100_1039

« On voit ici de jeunes enfants

Surtout de jeunes filles

Belles, bien faites, et gentilles,

Font très mal d'écouter toute sorte de gens,

Et que ce n'est pas chose étrange,

S'il en est tant que le loup mange. » (Le Petit Chaperon Rouge, Contes de Ma Mère L’Oye, Charles Perrault, 1697)

Il y maintenant plus d'un siècle que cet effrayant prédateur a disparu des Monts d’Arrée mais il rôde tout de même encore au fil des patronymes et des toponymes pour qui sait un peu le breton. On connait tous un Le Bleis au regard inquiétant et aux canines affûtées ou des malheureux qui vont traîner leurs guêtres ou leurs sabots du côté de Ty Blaize, de Creac'h Bleiz ou du Roc'h ar Bleiz. Pour couronner le tout, le musée du loup du Cloître Saint Thégonnec entretient le mythe -avec la complicité des randonnées d’ADDES- et les légendes qui courent dans la lande hérissent encore l’échine des bergers et des bergères de l’Arrée.

imgp2610

Il n’est en effet pas si loin le temps où cet aimable canidé –ou cette bête cruelle, une simple question de point de vue- alimentait toutes les terreurs. En 1806, un contrat de pâturage signé à Botmeur prévoyait que le paysan chargé de la garde d’un troupeau de moutons devait veiller à leur bonne santé « fors de mort du loup et de maladies naturelles ». Au cours des siècles, plusieurs récits citent le loup parmi les animaux sauvages rôdant dans les campagnes bretonnes, mais il faut attendre le XIXème siècle pour trouver des véritables traces historiques à travers notamment, à partir de 1882, la mention des primes attribuées pour chaque animal abattu. Une mesure qui allait précipiter sa disparition. Il semble sûr que le dernier loup vivant fut aperçu en 1906 dans les monts d’Arrée, entre Brasparts et Loqueffret, dans le Yeun-Elez. Encore n’avait-il que trois pattes, un piège lui ayant sectionné la patte manquante… Pour le prestige des monts d’Arrée, on admettra que le dernier spécimen fut tué à l’automne 1884 par Pierre Bérréhar, au Cloître Saint-Thégonnec, qui en a touché la prime le 6 octobre de la même année. On sait également que le cadavre d’un loup fut exposé un peu plus tard, en 1888, sous le porche de l’église de Sizun. Un autre aurait été tué en 1890 à Pleyben. La dernière prime payée date du 25 mars 1891 : elle a été versée à trois chasseurs de la commune de Milizac. Les anciens de Combrit racontaient enfin qu’un loup fut abattu en 1898 à Quilien, près d’une ferme sur la route de Quimper. Enfin, le 23 janvier 1903, un vieux loup solitaire, appelé Petitbleu, a été capturé près du Ménez-Hom par M. le Bihan, de Plougastel-Daoulas. Blessé en tombant dans la fosse préparée pour lui, il a sans doute été achevé sur place.

roc_h_10loup

Le « montagnard » n'hésitait pas à invoquer le saint protecteur, abrité dans la chapelle du Menez Mikêl, et la sagesse populaire affirmait :

« Sant Mikêl vraz a oa an tu

D'ampich youal ar bleizi du »

roc_h_34roc_h_35

Nonobstant, voyageurs, paysans, bergers, bref tous ceux qui traversaient les Monts d'Arrée prenaient bien garde de conserver à portée de vue tout au long de leur chemin l'image de la chapelle comme un amer protecteur sur une mer de dangers carnassiers... On n’est jamais trop prudent.

