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« Peut-être le bonheur n'est-il que dans les gares ? On a cherché longtemps, longtemps. » (Pérec)

gare commana

Pour la Bretagne, se déplacer semble avoir toujours été une obsession si l’on en juge sa diaspora semée aux quatre vents du monde. Sentiers et chemins, voies maritimes et quatre-voies, fleuves et canaux, gabarres et ferries, on en oublierait presque l’entrelacs de voies ferrées dont il ne reste guère aujourd’hui que les lignes TGV qu’aimante la gare Montparnasse. Et pourtant, il y eut autrefois, il n’y a pas si longtemps au fond, une gare non loin du Gouezou…
À vapeur, un tortillard circula en effet entre Plouescat et Rosporden à travers les monts d’Arrée, entre 1912 et 1934; ce qui eut pour effet notoire de changer considérablement la vie des gens comme, du reste, le paysage qui en porte encore les stigmates pour qui sait les lire.
Cette ligne traversait le département du nord au sud, desservant Plouescat, Plouzévédé-Berven, Plouvorn, Plougourvest, Landivisiau-Ville, Landivisiau-Transit, Locmélar, Ploudiry, Sizun, Kerbrezel, Commana, La Feuillée, Brennilis, Loqueffret, Brasparts, Le Cloître-Pleyben, Plonévez du Faou, Châteauneuf du Faou, St Thois, Laz, Trégourez, Coray, Tourch, Rosporden. Terminus !

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Au début du siècle dernier, deux compagnies principales se partageaient le territoire breton au fil d’un réseau en forme d’étoile qui partait de Carhaix. Une partie, nationale et toujours en activité, allait jusqu’à la gare d’Orsay et non pas Montparnasse, à Paris. Quant aux chemins de fer départementaux, ils avaient, notamment, une ligne qui menait jusqu’à Lannion et passait sous le viaduc de Morlaix, avec un arrêt à la petite maison du tourisme actuelle. On le voit, si le littoral était bien desservi, la Bretagne intérieure avait été oubliée. Rien de neuf sous le soleil. Dans ce contexte, la Compagnie des Chemins de Fer Armoricains combla le manque, notamment dans les monts d’Arrée. A cette époque, chaque compagnie construisait et posait ses propres rails et employait son personnel.

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Inauguré en 1912, c’est un train fabuleux, c’est le train des records. La ligne fait 135 kilomètres de long, c’est la plus longue, c’est celle qui présente la plus forte déclivité (il faut traverser les Monts d’Arrée), c’est la voie de chemin de fer la plus haute, c’est le train qui met le plus de temps pour faire le trajet, entre 8 et 9 heures, quand tout va bien ; c’est le train qui détient le record des retards. L’hiver c’était difficile, le train patinait sur les rails gelés, les voyageurs étaient parfois obligés de descendre avant la montée pour que le train puis se lancer ; les retards pouvaient dans certains cas atteindre 24 heures. C’est aussi le train qui a eu la vie la plus courte, car il fut arrêté dès 1935. La ligne était singulière, car elle réunissait trois tronçons (Rosporden – Châteauneuf-du-Faou, Châteauneuf-du-Faou – Landivisiau, Landivisiau – Plouescat).
Le déploiement de la ligne donna un salutaire coup de pouce à l’économie locale la désenclavant et changea considérablement la vie des montagnards qui ne se déplaçaient jusque-là qu’à pied ou à cheval. Le train à vapeur permit ainsi le transport des ardoises, du bois, des bêtes et, bien sûr, des gens. Cette ligne permit de desservir les foires du territoire comme celles de Commana qui se déroulaient tous les mardis de chaque mois. Grâce à ce qui porta le nom de «Trans-Cordillère des Monts d’Arrée», ces marchés attirèrent des milliers de personnes, la plus importante étant la Foire St Michel se déroulant en septembre. Depuis le début de XXème siècle, la foire de Commana comptait en effet parmi les trois plus grandes foires à bestiaux de la région, avec celles de Landivisiau et de La Martyre. Il s’y vendait surtout des chevaux, mais aussi des moutons, des porcs et des bovins. Vendeurs et acheteurs, mais aussi commerçants, restaurateurs et cafetiers, tout le monde y trouvait son compte.

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La « bête humaine » des monts d’Arrée arrivait de Landivisiau, passait par Sizun, où l’hôtel de la Gare et l’ancien pont qui surplombe l’Elorn au niveau de la maison de la rivière, sont toujours visibles. Puis, elle longeait la route actuelle pour rallier Commana, s’arrêtait à Kerbrezel –à quelques minutes du Gouezou-, montait jusqu’au Roch-Trédudon et redescendait vers La Feuillée et Brennilis.
Si le Grand Hôtel des Monts d´Arrée, construit en 1912 par l´entrepreneur Paul Charreteur existe toujours, transformé en habitat collectif, la gare se trouvant en face de l'hôtel a disparu après l´arrêt de l´exploitation de la ligne en 1934.


