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La parole, c’est le pouvoir; prendre la parole, c’est prendre le pouvoir. L’unanimité des témoignages ne laisse aujourd’hui aucun doute : sous la IIIème République, l’obligation scolaire dans la Bretagne profondément rurale va de pair très étroitement avec l’interdiction de parler le breton à l’école, et ce dès la fin du XIXème siècle. On assiste dès lors à l’émergence de l’école de l’humiliation et de la délation.

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En effet, face aux bretonnants immensément majoritaires dans cette Bretagne très rurale de la fin de ce siècle tourmenté, l’attitude de la République est sans appel, sans nuance non plus d’ailleurs, et s’exprime dans l’article 14 de l’arrêté ministériel de 1880 : « Le français sera seul en usage dans l’école ». Tout autre langue que le français est donc bannie de l’école et l’instituteur, ce « Hussard Noir de la République » cher à Jules Ferry, se voit ainsi confier une mission quasi régalienne, voire sacrée : apprendre la langue de la République à tous les petits Français, l’unité nationale en dépend… Mais comment s’y prendre ?

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Tout d’abord, en instruisant un procès à charge de la langue bretonne, accusée de tous les maux, dont celui, rédhibitoire, de maintenir la région dans l’ignorance, le retard de scolarisation et d’alphabétisation. Ainsi naît le mythe de la région arriérée au sein de laquelle évoluent des personnages qui auront la peau dure, comme celui du plouc attardé et alcoolique, et dont tente de s’échapper une Bécassine dépourvue de bouche –inutile puisqu’elle ne parle pas français-. Les propos résonnent encore douloureusement aujourd’hui : l’inspecteur d’académie de Quimper écrit par exemple à la fin du XIXème siècle : « Tous les moyens sont bons qui peuvent amener nos élèves à abandonner des façons si barbares de s’exprimer », alors qu’une méthode, préconisée en 1888, promeut « le projet d’inculcation autoritaire du français et du dépérissement du breton ».

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Quelques enseignants s’interrogent toutefois, comme un Monsieur Le Gac, instituteur à Guipavas, qui, prônant le bilinguisme, estime que « le breton peut rendre de réels services aux maîtres » des écoles rurales. Concomitamment, des méthodes coercitives voient alors le jour, telle que l’utilisation du « symbole », souvenir cuisant pour plusieurs générations d’enfants… Le principe en est d’une simplicité cruelle : chaque jour, le premier élève surpris par le maître à s’exprimer en breton se voit remettre le «symbole» qui peut être un vieux sabot, une pièce de deux sous percée enfilée sur une ficelle nouée autour du cou, un bâton,… A charge au porteur du symbole de trouver un autre élève « fautif » et de lui transmettre le témoin humiliant, et ainsi de suite jusqu’à la fin la journée de classe où l’ultime porteur du symbole se voit puni. Les punitions varient d’une école à une autre, d’un instituteur à un autre : des lignes à recopier –en français évidemment- , du ménage à réaliser, mais aussi des conjugaisons de verbes français défectifs -à tous les temps, à tous les modes- ou encore des coups de règle sur les mains… Les punitions pleuvent. Humiliation et délation. Per-Jakez Helias témoigne ainsi d’un temps où le breton est « traqué dans toutes les écoles communales ».

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Parfois la résistance s’organise et la rébellion gronde : certains élèves jettent le symbole « aux cabinets » -la punition est alors collective-, des tirages au sort ou des tours « démocratiques » s’organisent entre élèves… Car c’est tout le temps scolaire qui est concerné par cette interdiction d’employer la langue bretonne, le plus souvent récréation comprise… Saluons toutefois les nombreux instituteurs - le plus souvent bretonnants eux-mêmes- qui ont fait montre de raison, de mesure, d’humanité et d'empathie. Ce sont les mots de la poétesse Angela Duval qui referment ces pages dont l’école n’a pas à être fière : « Evidon-me, va bugaleaj a oa echu an deiz ma oan kaset d’ar skol… » Pour moi, l’enfance s’est terminée le jour où l’on m’a envoyée à l’école. L’école, un monde de paradoxe, un monde cruel mais aussi prodigieux, séduisant et magique… « Ar skol ? Ur bed kriz. Met ivez ur bed marzhus, hoalus ha strobinellus ». « Va, je ne te hais point » en quelque sorte.

« Parler breton aux petits ?

Ah bien oui ! Dites donc, je ne suis pas folle !

— Bon !… Parlez-leur le français des vaches

Je m’en fiche. Vous ferez comme vous voudrez.

Attendons…

Il n’a pas fallu attendre longtemps

Les enfants vite fatigués

De voir leurs amis se moquer

De leur français de cuisine

Hors d’eux reprochent

Aujourd’hui à leurs mères

De leur avoir refusé

         La langue de leur pays. » (Anjela Duval)

Petite douceur pour tous, élèves malmenés et instituteurs clairvoyants, un petit fromage frais de chèvre des fossés de la Ferme de Joséphine, lentement rôti au four avec du miel, des tomates séchées et des herbes fraîches (sauge, marjolaine, anis vert et romarin)...

 

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Pour un institueur et trois élèves, tous bretonnants:

Un crottin de chèvre des fossés, très frais, de La Ferme de Joséphine

Un bouquet de persil plat de Biodivy

Un petit bouquet d'aromatiques en mélange fraîchement cueillies au jardin: sauge, anis vert, marjolaine, romarin et thym-citron...

Une cuillère à soupe de miel parfumé (miel de thym, miel de châtaignier, miel de blé noir, ...)

Une dizaine de demi tomates-cerises séchées maison

Deux cuillères à soupe d'huile d'olive fruitée

Une demi-cuillère à café de poivre noir du Kérala

Un joli pain de seigle intégral de Ty Forn Nevez

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Préchauffer le four sur 160°, chaleur tournante.

Laver, essorer soigneusement, et ciseler finement les herbes. Hacher grossièrement au couteau les tomates.

Dans un petit plat (de terre ou de verre) d'un diamètre à peine supérieur à celui du crottin, verser l'huile, puis les herbes et les tomates.

Terminer par déposer le crottin, puis le miel et le poivre.

Enfourner pour une demi-heure. 

Servir le crottin confit et rôti à pein tiédi avec des tranches de pain de seigle pour des tartines parfumées qui fleurent bon l'Arrée. 

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