Le chanoine Moreau, témoin de la guerre de la Ligue en Bretagne, fut l'un des premiers à témoigner de la progression des loups dans notre pays. « L'année de la paix en Bretagne, qui fut l'année 1597, la cherté de vie fut fort grande en Bretagne, qui fut cause qu'un grand nombre du menu peuple, tant à la ville qu'aux champs, pâtirent beaucoup, et bonne partie moururent de nécessités, sans qu'il y eut moyen de les soulager, à cause de la ruine générale et la dépopulation des champs par les gens de guerre ; et fut la misère si grande ès quatre années quinze, seize, dix-sept, dix-huit, par les quatre fléaux de Dieu, par lesquels il châtie son peuple contre lequel il est irrité, guerre, peste, famine et bêtes farouches, que tous quatre s'entresuivirent pendant le cours de quatre années, comme étant subordonnés à la désolation des hommes. 

paysag10

La guerre apporta la famine, puis la peste à ce qui échappoit à la cruauté des soldats, ou plutôt des brigands, devant lesquels quelques-uns pouvoient échapper et se cacher en quelques haies ou garennes, mais contre la faim il n'y avoit point de fuite, car personne n'avoit la liberté d'aller à la maison, où il n'eût trouvé que les murailles, le tout étant emporté par les gens de guerre, si bien que les pauvres gens n'avoient pour retraite que les buissons où ils languissoient pour quelques jours, mangeant de la vinette (oseille sauvage) et autres herbages aigrets, et même n'avoient moyen de faire aucun feu crainte d'être découverts par l'indice de la fumée, et ainsi mouroient dedans les parcs et fossés, où les loups les trouvant morts s'accoutumèrent si bien à la chair humaine que, dans la suite, pendant l'espace de sept à huit ans, ils attaquèrent les hommes étant même armés, et personne n'osoit aller seul. Quant aux femmes et enfants, il les falloit enfermer dedans les maisons ; car, si quelqu'un ouvroit les portes, il étoit le plus souvent happé jusques dans la maison ; et s'est trouvé plusieurs femmes, au sortir auprès de leurs portes pour faire de l'eau, avoir eu la gorge coupée sans pouvoir crier à leurs maris, qui n'étoient qu'à trois pas d'elles, même en plein jour. »

(…)

Telles ruses de ces bêtes sont à peu près semblables à celles de la guerre, et mirent dans l'esprit du simple peuple une opinion que ce n'étoient pas loups naturels, mais que c'étoient des soldats déjà morts, qui étoient ressuscités en forme de loups, pour, par la permission de Dieu, affliger les vivants et les morts, et communément, parmi le menu peuple, les appeloient-ils en leur breton, tut-bleis ; ou que c'étaient des sorciers en ce pays comme en plusieurs autres contrées de France.

Cette dernière raison n'eût été hors de propos, attendu que les plus graves auteurs disent que les sorciers sont des anthropophages ou mangeurs de chair humaine, et surtout de la chair des petits enfants sans baptême. Ainsi ces cruels animaux, combien qu'ils assaillissent indiféremment tout âge et sexe les trouvant à leur commodité, néanmoins ils poursuivoient avec plus grande fureur une femme grosse qu'une autre, à laquelle ils fendoient le ventre en un instant, et lui troient le fruit, laissant la pauvre femme toute palpitante, s'ils n'avoient pas le loisir de manger la mère et l'enfant.

Une honnête femme de Kerfeunteun, pressée d'accoucher, un certain jour de marché, sortant par la porte Bihan, à dix ou douze pas de la porte, fut en plein jour éventrée, et son enfant tiré et emporté, et cependant il y avoit du monde après et devant. Ceux de devant ne virent rien, parce qu'elle ne jeta aucun cri ; ceux du derrière qui virent ne surent être assez à temps, tant cela fut expédié bien promptement par un seul loup.