La gare de Kerbrézel, comme les autres, voyait donc passer le fameux "train patate " qui progressait à l’ébouriffante vitesse de 30 km/h de moyenne. Les anciens témoignent du bruit sourd de la locomotive et du puissant sifflet activé à chaque intersection par le chauffeur car il n’y avait pas de passages à niveau. Lorsque le train venant de Sizun atteignait la côte raide de Kerbrat, la machine devenait de plus en plus poussive et son allure plus lente. Les gamins du Gouezou en profitaient pour monter sur la plate-forme du dernier wagon et s’offrir quelques centaines de mètres d’un voyage chapardé avant de sauter à nouveau sur le bas-côté alors que le train reprenant son souffle et sa vitesse de croisière accélérait…

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Désaffectée, comme les autres gares, celle de Kerbrézel connut un destin étonnant car elle fût, ponctuellement, transformée en… salle de cinéma ! Les témoins des années cinquante rapportent que les séances étaient organisées par un monsieur très handicapé venant avec son propre matériel de projection qu’il installait donc dans l’ancienne salle d’attente. Les spectateurs, les paysans du voisinage –du Gouezou notamment- s’installaient donc en rangs serrés sur de longs bancs de bois pour rire aux éclats devant les facéties de Buster Keaton ou de Charlie Chaplin. Un étonnant moment de détente et une fabuleuse ouverture sur le monde pour ces paysans de l’Arrée…
Aujourd’hui, les chemins de randonnée actuels empruntent l’ancienne voie et certaines anciennes gares sont toujours visibles, comme celle de Kerbrezel qui sert d’amer à nos visiteurs.
« Kerbrézel ! Kerbrézel ! Le train à destination de Plouescat va entrer en gare. Eloignez-vous de la bordure du quai, s’il vous plaît ! Tchou ! Tchou !» On s’installe à bord d'un inconfortable wagon du « Trans-Cordillère des Monts d’Arrée » et l’on sort de sa besace un en-cas confortable pour affronter les lents kilomètres à venir : wraps de blé noir au fromage de chèvre rôti, poulet, tomates séchées, herbes aromatiques et roquette.

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Pour une vingtaine de wraps et une brassée de voyageurs sur le Trans-Cordillère des Monts d'Arrée :

Pour une dizaine de crêpes de blé noir :

250 gr de farine de blé noir complète et bio du moulin

5 gr de gros sel gris de Guérande

½ litre (voire ¾ de litre selon la fluidité de la pâte) d’eau de source

Pour la garniture :

Un fromage de chèvre rôti (c'est par ici http://gouezou.canalblog.com/archives/2018/05/23/36427406.html )

Deux à trois cuillères à soupe de fromage blanc de chèvre de la Ferme de Joséphine (marché de Sizun)

Quatre belles cuisses de poulet Coucou de Rennes cuites dans un bouillon de légumes, refroidies et desossées 

Une belle poignée de feuilles de roquettes de Biodivy (marché de Sizun)

Une poignée de tomates-cerises séchées maison

Des poivrons confits à l'aigre-douce (c'est par ici http://gouezou.canalblog.com/archives/2014/05/23/29933875.html )

Une poignée d’herbes sauvages en mélange (pissenlit, ail des ours, ail triquètre, krampouez mouzig, oseille, etc.)

 

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Commencer par préparer la pâte à crêpes de blé noir la veille, car une bonne crêpe, ça commence avant tout par une bonne pâte qui prend son temps.

Disposer la farine dans le bol du robot-pâtissier muni du K. Pétrir en ajoutant 250 gr d’eau. On obtient un pâton assez lourd qu’on transvase dans un récipient en terre ou en porcelaine. Racler soigneusement les bords du bol avec une maryse, égaliser la surface et recouvrir tout doucement d’eau fraîche (100 à 150 gr) versée en filet. L’eau doit recouvrir totalement la pâte, qui se trouve donc coupée de l’air libre. Placer un couvercle sur le récipient et le placer au réfrigérateur pendant quelques heures. Ce temps permet à la pâte de fermenter naturellement. Pendant le préchauffage du bilig, sortir la pâte du réfrigérateur. Elle doit être mousseuse. Mélanger alors soigneusement le tout au fouet en versant le reste d’eau ou plus et en ajoutant le sel. On doit obtenir une pâte fluide. Plus elle est battue, plus les crêpes seront légères. Commencer alors les crêpes en prenant bien soin de graisser le bilig entre chacune d’elle car la pâte est maigre (ni huile, ni beurre, ni lait, ni œuf). Les cuire sur une seule face et les empiler au fur et à mesure sur un torchon bien propre (attention aux lessives et adoucissants parfumés !).

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Le temps que les crêpes refroidissent, laver et essorer soigneusement la verdure. 

Ecraser à la fourchette le chèvre rôti avec le jus de cuisson. Si le résultat est un peu épais, alléger avec du fromage blanc de chèvre.

Sur une grande planche à découper, placer une crêpe, la tailler au couteau pour obtenir un rectangle. Les chutes feront le bonheur de la basse-cour. A l’aide d’une spatule, étaler le fromage puis disposer le poulet grossièrement coupé, les lanières de poivron, les tomates et enfin les herbes fraîches. Rouler bien serré chacune des crêpes et les maintenir fermer à l’aide d’un bâtonnet. Couper chacun des rouleaux en deux ou trois. Dévorer en pique-nique ou à l’apéritif.

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