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Bientôt trois quarts de siècle que la deuxième guerre mondiale s’est achevée qui éloignent de nous imperceptiblement les souvenirs sépias des anciens… Et pourtant, c’était hier.

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Si l’Histoire, la grande, celle avec un H majuscule, portée par les institutions, retiendra que les Sénans ont constitué un quart de la France résistante embarquée vers le Royaume-Uni dans le sillage de de Gaulle –ce qui vaudra à l’île de Sein de devenir une des cinq communes distinguées par le prestigieux titre de Compagnon de la Libération en 1946-, on sait moins en revanche que la résistance a été déterminante… dans les Monts d’Arrée. Et ça, c’est la petite histoire… sans laquelle la grande n’est rien, ou en tout cas, pas grand chose.
C’est dans le tout petit village de Trédudon-le-Moine que naît en effet la Résistance française ; dès les premiers jours de l'occupation allemande, tout le hameau, situé à quelques kilomètres du bourg de Berrien, sur la route de La Feuillée, entre en résistance comme une évidence. De juin 1940 à août 1944, ce petit village de deux cents âmes devient une parcelle bien vivante de la France libre et obtiendra le titre de "Premier village résistant de France" qui lui sera décerné après la Libération. En s’appuyant sur ce territoire si particulier, de Plouneour-Menez à Berrien, de La Feuillée à Huelgoat, le maquis résistant de la montagne usée s’organise résolument et Trédudon-le-Moine, épicentre décidé, devient le chemin du ravitaillement, du repos et de l'espoir des combattants et des résistants. « La discrétion des survivants, la dispersion des responsables (voulue et organisée) à la Libération, l'afflux massif des résistants de la dernière heure, la joie de la liberté, ont jeté un grand voile sur les extraordinaires exploits des soldats de l'ombre dans notre montagne » rapporte Jean Kerdoncuff dans son ouvrage De jeunes ouvriers et paysans bretons dans la tourmente de l'occupation.

TREDUDON LE MOINE
L’histoire commence très tôt, comme une évidence : le 16 juin 40, alors que les troupes britanniques quittent le camp de Saint-Thégonnec, une poignée de résistants communistes –hommes et femmes- emmenés par Pierre Plassard, y stocke des armes anglaises parachutées, et ce avec la complicité de toute la population. Trédudon-le-Moine devient à la fois un dépôt d'armes, un refuge pour les résistants traqués, un lieu de réunion pour les dirigeants nationaux et régionaux des FTP. Le 17 mai 1943, un avion britannique est abattu par la défense allemande au-dessus des Monts d'Arrée et tombe en flammes au nord de Plonévez-du-Faou. Les pilotes trouvent refuge à Trédudon. Après des opérations de sabotage menées notamment contre les lignes ferroviaires, des missions de récupération d'armes, ou encore des attaques des troupes ennemies, les résistants, qui fuient à travers la montagne, viennent se cacher dans les greniers et écuries du village. Trédudon nourrit toute cette population clandestine: toutes les fermes alentours sollicitées fournissaient du beurre, des pommes de terre et du lard : jamais personne n’a refusé de donner. Le village devient un point d'appui pour ceux qui coordonnent les différentes actions, donc appelés à faire de fréquents déplacements, souvent périlleux. Le village paiera un lourd tribut lors des représailles de l'occupant. Vingt-deux résistants seront fusillés, onze tués au combat, seize déportés. Dix d'entre eux mourront en déportation… Une stèle que plus personne ne voit témoigne de cet engagement presque naturel dans la reconquête d’une liberté perdue et si fragile encore.
Et, non loin, au Gouezou aussi, on tente de maintenir vivant le souvenir de ces temps poissés : les affichettes que, sur ordre des Allemands, toutes les familles du hameau durent apposer sur la porte d’entrée de leur maison vers la fin de la guerre. Y figurait la liste des personnes vivant sous chaque toit. Afin de s’assurer qu’aucun réfugié ni FFI ne s’y trouvait caché, alors que le maquis des Monts d’Arrée commençait à inquiéter l’occupant.
La résistance au quotidien, juste pour survivre, c’était aussi par exemple le four à pain clandestin du Gouezou dans ce fut autrefois le Ty Mikel de François, dernier agriculteur du hameau, disparu il y a quelques années. Jusqu’à cette date, les familles du hameau s’approvisionnaient en pain à la boulangerie de Croas Cabellec, au nord du hameau. Mais du fait de la guerre, la farine que se procurait le boulanger n’était composée en gros que de son et, en conséquence, la mie était très noire et durcissait très rapidement jusqu’à devenir immangeable. On appelait ce pain le «bara boche», expression que les habitants du hameau ont longtemps utilisée pour qualifier le pain plus ou moins complet, en particulier bio.

