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Les anciens du Gouezou gardent un souvenir cuisant des hivers très rigoureux de leur enfance. Dans les années cinquante, les seules « chaussures » pour aller à l’école étaient des sabots de bois ou « botoù koad » dont talons et semelles étaient cloutés pour retarder l’usure. Les femmes et les enfants portaient des chaussons dans leurs sabots. En revanche, la plupart des hommes ne les garnissaient que de paille ou de foin pour protéger leurs pieds nus.

Les grands froids leur valaient d’autres misères, notamment à la gent féminine. En effet, en ce temps-là, les collants n’existaient pas et comment les filles auraient-elles pu songer à porter des pantalons ? En conséquence de quoi, leurs chaussettes ne les protégeant guère, elles attrapaient des gerçures aux genoux, s’ajoutant à celles des mains et des lèvres. C’est-à-dire que la peau se crevassait, laissant apparaître la chair qui parfois saignait. Et, bien malheureusement, les familles ne disposaient d’aucun onguent pour soigner cela. Toutefois, gerçures et engelures disparaissaient au printemps, jusqu’à l’hiver suivant.

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Mais l’hiver, c’était aussi de bons moments, simples et joyeux. De belles glissades sur les flaques gelées des chemins, des longs glaçons semblables à des stalactites qui formaient des sortes de guirlandes cristallines au bas des toits -car il n’y avait pas de gouttières- et que les enfants suçaient au risque, souvent vérifié, de souffrir de désordres intestinaux. Et comment oublier cette multitude d’arbres dépouillés de leurs feuilles et que le gel habillait si joliment de givre étincelant ? En dépit d’une vie qu’on qualifiera pudiquement de rude, il y avait donc de bien jolis moments au Gouezou en dépit des rigueurs de l’hiver. Odeurs de fumée des foyers, de laine humide et de tourbe. Parfums de soupe de légumes a, de beurre frais et de crêpes.

Et aujourd’hui encore, au coin du poêle qui ronfle, partager une jolie soupe sans façon aux légumes d’hiver, au lard demi-sel fondant, aux graines de blé noir complet. Avec, petite gourmandise cachée au fond de chaque bol, une belle cuillère d’un lipig gourmand ! Comme un kig ha farz au creux d'un bol.

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Comme un kig ha farz au coin du feu pour 4 paysans qui grelottent :

Un bon morceau de lard ou de poitrine de porc blanc de l’Ouest bio salé maison

Un petit chou vert

2 belles carottes

2 poireaux

2 panais

2 oignons rosés de Roscoff

100 gr de graines de blé noir complet

Un bouquet de thym du jardin

Une branche de laurier frais

Sel de Guérande

Poivre du moulin

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A l’occasion de la cuisson d’un gâteau ou autre, placer les graines de blé noir réparties dans un plat métallique sur une seule couche dans le four chaud (180°, chaleur tournante) et laisser torréfier environ 15 minutes.

Dans une grande marmite, placer le lard, recouvrir d’eau et amener à ébullition. Couvrir et laisser cuire à feu doux pendant une bonne heure.

Pendant ce temps, laver les légumes, les éplucher les cas échéant et les détailler en dés (pour les carottes, les panais et les oignons) ou en lanières (pour le chou et les poireaux).

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Sortir le lard de l’eau, vider cette eau. Dans la même cocotte, replacer la viande et de l’eau. Amener à ébullition puis verser les légumes. A la reprise de l’ébullition, poivrer, couvrir et laisser cuire environ 45 mn à une heure. Trente minutes après, ajouter le blé noir (qui doit cuire environ 15 à 20 mn doucement). Faire l’appoint en eau bouillante si le blé noir venait à absorber trop de bouillon. Pour vérifier la cuisson des légumes, les piquer du bout d’un petit couteau d’office ou d’une fourchette (ou les goûter, tout simplement). Ils doivent être bien cuits, pas croquants, fondant mais ne doivent pas se défaire.

Couper le lard en belles tranches (il doit être très cuit et se coupera sans effort à l’aide de la cuillère de chaque convive). Servir le tout bien chaud avec du lipig (une compotée d’échalote ou d’oignon lentement caramélisés dans une généreuse quantité de beurre demi-sel).