La paix faite, les portes de la ville de Quimper demeuroient ouvertes et les loups se promenoient toutes les nuits par la ville jusques au matin, et, aux jours de marché, les venderesses de pain et autres regrattières qui se levoient matin pour prendre leurs places les ont souvent trouvés autour du Chastel et ailleurs, et emportopient la plupart des chiens qu'ils trouvoient la nuit sur la rue. La nuit, ils blessoient plusieurs personnes sur la rue au milieu de la ville, et, sans le secours et cri que l'on faisoit criant au loup, ils les eussent mangés. Ils avoient cette finesse de prendre toujours à la gorge, si faire se pouvoit, pour les empêcher de crier, et, s'ils avoient loisir, ils savoient dépouiller sans endommager les habits ni leurs chemises même, qu'on trouvoit tout entiers auprès des ossements des dévorés, qui augmentoit de plus en plus l'erreur des simples de dire que ce n'étoient point loups naturels, mais loups-garous ou soldats, ou sorciers transformés. »

Roc'h Bleiz, un des sommets de l’Arrée, est aujourd'hui bien calme et le loup de pierre reste figé dans la lande ... Chacun peut y accéder en toute liberté et admirer le site magnifique qui l'entoure ...

« Promenons-nous dans les bois,

Pendant que le loup n'y est pas.

Si le loup y était

Il nous mangerait,

Mais comme il y est pas,

Il nous mangera pas. …»

Loup, y es-tu ? Que fais-tu ? M'entends-tu ? » … Et, l’œil concupiscent, la babine retroussée, dévorer à pleines dents une très belle côte de bœuf Highland Cattle, charnue et soyeuse, goûteuse en diable, rôtie en croûte de coco, citron vert et thé matcha. Loup, y es-tu ?

 103205834_o103205906_o

Pour trois à quatre loups affamés :

Une côte de bœuf Highland Cattle bio du Ranch de Kerbongout à Saint-Rivoal (environ 750 gr)

80 gr de beurre demi-sel bio et cru à température ambiante

50 gr de noix de coco sèche râpée

50 gr de graines de sésame en mélange (blond et noir)

1 cuillère à café de thé vert

Un combava ou à défaut un petit citron vert (zeste et jus) 

Poivre noir Kampot

Une cuillère à soupe d’huile d’olive

Une noisette de beurre

 100_1027100_1031

Le matin, sortir la viande du réfrigérateur afin de lui permettre d’atteindre la température ambiante et de se détendre. Sortir également le beurre.

Mélanger au beurre mou la noix de coco, les graines de sésame, le thé matcha, le zeste de citron entier puis le jus d’une moitié du citron. Poivrer. Etaler grossièrement le beurre manié encore malléable entre deux feuilles de papier cuisson et sur une surface correspondant à peu près à la surface de la côte. Réserver au réfrigérateur.

Préchauffer le four sur 180°, chaleur statique. Ou allumer le barbecue pour obtenir une belle épaisseur de braises.

Dans une grande poêle –ou une sauteuse-, saisir la côte de bœuf sur toutes les faces dans un mélange de beurre et d’huile d’olive bien chaud. On compte environ deux à trois minutes de cuisson par face. Déposer la côte dans un plat métallique.

L’objectif de cette première cuisson est de créer une croûte colorée sur chacune des faces, ainsi la viande ne se dessèchera pas pendant la cuisson au four ou au barbecue.

100_1034100_1042

 Recouvrir toute la surface de la côte de la plaque de beurre manié solidifié.  Puis l’enfourner pour 22 minutes de cuisson (on  compte 15 minutes de cuisson par 500g de viande pour un résultat bleu à saignant). Même temps de cuisson au barbecue, en posant la côte sur la grille en position haute et en refermant le couvercle.

Dès la fin de la cuisson, entrebâiller largement la porte du four et laisser reposer la viande en petit quart d’heure. Pour la version barbecue, débarrasser soigneusement la côte sur une planche et réserver non loin du foyer pour maintenir une certaine température sans poursuivre pour autant la cuisson.

Déposer sur une planche de service et servir avec une poêlée de légumes de saison rôtis au four ou au barbecue: carottes, navets, panais, chou-fleur, etc.  Au loup!