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Peut-être que chaque famille avait son jour de fournée –les souvenirs s’estompent- mais les anciens revoientt encore le pétrin et se souviennent surtout des petits pains préparés pour les enfants et qu’ils dégustaient tout chaud sortant du four, se régalant comme de friandises. Chacun sait qu’on ne peut faire de pain sans farine. Celle que les habitants du Gouezou utilisaient pendant la guerre était de leur propre fabrication ou presque. Bravant l’interdiction qui leur était faite de faire moudre leur blé, ils se rendaient clandestinement chez le meunier du Moulin Neuf, tout près du bourg de Sizun, en empruntant un itinéraire loin des sentiers battus.
Et, autre souvenir, celui d’enfants soulagés, l’arrivée des super héros Américains, débarqués au cours de l’été 44 et grâce auxquels Brest fut libérée. Leurs camions et jeeps empruntaient la départementale reliant Saint-Sauveur à Commana. Quel spectacle pour les gamins du coin qui accourraient pour les voir passer et profiter de la distribution de chewing-gum, de bonbons, de chocolats et de cigarettes, donnant aux bords de la départementale des airs de caravane du Tour de France.
Entrons en résistance dans les montagnes usées avec ce céleri-rave cuit à l’étouffée sous la cendre, lentement confit avec des herbes fraîches, des zestes de citron et une belle huile d’olive. Résister à tout sauf à la tentation, à l'instar d'Oscar Wilde.

 

Pour une poignée de Résistants, Pierre, Hélène, Jean et Odette:

Un gros céleri-rave bio du potager

Un bouquet d'aromatiques fraîches en mélange: sauge, romarin, thym, sariette, ail des ours, ail triquètre, marjolaine...

Une gousse d'ail rose de Lautrec

Un citron jaune bio (zeste et jus)

4 à 5 cuillères à soupe d'huile d'olive

Une grosse de pincée de curcuma

Sel de Guérande

Poivre du moulin

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C'est aussi simple que parfaitement délicieux: peler le céleri (on peut donner les épluchures aux moutons ou les conserver pour les utiliser ultérieurement pour parfumer un bouillon de légumes). 

Préchauffer le four (ou allumer le barbecue) sur 170°, chaleur tournante.

Placer sur une plaque à pâtisserie une feuille de papier aluminium et la recouvrir d'une feuille de papier cuisson.

Au centre, déposer les herbes lavées, essorées et ciselées, le curcuma, le poivre fraîchement moulu, le zeste de citron en lanière, la gousse d'ail pelée et écrasée du plat d'un couteau, le jus de citron, l'huile d'olive, le sel. Poser le céleri et l'envelopper du papier cuisson puis sceller à l'aide du papier aluminium.

Enfourner alors (ou placer sur le barbecue) pour une bonne heure.

Au sortir du four, faire bien attention à la vapeur qui s'échappe du paquet parfumé à l'ouverture. Ce céleri littéralement confit accompagne très bien des grillades mais se suffit tout à fait à lui-même...