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« Presque au dévaler du lugubre Menez Mikël, vous tombez dans le chaos, naguère encore vierge, du Huelgoat, -un chaos harmonieux, riant, saturé de senteurs sylvestres, sonore du concert des cascades au milieu des amoncellements de blocs moussus, séjour favori des plus attachantes fictions du naturalisme celtique avant que les cornes des automobiles n’en eussent chassé les dieux.

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Toute la Bretagne intérieure, d’accès parfois si rébarbatif, est pleine de ces surprises enchantées. » (Anatole Le Braz) La vocation touristique de Huelgoat est précoce, puisque dès le début du XXème siècle l’hôtel d’Angleterre accueille des bourgeois aisés, venus chasser ou pêcher le saumon. Au cœur du Parc naturel régional d’Armorique, la balade entre les blocs granitiques transporte dans un monde féérique : la grotte d’Artus, la mare aux Sangliers, le ménage de la Vierge, la mare aux Fées, la Roche Tremblante… sont autant de lieux étranges, propices aux ébats des korrigans et des poulpiks, qui restent bien cachés au milieu des chênes et des hêtres –et c’est pour cela qu’on ne les voit pas souvent-.

Ces paysages insolites ont inspiré des peintres, dont Paul Sérusier, le « nabi à la barbe rutilante », compagnon de Gauguin au Pouldu, qui a passé trois étés au Huelgoat entre 1891 et 1893 ; il y a peint entre autres Solitudes, et des vertiges de bois, de vallons, de collines, à la recherche d’archétypes : « J’étais en Pays celtique ; j’imaginais les fées. Le vêtement moderne change trop souvent ; j’adoptai pour mes figures un costume breton qui n’a pas d’âge. »

Quelques temps après, à l’été 1899, durant sa randonnée à vélo à travers la Bretagne, Victor Ségalen visite Huelgoat avec un guide. Il raconte qu’une vingtaine d’années avant, « frappé de l’inutilité de tous ces gros cailloux, on eut la suave idée de les exploiter comme pierre à bâtir, et, avec une pleine désinvolture, on se mit à les débiter à la scie, à les émietter à la poudre… La Pierre Branlante faillit y passer, et une partie du chaos se transforma en jolis petits moellons plus utiles, évidemment, et surtout de vente plus facile que les gros blocs primitifs. »

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Abordant la forêt, où il ne sait pas qu’il trouvera la mort, Ségalen écrit : « Puis, nous voilà en pleine forêt, et vaste, et touffue : une appétissante salade de grands arbres, de taillis, de ruisselets érodant de gros rochers, faufilés à fleur de terre, et s’épanouissant brusquement au grand jour d’une clairière encadrée de sous-bois giboyeux et cela durant des kilomètres. La Chambre d’Artus, le Trou aux Sangliers, le Gouffre, énumère le petit guide. » Victor Ségalen est retrouvé mort le 23 mai 1919 dans cette mystérieuse forêt, au pied d’un arbre, un exemplaire d’Hamlet à ses côtés…

On devisera sur cette fin énigmatique, sur le sens qu’il convient de donner à la vie, sur le charme étrange de cette terre authentique à la palette infinie d’ors, de bleus, de verts, mais aussi de gris, de blancs, de noirs ainsi qu’un rouge un peu sombre qui animent les toiles de Sérusier. A Chateauneuf, de sa fenêtre, il peint la vallée de l’Aulne, languide et discrète. Un peuplier au premier plan, puis un chemin qui serpente vers la colline recouvert d’arbres, et au fond, sous ce petit morceau de ciel, les montagnes houleuses aux teintes adoucies… On partagera ces aumônières de crêpes croustillantes fourrées à la noisette, à la pomme et au caramel.

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Pour quelques artistes gourmands et lichous:

Une sizaine de crêpes fanées, un peu sèches mais pas trop

Un petit pot de compote de pomme Germaine de Brasparts

Un petit pot de caramel au beurre salé

75 gr de noisettes torréfiées en poudre

75 gr de sucre de canne 

75 gr de beurre demi-sel

1 oeuf du poulailler

Et du beurre demi-sel fondu (environ 75 gr)

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Tailler dans les crêpes des disques d'environ 20 cm de diamètre (les chutes de crêpes régaleront les poules qui à leur tour nous régaleront de leurs oeufs dont on fera des crêpes... Mise en abyme...)

Préchauffer le four sur 200°, chaleur tournante.

Mélanger intimement dans un bol la poudre de noisette, le beurre mou, l'oeuf et le sucre.

Badigeonner chaque crêpe très soigneusement et génreusement de beurre. Au centre, déposer une cuillère à soupe du mélnage à base de noisette, puis une cuillère à soupe de compote et enfin une cuillère café de caramel. Refermer les aumônières et les maintenir fermées avec des petits piques en bambou. 

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Déposer les aumonières sur une plaque à pâtisserie recouverte de papier cuisson. Enfourner pour 20 mn. 

Servir immédiatement après avoir arrosé chaque aumônière d'une cuillère à café de caramel... Addictif à l'évidence.