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A l’heure où un bras de fer s’expose dans la presse et agite les réseaux sociaux sur le conflit qui oppose l’académie de Rennes et les lycéens Diwan [sur la correction des copies de l’épreuve de mathématique du baccalauréat rédigées en breton] tandis que Bécassine de Podalydes est toujours à l’affiche, la question se pose de ce qu’est la "bretonnitude" : la langue ? la crêpe au beurre ? la gavotte ? la bombarde ? les contes ? les coiffes ? Alors que les premières vagues de touristes vont s’échouer bientôt sur les plages et arpenter l’Armor comme l’Argoat, la question ne trouve pas une réponse satisfaisant toutes les sensibilités mais mérite sans doute d’être posée. On se gardera bien de trancher pour ne déclencher l’ire d’aucun ombrageux…

COIFFE CHATEAUNEUF DU FAOUquimper

La coiffe est un objet unique, symbole de la Bretagne et des Bretonnes. S’il en a existé autrefois un nombre incalculable, il n’en reste aujourd’hui plus grand-chose qu’un objet marketing usé jusqu’à la corde par beaucoup de marques locales comme cette incontournable coiffe bigoudène, cylindre improbable au pays des bourrasques alors que les pinceaux de Gauguin assurent une évidente pérennité à la coiffe de Pont-Aven. Mais c’est aujourd’hui grâce au dynamisme résolu des cercles celtiques et d’une poignée de passionnés que les autres coiffes échappent à l’oubli : la saison des pardons et des festivals permet à ces merveilles de pliage, de broderie et de nouage de s’exposer aux yeux des touristes et des festivaliers.

COIFFE CROZON

La coiffe est avant tout un témoignage du milieu social, de l’origine géographique, mais aussi du genre de vie.  En effet, en observant par exemple une coiffe du Léon, on était autrefois capable de définir si la femme était mariée, si elle était en train de terminer son veuvage, etc… Ces coiffes constituaient donc une sorte de carte d’identité de la personne qui la portait et en ce sens, il s’agissait de l’élément le plus personnalisé du costume.

On revient de loin : à partir de la seconde moitié du XXème siècle, les coiffes plongent dans un oubli des greniers, souvent mal protégées des mites et de l’humidité quand elles ne terminent pas misérablement leur carrière en chiffons. Un sursaut a permis à quelques passionnés –particuliers ou institutions muséales- de sauvegarder quelques exemplaires de ces délicats ouvrages d’aiguille.

Après la Révolution française et l’abolition des lois somptuaires, un vent de liberté atteint tous les milieux et tous les domaines, notamment le milieu paysan et artisan et le domaine vestimentaire. Tout le XIXe siècle et le début du XXe verront le développement de costumes enrichis par des artisans maitrisant de mieux en mieux les techniques de couture et de broderie et par l’utilisation de dentelles mécaniques ou manufacturées.

Les modes évoluent au fil de cette période et les coiffes de même, mais toutes gardent deux éléments permanents : le fond et les ailes. Certaines deviennent plus petites, comme la coiffe du Pays Pourleth, d’autres prennent de la hauteur, comme la coiffe Bigoudène ; d’autres enfin restent proches en forme des coiffes du XIXe siècle, comme les coiffes du Léon. Seuls certains détails changent. Les matériaux dans lesquels elles sont fabriquées diffèrent aussi selon la période, la région et, bien sûr, la richesse de la commanditaire. Ainsi, au départ souvent coupées dans une toile plus ou moins grossière, les coiffes vont prendre de la légèreté avec le tulle et les dentelles mécaniques. L’apparition de la fibre synthétique fera aussi l’affaire des femmes en désir de modernité.

Fin XIXe – début XXe siècle, c’est la grande mode en France des pièces en filet noué brodé, que ce soit pour la décoration intérieure ou les vêtements. L’encyclopédie de Mme de Dillmont jouera un rôle essentiel dans sa diffusion. Rien d’étonnant que les Bretonnes s’en emparent pour leurs coiffes. En Cornouaille, sous l’impulsion de Mme de Lécluse, des ateliers de fabrication de dentelle voient le jour permettant aux ouvrières des conserveries victimes de la crise de la pêche de trouver là des revenus pour leur famille. D’autres ateliers suivront dans d’autres villes, comme l’atelier de la Miséricorde de Kernisy à Quimper qui produit toutes sortes de dentelles et broderies dont le filet.

Le filet noué brodé constitue, à côté du tulle, le matériau idéal pour les coiffes. Il permet divers types de broderies, broderie Cluny, filet d’art, filet Richelieu ou broderie plumetis, sur des bases de filet carré ou de filet irrégulier, toutes particularités que l’on retrouve pour la fabrication des coiffes en Bretagne. Certains types de coiffes sont fréquemment fabriqués en filet : la Penn Sardin, de la région de Douarnenez, la Penn Kolvez de la région de Carhaix ou la Sparlenn de la région de Landivisiau. D’autres ne l’ont été que pendant une courte période, sans doute parce qu’on ne trouvait plus de tulle ou d’autre dentelle, ou pour des raisons de coût : c’est le cas de la coiffe Bigoudène.

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« Sur un front lisse et pur, finement épinglée,

Tu m'évoques ma mère, ô coiffe du Trégor,

Et, dans ta conque frêle avec art ciselée,

C'est toute la chanson de mon passé qui dort.

 

Comme tu palpitais, pudique, à la veillée,

Sur quelque nuque mince aux chastes frisons d'or !

De ton charme, longtemps, j'eus l'âme ensorcelée

Et, d'y songer ce soir, mon coeur tressaille encor.

 

Coiffe de mon pays, aucun ruban profane

Jamais n'a déparé ta grâce diaphane :

Ton élégance est toute en ta simplicité.

 

Les filles du Trégor t'ont faite à leur image :

Aussi frais que ton lin sans tache est leur visage,

Aussi vierge de tout mensonge leur beauté. » (Coiffe trégorroise, Anatole Le Braz)

Entre une gavotte et un jabadao, s’asseoir sous les frondaisons en prenant bien garde à ne pas froisser sa lourde jupe, à ne pas tacher tablier et châle,  et, surtout, à ne pas bousculer la fragile coiffe arachnéenne: partager avec les danseurs du cercle ces clafoutis aux abricots, au miel et aux fleurs fraîches de thym…

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Pour une sarabande de danseuses et un plat doré:

Deux gros oeufs du poulailler

70 gr de lait entier 

70 gr de poudre d'amande

50 gr de sucre de canne

Une cuillère à soupe de miel de fleurs

200 gr de crème fraîche

40 gr de fécule 

Une cuillère à café de fleurs fraîches de thym

Une quinzaine d'abricots bien mûrs

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Préchauffer le four sur 170°, chaleur tournante. 

Dans une jatte -ou dans le bol du robot-pâtissier-, battre les oeufs et le sucre, puis ajouter la poudre d'amande, la fécule, la crème, le miel puis le lait. Bien mélanger avant d'ajouter les fleurs fraîches.

Beurrer un moule en porcelaine -ou des petits moules individuels- et déposer les abricots entiers mais dénoyautés. Verser la pâte autour des abricots, enfourner pour 50 minutes pour un plat unique et 40 minutes pour des petits plats individuels.

Servir tiède ou froid.