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« Nobles princes, le nom Hervé le garde,

Soubz la pierre qui les os ne regarde ;

Il a osé sur les Angloys saillir,

Qui lors voulloient le pais assaillir

Par le moyen de royale nef

Il a gardé tous les François de gref.

Et pour garder le pays de langueur,

En mer est mort comme loyal vainqueur. »

EPITAPHE Pierre Choque

De l’épitaphe d’Hervé de Portzmoguer et de Marie-La Cordelière sur lesquels pleure Anne de Bretagne au tout début du XVIème siècle naît une légende qui ondoie depuis cinq siècles en mer d’Iroise, au bord du goulet de Brest, entre la pointe Saint-Mathieu et celle du Toulinguet. On doit la vibrante relation de ce dramatique épisode qui coûta la vie à ce héros –et à des milliers d’autres par ailleurs- à un poème traduit et enluminé par Pierre Choque, premier héraut d’armes donc, comme qui dirait secrétaire particulier de la reine Anne de Bretagne, et qui, sur les ordres de sa maîtresse, naviguât en son temps sur la Cordelière.

Il était une fois donc une Duchesse, un bateau et un marin…

Mi pirate, mi corsaire, Hervé de Portzmoguer est un jeune hobereau léonard originaire de la côte nord du Finistère, qui naît comme beaucoup un pied sur la grève et l’autre dans l’eau salée. Il embrasse la mer et la marine, à la fois fidèle et droit, impertinent et voyou. Ce n’est certainement pas un homme de cour mais en revanche un marin redoutable, capitaine hauturier, fin tacticien et meneur d’hommes. Dans sa courte vie, il n’aura jamais tourné le dos au danger ni fuit… sauf peut-être une fois, lorsque convoqué par la Reine-Duchesse, il opère un prudent repli, refroidi par la rumeur qui murmure que la souveraine veut lui souffler dans les bronches. Mais il n’en était rien car, bien au contraire, à la suite d’un entretien dont rien ne filtrera, elle lui confie le commandement du joyau de sa flotte, la nef Marie-La Cordelière.

Pierre_Choque_Le_combat_de_la_Cordeliere

Sorti en 1498 du chantier naval de l’orfèvre-charpentier de marine du Dourduff, Nicolas Coatanlem, au « cay de Morlaix », ce splendide bâtiment, fleuron de la flotte ducale, sillonne les mers avec un singulier panache à la tête de quatorze autres nefs bretonnes. Anne, qui chérit ce bâtiment racé, l’envoie courir et voler jusqu’en Méditerranée  à la suite de « la grande adventure du recouvrement des Deux-Siciles » pour son premier mari Charles VIII, pour pourfendre les Turcs de Mytilène pour son second mari Louis XII –Anne est une croqueuse de rois-. En 1506, à l’occasion de son Tro-Breizh –un légendaire tour de la Bretagne qui laissera plus de Maison de la Duchesse Anne que de haltes-, Anne séjourne à Brest et se rend au chevet de sa nef chérie à laquelle on accorde une solide rénovation –les Turcs ne l’ont pas épargnée-. A cette occasion, la Duchesse convoque donc, finit par rencontrer et nomme enfin Hervé de Portzmoguer à la barre de la Cordelière… Il accepte –d’un autre côté, pouvait-il refuser ?-. Ce que femme veut -surtout si elle est Duchesse de Bretagne et de surcroît deux fois Reine de France-, Dieu le veut. Point à la ligne. Var vor ha var zouar...Sur mer et sur terre... Hervé de Portzmoguer hisse donc son pavillon à la corne de La Cordelière avec un ordre de mission très clair : à la tête de l’escadre bretonne, collaborer avec l’alter ego français et constituer une armée navale franco-bretonne destinée à frapper un grand coup contre l’Angleterre qui échauffe autant Anne que son époux Louis.

