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« A Roscoff aujourd'hui se souvient-on de Liane,

De Liane au Clos Marie, équivoque beauté,

A Roscoff où venait la belle courtisane

Chercher le reposoir après la volupté ?

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Adieu baisers impurs des amants, des amantes !

Dans le vent, les embruns, s'apaisaient tes désirs

Et tu priais Sainte Anne à l'heure des tourmentes

D'effacer de ton corps la marque des plaisirs. (…) » (Per Mari Mevel)

Etonnante trajectoire que celle de cette jeune fille de bonne famille, qui la mènera du couvent des Fidèles Compagnes des Filles de Jésus de Sainte-Anne-d’Auray au Tiers-Ordre de Saint-Dominique, en passant par l’Olympia et Les Folies Bergères à Paris comme le Clos-Marie à Roscoff… Bien avant d’être celle qui  « Le poing sur la hanche, harnachée de perles, cuirassée de diamants, (…) avançait parmi les tables de Maxim's avec l’indifférence des astres. Les hommes se levaient, la saluaient. Elle continuait sa route » (Jean Cocteau), elle naît, en 1869, femme dans un monde d’hommes. Fille de militaire élevée au couvent à Auray, elle est mariée, à seize ans, à un militaire : on lui a tracé une vie de mère de famille dans laquelle elle étouffe très vite.  

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Les germes de la révolte et de l’ambition couvent dans son esprit. Battue par un mari jaloux, elle divorce en 1889, rompant définitivement avec son destin bourgeois et déploie ses ailes à Paris, la ville de tous les plaisirs et de tous les possibles, qu’elle avait découverte lors de son voyage de noces: la chenille Anne-Marie Chassaigne disparaît dans la chrysalide dont sort, rayonnante, le papillon Liane de Pougy. Elle a 19 ans et de l’ambition, elle est longue et belle : un capital qu’elle fera fructifier dans ce Paris du Second Empire. L’émancipation des femmes de la Belle Epoque passe en effet par les alcôves et la séduction qu’elles orchestrent n’a pas pour objectif de rencontrer le grand amour mais de traquer la fortune et de conserver une indépendance très chèrement acquise. Une assez simple question d’argent corrélée avec des relations de dépendance aux hommes au fond aussi complexes que fragiles. Après une période d’apprentissage dans une maison close et grâce aux conseils éclairés de la célèbre Valtesse de la Bigne -qui a inspiré à Zola le personnage de Nana-, Liane sait s’entourer, multiplie les rencontres et tisse des amitiés avec les plus beaux esprits de ces XIXème siècle finissant et XXème siècle balbutiant : Guillaume Apollinaire,  Henri Bataille, Sarah Bernhardt –qui tente de la former au théâtre avant de lui conseiller le mime devant son absence totale de talent-, Léon Blum, Jean Cocteau, Nadar –qui lui tirera le portrait à de multiples reprises-, Colette, Marcel Proust – qui s’inspire d’elle pour créer Odette de Crécy, l’obsession amoureuse de Swann- , Mata Hari ou encore le poète quimpérois Max Jacob…

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Elle cultive l’air du temps et donne le ton : cette courtisane horizontale accueille dans son lit de très riches amants qui la couvrent de perles, d’or et de diamants, soigne des allures androgynes et des amours saphiques qui font délicieusement frissonner la chronique de son temps… Comme ses consœurs, mi hétaïres, mi geishas, Liane poursuit une carrière théâtrale pour accroître sa notoriété auprès de « sugar daddies » potentiels et ses gains : en 1894, elle débute aux Folies-Bergère comme magicienne et acrobate, puis se produit comme mime à l’Olympia avant de s’adonner à l’écriture et de publier des romans autobiographiques sulfureux. Femme-spectacle, elle s’offre aux yeux du public, anticipant la Femme-objet du XXème siècle. Pour mener sa barque au mieux, elle s’offre en 1903 un port d’attache et jette l’ancre à Roscoff et son dévolu sur le Clos-Marie, une belle maison bourgeoise sur le port, au pied de la très jolie chapelle Sainte-Barbe du XVIIème siècle. Tout au long de sa vie échevelée de courtisane, d’artiste et de muse, elle s’y réfugiera à la belle saison, prenant ses quartiers d’été loin de la nasse parisienne, recevant à sa table ses amis les plus chers, Max Jacob et Cocteau par exemple.

