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Gwechall ' oa gwechall ha hirio zo un amzer all. Autrefois était autrefois, et aujourd'hui est un autre temps.

Ecoutez et vous entendrez.

C'est un conte extraordinaire cent fois plus vieux que père et mère

mais il faut seller votre chien, si vous voulez comprendre bien…

Un très pauvre paysan du Gouezou -c’est un malheureux pléonasme-, bienheureux père de trois garçons, avait dépensé le peu qu’il possédait pour envoyer à l’école du bourg l’aîné et le cadet, au point qu’il ne lui restait plus un sou pour y dépêcher le dernier-né, pourtant particulièrement futé.

BRETONNE RACONTANT UNE HISTOIRE LM BAADER

À la vêprée, sous la lune luisante, alors qu’ils revenaient fourbus des champs, le père et son benjamin croisèrent un étrange personnage, encapuchonné sous large manteau sombre. Il leur dit :

- Voilà un enfant ignorant. Si son père veut bien me le confier, je l’amènerai vivre en mon manoir et j’en ferai un savant qui connaîtra tout du vaste monde.

Les yeux du père -et surtout de son fils- brillèrent d’une lueur d’inquiétude et d’une flamme d’espoir.

- J’y mets toutefois une condition. Dans trois années, le vieux, tu viendras en mon manoir du Youdig et je te conduirais dans mon colombier où tu trouveras ton fils transformé en pigeon. Il te faudra sans erreur le reconnaître au milieu des autres oiseaux, sinon il m’appartiendra jusqu’à la fin des temps…

Comme le pauvre homme, partagé, hésitait à répondre, son fils lui glissa à l’oreille :

- Acceptez, mon père. Je traînerai de l’aile et vous me reconnaîtrez.

- Marché conclu ! répondit le vieil homme qui confia derechef son fils à l’étrange promeneur diabolique.

A bout de trois ans, le vieux père descendit au Youdig où se trouvait l’austère et ténébreux manoir. L’homme en noir l’attendait, le conduisit dans le pigeonnier et lui demanda :

- Reconnais-tu ton fils ?

Le bonhomme écarquilla les yeux et observa les merveilleux pigeons gras au plumage brillant. Il aperçut alors un vilain volatile maigrichon et malpropre qui traînait une aile en marchant.

- Voilà mon garçon, s’exclama son paternel en le pointant du doigt –ce qui est par ailleurs fort impoli-.

- Quittez mon manoir sur le champ, gronda l’étrange personnage, écumant d’une rage froide. Mais ma vengeance s’abattra un jour sur le Gouezou.

Le pigeon, reprenant forme humaine, vida incontinent les lieux avec son père et regagna le hameau en soupirant d’aise.

A compter de ce jour, le garçon s’employa à enrichir son père et son foyer grâce aux connaissances acquises auprès de son maître, on l’a bien compris, mi-diable, mi-sorcier. Se transformant en chien de chasse, il ramenait de prestigieuses prises et du gibier en abondance; se changeant en nuage, il arrosait les pâtures et les champs;soufflant comme le vent, il chassait les nuages au profit du soleil pour faire mûrir le lin et le froment et rougir les pommes… Obligeant, intelligent et bien joli garçon –ce qui ne gâte rien-, il tomba bientôt amoureux d’une délicieuse fée des eaux, bienfaisante et un peu chipie, qui ondoyait langoureusement dans le Stain, la rivière coulant en contrebas du Gouezou. Bêtes et gens, korrigans et fées, tous vivaient pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles, même si le père et le fils songeaient à l’occasion au sombre magicien qu’ils avaient berné… Leur quiétude en était poissée et bien souvent leur sommeil troublé.

Un beau jour, à la fin de l’été, alors qu’ils s’apprêtaient à vendre au marché de Commana les solides poulains postiers de l’année, le fils entraperçut, dans la cohue des maquignons de la foire à l’ancienne, une haute et sombre stature qui lui hérissa l’échine…

- Débarrassons-nous une bonne fois pour toutes de cette menace ! dit-il à son vieux père qui tremblait dans ses sabots. Je vais me transformer en cheval que le magicien voudra bien sûr t’acheter. Mais auparavant, passe-moi autour du cou ce licol ensorcelé que m’a confié ma mie la fée.

