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"— Tu étais pressée de me cueillir, hein ?

Et tu t’es piquée le doigt à mes épines !
Un petit peu de rouge a coulé
Sur mon habit doré
Et tu t’es dit : voilà qui est bien !
Et tu m’as enfermée dans ta lettre…
Si tu avais fait un petit trou dans l’enveloppe
J’aurais pu voir pendant le voyage.
Les royaumes celtiques d’outre-mer
Et j’aurais salué
Le chardon d’Écosse
Avec ses bruyères roses
Le trèfle d’Irlande et mes sœurs jaunes
M’auraient répondu à coups de parfum
Que j’aurais emporté là-bas
Chez les Celtes en Exil
Au bout du Monde :
— En toi se mêlent tous les parfums de la Celtie
Ton cœur de miel doux dans l’âpreté des épines." (Une petite fleur d'ajonc parlait, Anjela Duval)

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Lorsqu’on se rend au Gouezou, on emprunte une voie vicinale goudronnée, consciencieusement bordée de talus, et qui serpente dans le bocage, devient plus étroite avant de se transformer en petit chemin empierré et ensauvagé. Le temps n’est pas si lointain où cette route n’était aussi qu’un chemin inconfortable. Si aujourd’hui, ce sont les services techniques municipaux qui entretiennent les routes, jusque dans les années soixante, ce soin était laissé aux paysans de chaque hameau qui s’acquittaient ainsi de leurs impôts locaux en donnant des journées à la commune, un minimum de neuf par an, voire plus en fonction de l’importance de la ferme : trois jours de plus par cheval, trois jours par charrette et trois jours par paysan… Le travail consistait à curer les fossés, à nettoyer et consolider les talus –c’est-à-dire diharzer- et à casser des cailloux pour empierrer les nids de poules des voies. Ces cailloux provenaient de la carrière située entre Kerbrezel et Kerbrat, dans la butte de Coat-Huel. Certains fermiers plus fortunés, anciens juloded –caste des maîtres-toiliers- choisissaient de payer en espèces cette obligation plutôt qu’en nature, ces journées de labeur appelées « devezhiou hent », c’est-à-dire « journées pour les routes ».
La réfection des talus, leur simple entretien et leur exploitation, tout cela était indispensable. Ces travaux faisaient partie intégrante du calendrier annuel à la ferme. « On entretenait les talus pendant les mois noirs, se souvient Fanch, quasi centenaire. On commençait après avoir rentré les betteraves. L’été, ce travail-là était impossible, parce que la terre sèche n’était que poussière. Les talus que nous refaisions, l’hiver, étaient impeccables ! On utilisait une grande houe pour arracher les racines. On travaillait tout le sommet du talus. C’était long ! Ensuite, on creusait un fossé de chaque côté afin d’avoir de la terre pour recouvrir les talus et on semait de l’ajonc. On en avait récolté les graines à la Saint-Jean. On aplanissait la terre à la bêche et on la polissait pour que l’herbe ne pousse pas trop haut et n’étouffe pas les pousses d’ajonc. Sinon, on aurait perdu notre temps, notre peine et notre argent ! ».
Les ajonnières étaient ensuite coupées, l’ajonc assemblé en fagots, transportés à dos d’homme –protégés par le « c’hroc’henngarv », une cape de cuir-, jusqu’aux fermes puis broyés pour servir de fourrage et de litière aux chevaux et de couvre-sol dans les cours boueuses des fermes l’hiver. Avec le temps bien sûr, la mécanisation a apporté son écot au broyage, soulageant les paysans de ce travail ingrat. On est donc passé du « morzoul lann » -marteau de bois renforcé de fer qui servait à piler l’ajonc dans des auges de pierre- aux moulins à ajoncs, les « piler lann » puis aux broyeurs à main ou à moteur dit hache lande ou « dralherez lann ». Les troncs, denses et noueux, servaient de bois de chauffage –très appréciés car de combustion très calorifère- .
Contrairement donc à ce qu’on peut penser, les talus constituaient aussi des espaces de culture soigneusement gérés. Un système ingénieux et un cycle vertueux vers lequel on se tourne aujourd’hui, réinventant donc, comme on dit, l’eau tiède et le fil à couper le beurre.

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"Tel un pèlerin respectueux
Arrêté sous le porche d’un sanctuaire
Je me suis attardée à contempler
Le tableau ; navrée.
… Tout autour pendus aux crochets
Des équipages
Des harnais poussiéreux, couverts de toiles d’araignées
— Visage triste de ceux qui sont partis —

… Dans un coin : le broyeur d’ajonc
Et autres instruments passés de mode
Musée ou Ossuaire ?
Ouvert aux quatre vents
Plus besoin de porte
Plus personne ne viendra voler
Pour quoi faire ? On n’attelle pas
Les chevaux d’acier avec du cuir
On ne les nourrit pas
D’ajonc pilé…" (Anjela Duval, La vieille grange)
Balade dans les landes d’ajoncs aux fragrances de beurre vanillé et tartines de blinis de blé noir à la cervelle de judoled, une variante impertinente (au fromage blanc de chèvre des fossés de La Ferme de Joséphine, au miel de blé noir, à la pomme et aux herbes de l’Arrée) de la cervelle de canut lyonnaise…

 

Pour un joli pot parfumé et des pique-niqueurs affamés:

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250 g de fromage blanc au lait entier de chèvre de la Ferme de Joséphine

Une échalote nouvelle (entière, tige bien verte comprise)

Un oignon nouveau (là encore, entier, tige bien verte comprise)

Une jolie petite tête d’ail nouveau (et là toujours, tige bien verte comprise)

Un joli bouquet d’herbes fraîches du marché et du jardin : persil plat, ciboulette, basilic-citron, anis vert, citronnelle, menthe-ananas, etc.)

Une cuillère à soupe de tomates séchées confites à l’huile d’olive (du fait maison, bien sûr !)

2 cuillères à soupe d’huile d’olive (du pot de tomates séchées, c’est encore meilleur)

1 cuillère à soupe de vinaigre de cidre

1 pincée de sel gris de Guérande

Poivre du moulin

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Placer le fromage blanc dans un chinois garni d’une étamine et le laisser s’égoutter au frais.

Laver la verdure, bien la sécher, éplucher (ail, oignon et échalote) puis ciseler très finement le tout au couteau.

Dans une jatte, assembler le fromage blanc égoutté, l’huile d’olive, le vinaigre de cidre, les herbes, les tomates confites hachées au couteau, le sel et le poivre du moulin. Mélanger intimement, placer en pot, en petite terrine ou dans un bocal et réfrigérer une bonne heure avant de servir. Servir à l’apéritif, sur des blinis de blé noir, des pancakes salés aux pommes, de fines tranches de fougasse maison aux herbes, aux tomates confites et aux olives. Cette préparation très fraîche s’invite aussi joliment en pique-nique et garni des sandwichs vitaminés en compagnie de crudités, de lamelles de poulets marinés et grillés ou de fines tranches de poisson fumé maison (lieu ou maquereau)…

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De retour à la maison, on en profitera aussi sur des légumes d’été grillés au barbecue ou des pommes de terre nouvelles à la vapeur. Bref, une mine d’idées gourmandes et fraîches pour entamer l’été du meilleur pied !