 

« Le ciel et la mer couleur de tableau d'école

Quand le torchon a passé pour essuyer la craie !

Y-a-t-il un batelier vers la rive opposée

Vers le petit hôtel du promontoire.

 

L'eau est profonde et noire,

Les rochers sont trop hauts et lisses pour un abri,

Le jour est sous l'abat-jour des nuages.

La terre ondule... Qu'est-ce qui se passe

Dans les bols de moire

Qu'est-ce qui rôde autour de ces cônes déserts

"J'entends ce que vous dîtes quand vous ne parlez pas."

Une cape sombre! une guérite verte

La nuit bientôt: il fera dur en mer. » (Marine à Roscoff, Max Jacob)

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En 1910, Liane épouse le prince roumain désargenté Georges Ghika, de quinze ans son cadet, et abandonne la vie de demi-mondaine et la litérature –à l’exception de son journal intime « Les Cahiers Bleus »-, sans pour autant renoncer aux amours saphiques. En 1926, une profonde crise conjugale poussent Liane à une remise en question radicale de sa vie ; en 1928, la rencontre avec la mère supérieure de l’asile Sainte-Agnès, à Saint-Martin-le-Vinoux, près de Grenoble, marque le début de sa conversion. Restée veuve en 1945, Liane de Pougy entre dans le Tiers Ordre de Saint-Dominique, près de Lausanne, sous le nom d’Anne-Marie-Madeleine de la Pénitence ; quand elle meurt le 26 décembre 1950, à l’âge de quatre-vingt-un an, son confesseur la dit « proche de la sainteté ».

« (…) Avec tes deux bouffons, le prince et le poète,

Tu rêvais sur la grève à tes folles amours,

Tu gardais la taille fine et la jambe bien faite,

Mais déjà la jeunesse avait fui sans retour.

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Loin de Roscoff, hélas ! et loin de Clos Marie

Est morte l'amoureuse en grande dévotion

Et seul l'enclos désert à la saison fleurie

Exhale en souvenir des senteurs de passions. » (Per-Mari Mével)

Entre les soupirs de la Sainte et les cris de la Fée, s’attabler au couchant en terrasse au Clos-Marie, en compagnie de la cocotte, du prince, du poète et partager un tataki de bœuf aux herbes fraîches avec la chapelle Saint-Barbe et l’île de Batz pour horizon embrasé…

 

Pour une cocotte, un prince, un poète et un passant:

Une jolie pièce de bœuf Highland Cattle du Ranch de Kerbongout (600 gr de paleron par exemple):

Quatre cuillères de vinaigre de cidre

Quatre cuillères à soupe de sauce soja claire

Deux cuillères à soupe d’huile de sésame grillé

Deux cuillères à soupe de miel de blé noir

Un petit morceau de gingembre frais râpé

Deux belles gousses d’ail nouveau

Deux oignons verts avec ses fanes

Un piment frais rouge (c’est bien entendu tout à fait facultatif)

Un bouquet d’herbes aromatiques en mélange : coriandre vietnamienne, menthe bergamote, menthe ananas, ciboulette…

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C'est simple comme bonjour! Dans plat creux, mélanger les ingrédients de la marinade : vinaigre, sauce soja, huile de sésame ainsi que l’ail et le gingembre finement pilés.

Au barbecue (c’est encore meilleur !) ou à la poêle, cuire rapidement la pièce de bœuf à feu assez vif.

Laisser reposer la viande une petite dizaine de minute, histoire qu’elle se remette de ses émotions.

Emincer le bœuf en fines lanières et les plonger dans la marinade.

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Le temps au bœuf de s’imprégner des parfums de la marinade, laver et ciseler les différentes herbes et l’oignon vert.

Servir cette salade toute fraîche en plat principal avec herbes et piment ciselées et des nouilles de riz sautées, un shop suey de légumes, du riz basmati ou du blé noir cuit à la vapeur.