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Comment Potig de Nestavel entra-t-il au Paradis ? Voici une authentique énigme qui défraya bien longtemps la chronique des bords de l’étrange lac Saint-Michel. Fanch naquit à Nestavel Vihan au bord du lac, juste en face du Mont Saint-Michel. C’était un homme qui faisait honnêtement son métier de pêcheur, ramenant chaque jour au logis des paniers d’osier ruisselant, débordant de truites, de saumons et de brochets. Il vivait ainsi avec sa famille dans une bonne aisance, ne ménageant pas sa peine, ne médisant pas de ses semblables, aimant son prochain, remplissant de son mieux ses devoirs de chrétien, à tel point qu’il était cité à l’occasion en exemple par le recteur chapitrant ses ouailles en chaire.

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Cependant, non loin de là, à Nestavel Vraz, Fanch avait un cousin à la mode de Bretagne dit-on, des mêmes nom et prénom, connu dans tous les Monts d’Arrée sous le sobriquet de Potig. Bien qu’apparentés, c’est peu de dire qu’ils étaient différents. Car autant Fanch de Nestavel Vihan était probe, droit, pieux et rigoureux, autant Fanch de Nestavel Vraz, dit Potig, était ivrogne, mécréant, fêtard et affabulateur. « Ni Dieu ni Maître ! » braillait-il, rond comme une queue de pelle avec ses compagnons de beuverie, de Sizun à Landivisiau, de Brasparts à Carhaix. Maréchal-ferrant de son état, il ne séjournait jamais longtemps chez le même patron et avait couru toutes les places, de Léon comme de Cornouaille. Au soir de sa vie, vieilli, usé, fatigué et pour tout dire repenti, il revint mourir à Nestavel, sans même un écu dans la poche pour faire réciter une première pour le repos de son âme tourmentée.

Il se présenta donc à la porte du Paradis et toqua. Une voix sépulcrale précédée d’un regard acéré dans le judas demanda :

- Nom et adresse ?

- Euh… Fanch de Nestavel.

- Nestavel Vihan ?

- Euh… Oui.

- Entrez : votre place est réservée en raison de votre exemplarité sans faille au quotidien. Vous nous êtes très chaudement recommandé par le Recteur. Ce n’est pas comme votre cousin Potig auquel on réserve ici un tout autre accueil.

Potig frissonna, inspira profondément et passa l’huis céleste avec soulagement. A sa demande, on lui attribua les fonctions de concierge. Il faut dire que Saint-Pierre venait de prendre quelque congé et qu’il avait confié les clés du Paradis à un obscur fonctionnaire céleste pas très regardant.

Potig se montra tout à fait digne de la confiance qu’il avait usurpée : vitraux, portail, allées célestes, tout brillait de mille feux ! Il briquait et astiquait cet antichambre de l’au-delà avec un sérieux et une abnégation qui forçaient l’admiration de tous, anges et archanges, jusqu’à Saint-Pierre revenu de vacances tout bronzé.

Fanch ne quittait ainsi jamais tout à fait des yeux la monumentale porte plein-cintre du Paradis car, comme vous l’imaginez, l’âme tourmentée, il redoutait tout de même l’arrivée inéluctable de son irréprochable cousin. Nuit et jour, l’œil aux aguets et l’oreille dressée, il attendit. Il attendit plus de cent ans. Mais ce qui devait arriver arriva et l’authentique Fanch de Nestavel Vihan se présenta devant la porte du Paradis. Toc ! Toc !

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- Nom et adresse ? rugit Saint-Pierre

- Fanch de Nestavel Vihan !

- Mais vous êtes au ciel depuis cent vingt ans !

- C’est impossible puisque je viens tout juste d’arriver.

- Non, non. Les registres en attestent bel et bien. Je vois votre nom et vous êtes affecté à la conciergerie.

- Ne faites-vous pas erreur avec mon cousin Fanch de Nestavel Vraz, mort depuis bien longtemps ?

Saint-Pierre levant les yeux de ses registres jaunis se tourna vers Potig qui tentait de se fondre dans le décor céleste rutilant puis porta son regard sur l’obscur fonctionnaire qui, comprenant sa bévue, regardait ailleurs.

- Je crois comprendre. Mais qui de vous deux est responsable ? L’archange embarrassé ou le concierge zélé ? Nous n’avons toutefois pas l’habitude d’expulser nos serviteurs, qu’ils soient écervelés ou empressés…

Sans doute né sous une bonne étoile et accompagné par les fées de l’Arrée, c’est ainsi que Potig, gaillard déluré sur terre, poursuit encore aujourd’hui, sans doute aux côtés de son cousin méritant, un fort agréable séjour infini au pays de lait et de miel qu’est le Paradis. Moralité? Aucune! Ou celle qui vous plaît!

En pique-nique sur les bords du lac, entre Nestavel Bihan et Nestavel Vraz, on partagera donc, en souvenir des deux Fanch une petite panna cotta très fraîche au lait infusé au thym citron, surmonté d’une petite salade croquante parfumée aux herbes de la lande de l’Arrée.

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Pour les deux Fanch de Nestavel, Saint-Pierre et l’archange incompétent :

600 gr de lait entier bio et cru de vache Bretonne pie noir

Un joli bouquet de thym-citron fleuri

Une poignée de pioka (ou 4 feuilles de gélatine)

Sel de Guérande

Poivre du moulin

Et pour la petite salade croquante :

Deux grosses tomates bio

Un poivron rouge

Un demi-concombre

Un oignon rouge

Un petit bouquet d’aromatiques en mélange : aneth, menthe, mélisse…

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Amener le lait à ébullition, y plonger le thym-citron et laisser infuser une trentaine de minutes. Au bout de ce temps, amener à nouveau à ébullition, ajouter le gélifiant (réhydrater la gélatine dans de l’eau froide, l’essorer avant de l’ajouter dans le liquide bouillant). Ôter du feu, filtrer au chinois et verser dans des verrines. Laisser refroidir et réfrigérer. Les panna cotta peuvent être réalisées la veille, voire même l’avant-veille.

Le jour du service, préparer la salade : couper les légumes en tout petits dés, ajouter les herbes finement ciselées, placer dans une boîte hermétique et placer au réfrigérateur.

Au moment de servir, ajouter sur la panna cotta très fraîche quelques cuillères de salade et servir immédiatement. On peut ajouter un peu de jus de citron. Une simplicité toute fraîche.