Pendant ce temps et depuis déjà quelques siècles, les Anglais poursuivent obstinément leur œuvre d’asticotage de la couronne de France en mettant notamment en coupe réglée les villes et à sac les abbayes de la côte nord du Finistère. A cet égard, l’abbaye de Saint-Mathieu de Fine Terre aura payé un lourd tribut des siècles durant. De 1506 à 1512, Hervé de Portzmoguer et sa Marie-La Cordelière organisent donc la résistance contre l’Angloys et tentent de coordonner les bâtiments bretons et français ancrés en rade de Brest. La rade est en effet un havre à l’abri duquel les brito-français organisent la riposte : les nefs et caraques de cette époque sont peu manœuvrantes –lourdes, sous-toilées, leurs voiles carrées ne permettant pas de bien remonter au vent-, les moyens de communications rudimentaires, les vents et marées capricieux et le passage de l’étroit goulet brestois une gageure –c’est toujours le cas d’ailleurs-. Bref, l’escadre des vingt-et-un bâtiments est bigarrée, sans compter les egos des états-majors à ménager. La flotte sort donc régulièrement, passant par le fameux goulet qui s’ouvre en mer d’Iroise, offrant à ses voiles de lin l’Atlantique à l’Ouest et la Manche au nord-Est. Escarmouches et accrochages s’enchaînent en bonne intelligence. La routine en quelque sorte.

Combat_de_la_Cordelière

Bon an, mal an, les choses vont leur train, tant et si bien que le 10 août 1512, une réception réunit à bord de La Cordelière l’essentiel de l’aristocratie léonarde et la fine fleur de la noblesse bretonne du bout du monde. Hervé de Portzmoguer reçoit en grandes pompes sur la nef ducale sa parenté et de nombreux amis, plus de trois cents gentilshommes accompagnés pour certains de leurs épouses en toilettes, tous curieux de passer un peu de temps sur la déjà fameuse Cordelière goûtée par la populaire Duchesse.

Ce pince-fesses imprudent se terminera en tragédie sanglante au fil d’un combat naval épique de frères ennemis auquel le poème de Pierre Choque donne une résonnance poignante.

Vraisemblablement à l’ancre dans l’accueillante anse de Bertheaume, la flotte royale et ducale sur laquelle cette fâcheuse fête battait son plein se trouvait de fait en position défavorable alors que la mer achevait de monter. Les représentants de la perfide Albion œuvraient alors dans l’ombre des falaises de Molène ourdissant une fourbe attaque, par mer houleuse et brise fraîche. Les rires des dames et les forfanteries des messieurs furent brisés net par les cris des vigies signalant l’ennemi à quelques encablures, en branle-bas de combat, toutes voiles dehors. « Angloys à tribord ! ».

L’affaire était pliée : supérieurs en nombre, en armement, en hommes, en tonnage –sans compter l’immense effet de surprise, la présence de la jeune élite bretonne et l’imprudence crasse-, les vaisseaux de Henri VIII menés par l’amiral Edward Howard à bord de son vaisseau Le Régent fondirent sur la flotte brito-française comme la vérole sur le bas-clergé, ne laissant aucun répit pour débarquer les prestigieux invités : dans le sillage du Régent, vingt-cinq navires de combat déclenchaient déjà un déluge de feu, suivis de vingt-six hourques flamandes remplies de munitions et de troupes. Ni une, ni deux, Hervé de Portzmoguer prit le parti de sauver ce qui pouvait l’être encore, ordonnant à la flotte de couper les amarres, de hisser toute la voilure et de profiter de la fin du jusant pour gagner le salutaire abri de la rade de Brest. Seule la bretonne Cordelière, ses invités enrôlés par le destin, ses marins, et la nef française Loyse –navire-amiral de René de Clermont- firent face à la fourbe Armada pour en ralentir la progression et permettre ce repli aussi salvateur que peu glorieux. Fort de ses huit cents matelots et de ses trois cents gentilshommes d’infortune, le Léonard fit immédiatement donner de la voix à ses deux-cent pièces d’artillerie : seize canons à gros boulets de cent-vingt livres, quatorze bombardes à roues, toute une sauvage et hurlante ménagerie –fauconeaux, serpentaux, scorpions, basilics, crapaudeaux, couleuvrines, gros-vers s’égosillèrent avec l’énergie du désespoir. La française Loyse battit en retraite et Hervé et ses malheureux compagnons déchaînés poursuivirent seuls leur descente aux enfers, abordant à l’aide des grappins le Régent sur lequel ils s’amarrèrent comme une tique. « A l’abordage ! » Une effroyable mêlée s’ensuivit au cours de laquelle on occit et raccourcit son prochain à tour de bras. Baroud d’honneur de la Cordelière et de son capitaine débordé : la Sainte-Barbe de la nef ducale explosa –Hervé de Portzmoguer en a-t-il donné l’ordre ? « Un qui aima mieux sauter que se rendre » témoigne en effet un Anglais- dans un fracas épouvantable, ce qui précipitat par le fond, la Cordelière et le Régent enlacés, Hervé et Edward au corps à corps et près de mille cinq-cents âmes fracassées… Et l’Iroise s’est silencieusement refermée sur les nefs, les caraques, les hommes et les femmes engloutis. Devant la douleur publique d’Anne de Bretagne, le héraut Germain Brice composa ainsi Chordigerae navis conflagratio, vibrant éloge funèbre, en latin, de la nef et de son valeureux commandant, que traduisit incontinent donc en français notre Pierre Choque afin pérenniser la légende de Hervé de Portzmoguer et de Marie-La Cordelière.

