… surtout en présence des Danseurs de la nuit.
Quant à Nonnic, pour fêter sa bonne fortune, il invita tout le hameau du Gouezou à partager un repas aussi simple que délicieux, pâtes fraîches de blé noir à l’andouille grillée et aux pommes et échalotes caramélisées. Il y rencontra la plus jolie fille de son monde, ils s’aimèrent, s’épousèrent et eurent des milliers d’enfants sans bosse, mais tous beaux et bons." 

(d'après François-Marie Luzel, Contes populaires de Basse-Bretagne, 1859)

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Pour 2 bossus:

Environ 400 gr de tagliatelles fraîches de blé noir bio (chez Maha de La Fabrik des Mille Une Pâtes sur le marché de Morlaix tous les samedis matins)

Un joli tronçon d'andouille de Guéméné (ou d'andouille au lard)

Deux pommes Germaine de Brasparts

50 gr de beurre bio et cru

100 gr de crème fraîche bio et crue

150 à 200 gr d'échalotes

Une jolie branche de thym frais

Un cuillère à café de miel de blé noir

Poivre du moulin

Sel de Guérande

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Eplucher les pommes et les couper en petits dés. Eplucher et émincer finement les échalotes. Faire mousser le beurre dans une sauteuse. Y jeter sans ménagement les échalotes et les faire dorer à feu moyen à doux. Ajouter alors les pommes. Lorsqu'elles -les pommes et les échalotes- ont cuit et un peu doré, ajouter le miel et laisser caraméliser sans couvrir. Saler légèrement et poivrer avec vigueur.

Dans une poêle, faire dorer à sec l'andouille détaillée en petits dés. Ajouter alors le thym et la crème et amener à petite ébullition.

Dans une grande quantité d'eau bouillante légèrement salée, faire cuire les pâtes fraîches "al dente": 3 minutes suffisent.

Egoutter alors les pâtes et, dans le plat de service, assaisoner avec la sauce d'andouille crémée. Servir avec la compote brûlante de pomme et d'échalote caramélisées.