Ainsi fut fait. Adoptant son air de benêt qui lui allait si bien au fond, faisant mine de ne pas reconnaître le sorcier, le vieux père fit affaire avec ce dernier et lui céda, contre espèces sonnantes et trébuchantes, un très beau poulain à l’amble confortable et à la robe alezane.

Le bonhomme fort inquiet, malgré son or, pleura en quittant la foire. Il regrettait déjà son fils alors que le diable disait au cheval :

- Cette fois je te tiens, vilaine bête et tu ne m’échapperas plus !

Et il l’éperonna durement et longtemps autant pour le blesser que l’épuiser. Lorsque l’animal fut couvert d’écume, Satan s’arrêta à l’Auberge de Saint-Michel sur la route les menant au manoir fétide. Il ordonna au garçon d’écurie de mener boire sa monture au lac.

- Tu ne lui enlèveras pas son licol, gronda le diable, je te le défends, expressément !

Le garçon promit au sombre client mais, arrivé sur la rive spongieuse du lac, le cheval se mit à renâcler et refusa de boire.

- Ma foi, tant pis ! se dit le brave garçon. Je vais lui enlever son licol et son maître n’en saura rien.

Aussitôt le licol magique ôté, le cheval se précipita vers la fontaine et se changea en grenouille. L’infortuné palefrenier tout pleurnichant et tremblant s’en fut quérir l’irascible propriétaire. Ce dernier, écumant de rage, courut au bord de l’eau et se transforma en brochet qui plongea dans le lac et poursuivit la grenouille. Sur le point d’être croquée, elle se métamorphosa en pigeon qui prit son envol illico et se posa sur une cheminée. Le brochet se changea en chasseur, épaula son long fusil et ajusta le pigeon. Ce dernier se laissa choir dans le conduit. L’étranger entra dans la maison où une joyeuse noce se déroulait. Le chasseur demanda s’il n’était pas tombé quelque chose dans la cheminée.

- Si, répondit la fraîche mariée au regard turquoise et aux joues roses, une orange que voici dans mon tablier !

- Donne-la -moi, car elle m’appartient, gronda le goujat.

La jeune femme avança la main pour saisir l’orange mais ce fût un grain d’avoine qu’elle trouva. Et le grain tomba par terre. Le diable se métamorphosa en coq pour manger la graine mais la graine se transforma en renard qui dévora le coq. Et toc !

Le judicieux renard reprit sa forme humaine qui se jeta dans les bras de son père, invité de la noce.

- Tu arrives à propos, mon garçon, ce sont tes noces que nous fêtons ici !

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Et la fée des eaux du Stain reprit son apparence de sirène sublime dans un rire.

- A table! dit-elle, car elle avait faim.

On fit la fête, comme vous le pensez, à l’élève du diable qui désormais n’eut plus rien à craindre de son ancien maître qu’il digéra comme il se doit ! Le manoir maudit disparût dans le marais fétide, englouti dans la froideur suintante des Enfers.

Je vous ai conté mon histoire, maintenant elle vous appartient

A vous de la raconter auprès de ceux qui en ont besoin.

Pendant ce temps, la fée gourmande et son tout jeune mari font un sort à la salade de bergamote et d'orange aux pétales de rose. Un dessert pour les fées.

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Pour une fée, un disciple du diable, son père et le diable :

Un citron bergamote

6 cuillères à soupe de sirop de citron maison (c’est par ici  http://gouezou.canalblog.com/archives/2014/03/03/29352483.html )

6 oranges douces

Quelques pétales de rosa gallica séchés (La Fée des Champs, sur le marché de Sizun du mercredi)

 

C’est très simple mais, comme souvent, avec de bons produits, c’est un délice de fraîcheur.

Prélever à l’aide d’un couteau d’office bien aiguisé les suprêmes des oranges. Conserver le jus et le mélanger au sirop de citron. Dans une jatte, placer les suprêmes d’orange dans une jatte, ajouter le sirop, râper très finement le citron bergamote, mélanger délicatement et m=placer au frais jusqu’au moment de servir.

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Répartir alors les fruits dans des verrines et parsemer des si jolies et parfumées pétales séchées. Servir avec des cœurs coulants de chocolat noir pour une gourmandise totale (c'est par là http://gouezou.canalblog.com/archives/2018/01/26/36093672.html ).