Levons nos verres à Portzmoguer et à la Cordelière qui reposent désormais aux portes du goulet… Des toasts au pain de cacao, au Sant-Enéour fondu, aux baies de cannelier et au confit d’oignons de Roscoff ne les ramèneront pas… Mais ils sont bien là.

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Pour le pain au cacao :

450 gr de farine de blé bio

50 gr de cacao en poudre bio

6 gr de levure de boulangerie

1 cuillère à café de sucre de canne bio

10 gr de sel de Guérande

250 gr d’eau de source

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Pour les toasts :

Un Sant-Eneour (fromage au lait cru et bio de vache Bretonne pie noirde la Ferme du Kleuz à Plouneour-Menez ou sur le marché de Morlaix)

Un pot de confit d’oignons rosés de Roscoff au jus de pomme Germaine de Brasparts (c’est par ici  http://gouezou.canalblog.com/archives/2018/03/10/36215980.html )

Des baies de cannelier moulues ou pilées

Une poignée d’herbes (krampouez mouzig, oseille, épinard, persil, roquette ou pissenlit)

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La veille, commencer par la pâte à pain évidemment : dans l’eau de source tiédie, délayer la levure avec une cuillère à café bombée de sucre de canne. Laisser s’éveiller la levure pendant une dizaine de minutes. Elle va mousser d’aise. Ajouter alors la farine, le cacao et le sel. Pétrir alors au robot (ou à la main pour les courageux) pendant dix bonnes minutes. Couvrir d’un torchon et laisser pousser tranquillement plusieurs heures. On a le temps.

Débarrasser la pâte sur un plan de travail légèrement fariné, la dégazer en douceur et façonner une longue miche, ou deux baguettes, ou une boule… Ou encore placer la pâte dans un moule. Bref, c’est comme on veut ! Laisser pousser à nouveau et laisser au temps faire son œuvre.

Lorsque la pâte a doublé de volume, préchauffer le four sur 250°. Placer sur la sole du four la lèchefrite. Au moment d’enfourner, jeter un demi-verre d’eau sur la lèchefrite et glisser la pâte, après l’avoir incisée, sur le gradin du milieu. Baisser le thermostat à 200° et laisser cuire 40 mn pour une miche ou une boule et 30 minutes pour des baguettes.

Laisser refroidir le/les pain(s) croustillants et parfumés sur une grille jusqu’au lendemain.

Préchauffer le four (200°, chaleur tournante). Détailler le pain en douze tranches et le fromage en douze portions. Poser sur chaque tranche de pain disposée sur uen plaque à pâtisserie un morceau de fromage. Enfourner pour une dizaine de minutes, le temps pour le fromage de fondre. Sortir alors du four les toasts, déposer sur le fromage une cuillère à café de confit d’oignons, une pincée de baies de cannelier pilées, poivrer et servir en apéritif dînatoire ou en repas sur le pouce avec une salade d’herbes.